Les marionnettes sages de Yase Tamam

La compagnie iranienne se produit à l'Espace Bonnefoy le 18 novembre dans le cadre de Marionnettissimo.
La compagnie iranienne se produit à l’Espace Bonnefoy le 18 novembre dans le cadre de Marionnettissimo. Crédit photo : Mani Lotfizadeh.

Avec leur spectacle « Count to one », la compagnie iranienne de théâtre de marionnettes Yase Tamam nous parle d’Amour. Celui, géant, universel, mille fois expérimenté, source de vie, d’ Omar Khayyam, grand poète soufi du Moyen-Age.

Dans ce spectacle qui met en scène trois soldats déposant les armes, Yase Tamam a choisi de s’appuyer sur « Les quatrains » de cet auteur qui en Iran, un des berceaux de l’humanité, est considéré comme une figure majeure de la littérature du pays.

Mais plus encore, il s’agit d’un enchanteur, d’un bienfaiteur, d’un faiseur d’étoiles…

Il est rare de pouvoir écouter, voir, s’imprégner de l’art de troupes aux cultures si différentes et de voyager, grâce à elle, bien loin, alors, honneur à vous les artistes, nous serons des vôtres, ce soir là, au centre culturel Espace Bonnefoy.

« La caravane de la vie passe dans l’étrangeté.

Viens, saisis le moment qui passe dans la joie.

Pourquoi pleurer les amis et leurs lendemains, Saki ?

Verse encore du vin, la nuit passe elle aussi ».

 Extrait des « Quatrains » d’Omar Kayyam, préfacés et traduits du persan par le Sayed Omar Ali-Shah. Editions Albin Michel.

« L’Effet Bekkrell », naissance d’un style

"L'effet Bekkrell" au théâtre Monfort. Crédit photos :  Massao Mascaro
« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort. Crédit photos : Massao Mascaro

L’« Effet Bekkrell (titre instable) », premier spectacle du jeune groupe Bekkrell, est total, fort, personnel, nouveau. A découvrir vite, jusqu’au 16 mai !

Du Bekkrell plein les sens et un titre instable, le ton est donné. Elles sont quatre, fascinées par la radioactivité et surtout par le caractère déséquilibrant de la matière et des relations. Débordantes d’énergie créatrice, leur premier spectacle remporte un franc succès au théâtre Monfort, malgré l’absence pour blessure d’un des piliers du quatuor.

Artistes, camarades, amies, acrobates, femmes, blagueuses, curieuses, affreux jojos, élèves, elles se sont rencontrées en 2009 au centre national des arts du cirque de Châlon-en-Champagne et ont monté l’aventure du groupe Bekkrell.

A travers elles, la scène est un immense champs d’investigation, elle vibre, résonne, se fait et se défait, à grands coups et à grands bruits -parfois amplifiés- de ferraille, on se croirait transportés sur des chantiers navals et cela tangue fort par moments comme sur un bateau en difficulté. Le spectateur suit alors ce rythme fait de tempête, chaos, calme, tempête, chaos, calme….

Grande créativité et beaucoup d'humour pour le spectacle "L'effet Bekrell", du groupe du même nom, au théâtre Monfort.
Grande créativité et beaucoup d’humour pour le spectacle « L’effet Bekrell », du groupe Bekrell, au théâtre Monfort.

Un mât chinois pour l’une qui parle aussi une langue non encore répertoriée, un fil où danse, s’éclate, dort, enfin, vit, la deuxième, une troisième qui fonctionne à l’explosion, de rire, de nerfs et réalise des pirouettes volantes, une dernière en démonstration d’apesanteur sur sa corde.

Pierre Meunier, homme de théâtre et metteur en scène à l’univers puissant, signe, à travers son regard et ses conseils, une mise en scène remarquable sous forme de fresque théâtro-circassienne par tableaux captivants.

La musique accompagne avec brio le spectacle, impose sa partition quand il le faut et ose le mélange ultra moderne-opéra qui participe à envouter un peu plus l’atmosphère.

Un vent de poésie souffle tout au long de ce spectacle-performance inédit. La lumière y joue un beau rôle. Elle semble puisée directement de la haute mer, des phares et balises lumineuses flottantes et nous embarque. La scène finale de naufrage rappelle à plusieurs titres « Le radeau de la méduse » du peintre Géricault et la beauté de ses couleurs de soleil rasant dans le noir fait mouche.

Isabelle Artus

« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort

« Grand fracas issu de rien » : bienvenue au cabaret spectral

 

Crédits photo :  David Siebert
Le comédien Dominique Parent sous un tourbillon de lettres numériques. Crédits photo : David Siebert

Des agrès pour un gymnaste musclé, la voie cristalline d’une chanteuse lyrique décalée, l’élasticité d’un jongleur qui danse, la fougue maitrisée d’un percussionniste et un comédien facétieux rattrapé par des brassées de lettres numériques. Ceci n’est qu’un petit aperçu de l’inventif cabaret spectral, mis en scène par Pierre Guillois au théâtre 71 à Malakoff jusqu’au 12 février.

Ce spectacle ravit et surprend. Ce n’est pas du cirque mais on y voit évoluer un jongleur tout en souplesse (Adrien Mondot), ni un opéra, pourtant une diva nous enivre de ses envolées perchées (Sevan Manoukian), puis d’un coup de baguette une batterie résonne sur scène (Benjamin Sanz) et l’on suit la respiration d’un gymnaste à l’effort sur une barre parallèle (Lucas Antonellis).

Inédit cabaret spectral mêlant les numéros d’artistes d’horizons si différents et une partition informatique époustouflante, jouée en fond de scène et qui semble vivante comme de la matière. Elle est l’œuvre des artistes Adrien M. et Claire B. de la compagnie du même nom, lui jongleur et elle plasticienne, qui évoluent dans le champ des arts numériques et vivants. C’est au premier rang que Claire B. (Bardainne) interprète en direct une fabuleuse scénographie mouvante à partir de 1 et de 0.

Le comédien Dominique Parent s’empare avec aisance du texte très drôle de Valère Novarina, réalisant une véritable performance qui fera sourire et rire le public.

Très vite, on se laisse porter puis emporter par ce « Grand fracas issu de rien »  hyper créatif dont on ressort comblé.

Isabelle Artus

POUR EN SAVOIR PLUS 

Site du Théâtre 71 à Malakoff

La compagnie Adrien M./Claire B.

« En attendant Godot » : l’épreuve du temps

Les personnages burlesques de la fameuse pièce  » En attendant Godot  » de Samuel Beckett « , interprétés par la compagnie du Bredin de Laurent Vacher. Crédits photo : Christophe Raynaud de Lage
Les personnages burlesques de la fameuse pièce  » En attendant Godot  » de Samuel Beckett « , interprétés par la compagnie du Bredin de Laurent Vacher.
Crédits photo : Christophe Raynaud de Lage

Laurent Vacher est un metteur en scène singulier qui aime faire bouger les lignes en douceur mais en profondeur. Il s’attaque souvent à des thèmes relatifs à la place de l’homme dans notre société et le spectateur se sent entraîné dans une réflexion sur son rapport au monde. C’est le cas avec « En attendant Godot », la célèbre pièce de Beckett, actuellement au théâtre Jean Arp jusqu’au 24 janvier 2015.

Ce texte compte beaucoup dans la trajectoire théâtrale de Laurent Vacher, à la fois inspirateur, moteur et miroir de son activité d’homme de théâtre. Découvert dès son pensionnat, il l’accompagnera tout au long de sa carrière jusqu’à aujourd’hui.

Le metteur en scène a choisi de camper l’histoire dans un « no man’s land » de zone urbaine. Il confie avoir voulu montrer le « chaos de l’époque actuelle à l’économie défaillante ». Les deux sans domicile fixe Vladimir et Estragon sont assis sur d’énormes conduites d’eau rouges. De la première didascalie « Route à la campagne avec arbre. Soir. », il reste la sobriété et le dépouillement du décor voulus par l’auteur. L’arbre est représenté par une sorte de mât de navire sans voile, donc sans direction, mais avec des antennes. Une paire de baskets flottent en l’air sur un fil tendu.

Extrême dépouillement aussi chez ces deux compères très clownesques qui n’ont plus rien que la parole et le temps pour exister. Ils attendent donc Godot qui ne viendra pas mais dont ils sont sûrs qu’il viendra.

A travers eux, se profile une réflexion sur le temps qui passe inexorablement, ce bien très précieux après lequel on court, que l’on essaye de rattraper, qui nous manque toujours. Ici, il s’égrène, s’étend, se multiplie, on ne sent plus que lui et il en est palpable. Et nous, que faisons-nous de notre temps ? Sommes-nous aussi dans l’attente d’un Godot imaginaire, bon prétexte à notre immobilisme ? Laurent Vacher précise avoir placé les « acteurs face au public, une volonté de la mise en scène pour plus de connivence avec les spectateurs ».

Pour lui, cette pièce représente « une épreuve physique et intellectuelle ». Les comédiens, tous excellents, réalisent une performance de plus de deux heures où l’on ne s’ennuie jamais. Certaines scènes feront éclater de rire la salle, à l’image du tandem Pozzo/Lucky, deux rôles de composition, tout puissant manipulateur tenant à bout de corde sa victime manipulée.

Sous des allures comiques très distrayantes, cette pièce nous titille et nous questionne et nous en ressortons encore plus vivants.

Isabelle Artus

– « En attendant Godot » au théâtre Jean Arp de Clamart« 

Détonante « Yvonne, princesse de Bourgogne »

Sourde au protocole, "Yvonne, princesse de Bourgogne", fera son entrée devant les révérences de la cour.  Crédit photo : Pierre Grosbois
Sourde au protocole, « Yvonne, princesse de Bourgogne », fera son entrée devant les révérences de la cour.
Crédit photo : Pierre Grosbois

Il était une fois de nos jours, un charmant prince qui choisit pour fiancée une roturière d’aspect inconsistant et qui ne disait mot. Elle s’appelait Yvonne. Peu à peu, presque tout les personnages du royaume sombreront dans la décadence et la démesure jusqu’au crime.

Pendant que les spectateurs rentrent dans la salle du théâtre 71, à Malakoff, les acteurs en vêtements de sport blancs font de l’exercice sur scène. Celle-ci se partage en un centre de « body-building » et un salon classe et moderne où la reine et son chambellan esquissent avec élégance quelques pas de tango.

Tout semble se dérouler normalement à la cour. Le public est immergé dans le quotidien de cette micro société.

Yvonne, Marie Rémond, a découvert un cheveux, ce qui énerve beaucoup le prince, Thomas Gonzalez. Crédits photo : Pierre Grosbois
Yvonne, Marie Rémond, a découvert un cheveux, ce qui énerve beaucoup le prince, Thomas Gonzalez. Crédits photo : Pierre Grosbois

L’arrivée d’Yvonne va tout chambouller. « Qu’est-ce que cette limace ? » dit le roi à son fils. « C’est ma fiancée », répond le prince héritier qui, tiraillé entre les bons sentiments et ses sentiments réels, ira jusqu’au bout de cette situation absurde. Le royaume sera entrainé dans un chaos démentiel.

Pour Jacques Vincey, le metteur en scène, cette princesse improbable est le « miroir d’une société malade ».

Le texte de Witold Gombrowicz est servi par d’excellents acteurs. La reine Marguerite, Hélène Alexandridis, est époustouflante dans la scène du petit livre de poème.

Isabelle Artus

« Yvonne, princesse de Bourgogne », se joue au théâtre 71 à Malakoff jusqu’au 30 novembre 2014 et au théâtre national de Bordeaux du 3 au 7 décembre 2014.

« Gertrud » en quête d’amour absolu

Cécile Coustillac incarne "Gertrud", une pièce de Hjalmar Söderberg mise en scène par Jean-Pierre Baro. Crédits photo : Simon Bellouard
Cécile Coustillac incarne « Gertrud », une pièce de Hjalmar Söderberg mise en scène par Jean-Pierre Baro. Crédits photo : Simon Bellouard

Le destin de « Gertrud » -merveilleuse Cécile Coustillac tout en finesse-, mis en scène par Jean-Pierre Baro, Extime Cie, est à l’honneur. Programmée récemment au festival « Les enfants du désordre – le désordre amoureux » de la Ferme du buisson, la pièce est à l’affiche du Monfort à partir de mardi 25 novembre pour trois semaines.

Le Suédois Hjalmar Söderberg a écrit ce chef-d’œuvre de la littérature scandinave. Elle développe le thème de l’amour, à travers les trois hommes de la vie d’une cantatrice, qu’elle a aimés et qui l’ont, un temps, comblée. Gertrud les quittera tour à tour. Homme politique, compositeur et poète, mari, amant et grand amour, ils sont tous des personnalités publiques qui placent leur réussite sociale toujours au premier plan. « Ils passent à côté de leurs vies car ils sont rongés par leur ambition », explique Jean-Pierre Baro. « C’est vraiment une critique de l’ambition sociale quand elle est dévorante », ajoute-t-il.

«  Now I’m riding along the wonderland and the road I’m on has no end », « A présent, je voyage à travers le pays des merveilles et la route que j’emprunte n’a pas de fin », seront les derniers mots de la belle chanson de Guillaume Allardi interprétés par une Gertrud éprise de liberté.

Isabelle Artus

« Gertrud », Extime Cie, en tournée

« Nuit », Cie Coup de poker, en tournée

« Othello, variation pour trois acteurs », Cie du Zieu, en tournée

Dans la peau d’un « Martyr »

Une scène surréaliste de "Martyr" où le personnage à l'origine du conflit (masqué au centre) oppose sa professeur de biologie et le proviseur de son lycée. Crédits Photo : Jean-Louis Fernandez
Une scène surréaliste de « Martyr » du conflit qui oppose la professeur de biologie du jeune Benjamin (à gauche) et le proviseur du lycée (à droite), à propos de la crise mystique du lycéen (masqué, au centre). Crédits Photo : Jean-Louis Fernandez

Avec « Martyr », le dramaturge allemand Marius von Mayenburg pose la question tristement actuelle de l’extrémisme religieux. A travers Benjamin, il montre comment un jeune adulte peut glisser peu à peu dans la radicalisation mystique. Mise en scène par Matthieu Roy, de la compagnie du Veilleur, la pièce, publiée en 2012, se joue jusqu’au dimanche 23 novembre au théâtre Gérard Philippe de Saint Denis.

Sur la scène ultra sobre trône un autel tantôt lit, tantôt table ou tribune. Le son déborde, amplifiant la voix des comédiens, la décuplant parfois en un long écho, brouillant les pistes de l’ordre auditif habituel. Huit acteurs évoluent dans une multitude de tableaux menés tambour battant. Le texte très fort se déploie comme un long fleuve ininterrompu.

Petit-à-petit Benjamin bascule vers l’idéologie religieuse, sa pensée s’emballe défiant le bon sens, la raison, frisant la folie. Il ne se déplace désormais plus sans sa Bible dont il lit constamment des bribes à qui veut l’entendre.

Autour de lui, sept personnages : sa mère, le proviseur, le prêtre, un ami, la fille sexy, son professeur de natation et sa professeur de biologie, madame Roth, la seule à s’opposer à lui avec conviction.

L’auteur soulève le thème de l’identité des jeunes et leur difficile construction face à un monde complexe en perte de valeurs, à leur âge très influençable.
Il montre les limites de chacun face à la dérive de l’extrémisme religieux. Celles aussi des institutions ; l’église, insistante à vouloir récupérer Benjamin, le professeur de natation, qui utilise l’humour pour mieux botter en touche, le proviseur dépassé qui campe sur des positions classiques, jusqu’à renvoyer la courageuse madame Roth, impuissante.

Dans « Martyr », le traitement cinématographique n’est jamais très loin, notamment dans la scène de la table ronde où le proviseur convoque les différentes parties prenantes, qui brille d’une remarquable lumière blanche sculpturale, surnaturelle de froideur.

On notera que l’auteur n’a pas fait le choix de l’effusion de sang ni des armes mais s’est focalisé sur la violente puissance des mots et des idées et le choc des idéologies dans le quotidien d’un jeune homme pour aborder le glissement progressif  vers l’extrémisme.

Isabelle Artus

Site du théâtre Gérard Philippe
Site de la compagnie du Veilleur

Azimut, un spectacle suspendu entre ciel et terre

"Azimut" d'Aurélien Bory. Crédits photo : Agnès Mellon
« Azimut » d’Aurélien Bory. Crédits photo : Agnès Mellon

Il est rare qu’un spectacle traite de la quête spirituelle soufie. C’est le cas d’Azimut, mis en scène par Aurélien Bory avec les artistes du groupe acrobatique de Tanger, au théâtre du Rond-Point, jusqu’au 29 juin. Il soulève la question profondément humaine et universelle de la place de l’homme dans son environnement, du plus proche au plus infini.

Azimut signifie à la fois une mesure physique et « le chemin », comme l’indique la racine de ce mot arabe, « As-samt ». En astronomie, la direction d’un objet céleste peut être donnée par son azimut ; en navigation, on le mesurait à l’aide d’un compas pour s’orienter.

Aurélien Bopry a fondé en 2003 le Groupe acrobatique de Tanger avec Sanae El Kamouni. Crédits photo : Aglaé Bory.
Aurélien Bory a fondé en 2003 le Groupe acrobatique de Tanger avec Sanae El Kamouni.
Crédits photo : Aglaé Bory.

Aurélien Bory a travaillé dans ce spectacle avec onze acrobates et trois musiciens traditionnels.  On les appelle « Les enfants de Sidi Ahmed Ou Moussa », un célèbre sage soufi du XVIe siècle et saint patron de l’acrobatie marocaine. Cette discipline est issue d’une pratique rituelle berbère composée de figures circulaires et pyramidales impressionnantes.

Tout évoque dans cette création la -et les- directions sur la route de l’homme, sa position, sa place dans l’espace et le temps, ses choix ou non-choix dans la vie, l’évocation de sa recherche philosophique.

Dans un entretien de présentation de son oeuvre, Aurélien Bory confie : « Les lois physiques et géométriques inspirent inlassablement mon travail. Mon théâtre est basé sur la relation entre l’homme et l’espace ».

Dans cette scène, des sacs noirs remplis tombent au sol et remontent au ciel dans une chorégraphie spatio-temporelle hypnotique. Crédit photos : Aglaé Bory.
Dans cette scène, des sacs noirs remplis tombent au sol et remontent au ciel dans une chorégraphie spatio-temporelle hypnotique. Crédit photos : Aglaé Bory.

La mise en scène est symétrique et très visuelle. Les artistes, d’une grande agilité, suivent des rythmes répétitifs presque hypnotiques, à l’image de la scène où ils avancent en faisant la roue à vive allure. Le spectateur assiste alors à un va-et-vient incessant de figures, tour à tour tournoyantes puis calmes, qui marchent au pas.

Les acrobates défient aussi les lois de l’apesanteur, se retrouvant comme accrochés au mur, ou suspendus au plafond à l’horizontale. Ils restent ainsi inertes un moment et semblent dans une autre dimension.

Aurélien Bory livre ici une oeuvre singulière. Elle marque la continuité de son travail avec cette troupe  de Tanger. Il y avait créé il y a neuf ans Taoub, la première écriture contemporaine d’acrobatie marocaine, qui avait donné naissance au groupe acrobatique de Tanger.

Crédits photo : Aglaé Bory.
Crédits photo : Aglaé Bory.

Isabelle Artus

La semaine du joli mois de mai

Enfin une fin de semaine radieuse, divine, qui finit sous le signe du « joli mois de mai ». Après l’attaque des grêlons gros comme de petits petits pois, le beau temps. Le ciel affiche son bleu d’azur sans nuage sur grand écran, à peine traversé par un souffle de vent.

« La culture, c’est la vie ! »

 « Quelle meilleure région que le Nord pour parler de culture,  pour parler de l’avenir de la culture, pour parler de l’avenir de ceux qui le font vivre, les intermittents du spectacle ; et c’est avec ce gouvernement que nous sauverons ces intermittents du spectacle parce que la culture, c’est la vie et que l’Etat, le gouvernement, la majorité doivent continuer à les aider… ». Des mots forts de la part de Premier ministre français Manuel Valls, jeudi 15 mai, lors d’un meeting à Lille interrompu par les  questions d’un groupe d’intermittents du spectacle venus défendre leur statut en cause ces derniers temps.

« Il n’y a pas besoin pour cela de venir interrompre un meeting » a-t-il conclu rassurant mais ferme.

« Dans la cour » avec Catherine Deneuve

Catherine Deneuve joue maintenant des rôles différents de son répertoire et ça fait plaisir. Le film de Pierre Salvadori : « Dans la cour », nous montre une femme belle mais mûre, fragile mais touchante, décalée. Gustave Kervern, très naturel, joue un gentil bougon au chômage attachant et assez pommé.

Ces deux là n’auraient jamais dû se rencontrer et quand il deviendra concierge dans l’immeuble de Mathilde, Catherine Deneuve, s’en suivra une tranche de vie riche en rebondissements. Pourtant, pas de « happy end » ici.

La discipline positive pousse l’enfant vers le haut

Notre monde change et ses formes, les moyens de ses réalisations, aussi. C’est le cas dans l’éducation de la « discipline positive ». Cette méthode d’apprentissage vise à « valoriser l’enfant, qu’il comprenne que le succès vient de lui, qu’il a tous les moyens de réussir, qu’il peut progresser… », témoigne une maman qui l’utilise à la maison à l’heure des devoirs, rapporte France 2.  Cela met en valeur les progrès, même petits, de l’enfant, ses atouts, ses qualités, ces « plus » et les résultats sont probants.

Une méthode qui favorise l’expérience et le vécu. Les enfants, guidés par la maîtresse,  sont actifs et recherchent des solutions, sont mis en situation d’observation et formulent avec leurs propres mots ce qui se passe, pour mieux comprendre et prendre conscience. Une école privée utilise déjà en classe la discipline positive et des ateliers adressés aux adultes existent.

Vibrant Torreton en Cyrano à l’Odéon

Une salle d’hôpital froide. Un homme assis sur un fauteuil bas fait dos au public. Il a un pansement à la tête. C’est Cyrano de Bergerac magistralement interprété par Philippe Torreton, au théâtre de l’Odéon. La mise en scène, transposée de nos jours en joggings et baskets, fonctionne à merveille. Ce Cyrano aborde le thème très contemporain de la différence avec sensibilité, intelligence et panache.

Roxane, la belle amoureuse de Christian, jouée par Maud Wyler, répand son jeu raffiné et sa légèreté candide tout au long des deux heures quarante que l’on dévore d’ailleurs, tout comme le texte ciselé. La scène de la lettre, dictée par Cyrano et lue par Christian, est une merveille et l’audace d’utiliser la visioconférence, récompensée.

Les personnages secondaires, de caractères forts, vous emportent. Souvent en groupe sur scène, ils semblent former une chorégraphie où tout est réglé à la baguette. La musique est traitée en contrepoint avec humour. Elle renvoie le spectateur à des grands succès qui accentuent les propos de la pièce, sous forme de clin d’œil.

Le Carreau du Temple fait peau neuve

© Fernando Javier Urquijo / studio Milou architecture. Vue depuis l'angle de la rue Perré.
© Fernando Javier Urquijo / studio Milou architecture.
Vue depuis l’angle de la rue Perré.

Le Carreau du Temple, nouveau lieu culturel pluridisciplinaire a ouvert vendredi 25 avril 2014 au cœur de Paris. Haut lieu du commerce des tissus et du cuir en 1810 puis des vêtements un siècle après, ce majestueux espace de 6500 M2 axe sa programmation sur le corps, à travers le sport, le spectacle vivant et le bien-être. Il ambitionne de brasser des tendances et des esthétiques contemporaines. Moments de ce week-end découverte.

Vue de l’extérieur, l’architecture industrielle, contemporaine de Baltard, de fer, de verre et de bois, impose son élégance monumentale. Planté près de l’entrée, un food-truck. Idée pratique en prévision du week-end d’exploration du lieu éclectique. Un homme d’âge mûr propose des flyers. Il fait partie de l’Atelier Local d’Urbanisme. L’ALU est une association du quartier, coordinatrice du projet participatif des habitants à la réhabilitation du Carreau du Temple. Résultat : 4080 votants ont choisi d’y réaliser : « Un espace pour tous ».

© Fernando Javier Urquijo / studio Milou architecture. Mars 2014.
© Fernando Javier Urquijo / studio Milou architecture.
Mars 2014.

« Le Corps sous toutes ses coutures »

Un public de tous âges s’achemine vers la magnifique halle de 1800 M2 du rez-de-chaussée. Dedans, la lumière est partout, côtoie le bois blond et disperse une chaude douceur.
Une gigantesque scène de la largeur du bâtiment a été installée pour les concerts du soir, le griot malien Salif Keita et l’ONJ. Un cercle se forme autour d’un jongleur. Tout le monde s’assied. Les enfants sont captivés. Plus tard, tous se lèveront pour regarder grimper au mât chinois un artiste de la compagnie du Chaos.

La programmation annuelle du Carreau du Temple s’axe sur « Le Corps sous toutes ses coutures ». Elle s’ouvre aux artistes « émergents » dans les domaines des arts de la scène : le théâtre, la danse, les arts du cirque, la musique, les marionnettes. Des résidences donneront un temps de recherche aux créateurs et occasionneront des rencontres avec le public. Le théâtre de la Ville, le théâtre du Rond-Point, Paris Quartiers d’Eté, sont partenaires.

L’infrastructure comprend un auditorium de 250 places, deux studios dojo et danse de 330 M2, un gymnase de 415 M2, un studio d’enregistrement, un bar-restaurant.

© Jeff Rabillon. Toi et moi", compagnie Chatha.
© Jeff Rabillon.
Toi et moi », compagnie Chatha.

Toi et moi, compagnie Chatha

Des bombardements. Deux danseurs posés sur la scène de l’auditorium et éloignés l’un de l’autre. Elle, recroquevillée de dos et lui, de face, médite, assis en tailleur.
Tout doucement, leurs corps engourdis parviennent à bouger, se lever, esquisser des figures, à marcher, à avancer en dansant. Ils se frôlent sans se regarder, trop affairés à la tension de leurs propres corps. A un seul moment ils seront face-à-face, le temps s’arrêtera alors. Mais la promesse d’un échange dure peu dans cette quête virevoltante qui reprend. Un témoignage vibrant de la difficulté à évoluer en souplesse et à communiquer dans notre société.

© Denis Rouvre.
L’ONJ. © Denis Rouvre.

Le soir descend. Quelques notes d’instruments annoncent l’arrivée sur scène de l’ONJ, l’Orchestre National de Jazz dirigé par Olivier Benoit. Le public se rassied par terre. Des enfants courent devant la scène. La formation géniale inaugurera ce soir-là son partenariat avec le Carreau du Temple et jouera deux sets, en alternance avec la compagnie HVDZ de Guy Alloucherie.

Travail de mémoire du quartier de la compagnie HVDZ

« Portrait Carreau du Temple », de la compagnie HVDZ, Hendricks Van Der Zee, a été réalisé en résidence artistique. Il questionne la mémoire du Carreau du temple et du quartier, à travers ses habitants, immigrés pour la plupart. Sous forme, notamment, de portraits vidéo projetés sur deux grands écrans, chacun raconte ses souvenirs ou ceux des anciens de sa famille.

Compagnie Hendrick Van Der Zee - HVDZ  © Guy Alloucherie
Compagnie Hendrick Van Der Zee – HVDZ
© Guy Alloucherie

Le public sourit, s’intéresse, apprend de l’histoire du lieu grâce aux images d’archives. Devant moi, passe une femme souriante aux longs cheveux blonds décolorés. Elle traine un sac à dos vert à roulettes. Une habitante du quartier, c’est sûr. On vient même de la voir interrogée, à l’écran.

Espérons alors que ce nouvel espace soit « un espace pour tous », comme l’ont désiré, par leur vote, les habitants. Que les tarifs des prestations payantes n’écartent pas les habitants aux revenus modestes. Que des réductions pour les séniors et pour les habitants de l’arrondissement soient prévues et que la halle soit ouverte à la libre promenade », souhaite sur son flyer l’association du quartier, ALU.

Isabelle Artus.

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