« Extension » du handicap et acrobaties à haut risque

Solene Mossard
Le cirque Inextrémiste dans « Extension » au théâtre Monfort. Crédits Photo : Solène Mossard.

Le théâtre Monfort présente jusqu’au 3 janvier « Extension », un spectacle hors normes à sensations fortes.

Il était une fois trois circassiens au bord du risque dont un handicapé et une pelleteuse.
Au début, ils sont deux, gonflés à bloc, défiant les lois de la gravité avec planches et bidons. Ils les assemblent les unes aux autres, crescendo, escaladant ces échafaudages précaires, tâtonnant ici un pieds, engageant là le corps tout entier, en quête du point d’équilibre et toujours plus haut. Le spectateur retient son souffle.

Tout à coup, un vrombissement annonce l’entrée en scène du troisième luron, aux commandes d’une pelleteuse. Le circassien handicapé va alors effectuer toute une chorégraphie avec sa machine. Elle entre en rotations, se penche de tous côtés, et son long bras articulé peut attraper et élever les planches sur lesquelles les deux autres acrobates de haut vol vont évoluer.

Ce spectacle, qui n’oublie pas d’être ponctué d’humour et de poésie, repousse les limites du handicap et de la perception que nous en avons. Il traite d’humanité mais aussi de pouvoir, de solidarité et d’inter dépendances, en fait d’unité.

Allez-y, vous serez étonnés et n’oublierez-pas « Extension »!

Isabelle Artus

« Extension » au théâtre Monfort

 

Les déséquilibres de « Celui qui tombe »

© Geraldine Aresteanu
« Celui qui tombe » de Yoann Bourgeois. Crédits photo : Geraldine Aresteanu

Reprise du spectaculaire « Celui qui tombe » de Yoann Bourgeois au théâtre Monfort, jusqu’au 10 octobre. Une fresque acrobatique sur la gravité, l’équilibre, perdu, retrouvé, le lâcher prise.

Pour servir ce thème très humain, six acrobates sur un plateau mouvant de six mètres sur six. Ce terrain de jeu improbable se révèle être une puissante machine, au dispositif tournoyant, vibrant, déstabilisant, exténuant qui prend par moment des allures de bateau ivre en perpétuel mouvement.

Les six marins de haute mer très agitée devront petit à petit apprivoiser la mécanique du sol et ses mouvements imprévisibles, s’y amuseront même, valseront dessus, seront amenés à défier les lois de la gravité, et se retrouveront aussi tous à terre.

Une belle métaphore sur l’instabilité de la vie, parfois merveilleusement belle et aussi terriblement chaotique. Le spectateur se prend d’empathie pour ces six acrobates, emporté dans leur voyage à la recherche d’équilibre.

Isabelle Artus

Conception, mise en scène et scéno- graphie : Yoann Bourgeois assisté de Marie Fonte
Avec : Jean-Baptiste André, Mathieu Bleton, Julien Cramillet, Marie Fonte, Elise Legros et Vania Vaneau en alternance avec Francesca Ziviani lumière Adèle Grépinet

Son : Antoine Garry
Costumes : Ginette
Réalisation scénographie : Nicolas Picot, Pierre Robelin et Cénic construc- tions
Régie générale : David Hanse
production Christine Fernet et Maud Rattaggi

Production : Cie Yoann Bourgeois. Pro- duction déléguée MC2: Grenoble.

Site du Monfort

« L’Effet Bekkrell », naissance d’un style

"L'effet Bekkrell" au théâtre Monfort. Crédit photos :  Massao Mascaro
« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort. Crédit photos : Massao Mascaro

L’« Effet Bekkrell (titre instable) », premier spectacle du jeune groupe Bekkrell, est total, fort, personnel, nouveau. A découvrir vite, jusqu’au 16 mai !

Du Bekkrell plein les sens et un titre instable, le ton est donné. Elles sont quatre, fascinées par la radioactivité et surtout par le caractère déséquilibrant de la matière et des relations. Débordantes d’énergie créatrice, leur premier spectacle remporte un franc succès au théâtre Monfort, malgré l’absence pour blessure d’un des piliers du quatuor.

Artistes, camarades, amies, acrobates, femmes, blagueuses, curieuses, affreux jojos, élèves, elles se sont rencontrées en 2009 au centre national des arts du cirque de Châlon-en-Champagne et ont monté l’aventure du groupe Bekkrell.

A travers elles, la scène est un immense champs d’investigation, elle vibre, résonne, se fait et se défait, à grands coups et à grands bruits -parfois amplifiés- de ferraille, on se croirait transportés sur des chantiers navals et cela tangue fort par moments comme sur un bateau en difficulté. Le spectateur suit alors ce rythme fait de tempête, chaos, calme, tempête, chaos, calme….

Grande créativité et beaucoup d'humour pour le spectacle "L'effet Bekrell", du groupe du même nom, au théâtre Monfort.
Grande créativité et beaucoup d’humour pour le spectacle « L’effet Bekrell », du groupe Bekrell, au théâtre Monfort.

Un mât chinois pour l’une qui parle aussi une langue non encore répertoriée, un fil où danse, s’éclate, dort, enfin, vit, la deuxième, une troisième qui fonctionne à l’explosion, de rire, de nerfs et réalise des pirouettes volantes, une dernière en démonstration d’apesanteur sur sa corde.

Pierre Meunier, homme de théâtre et metteur en scène à l’univers puissant, signe, à travers son regard et ses conseils, une mise en scène remarquable sous forme de fresque théâtro-circassienne par tableaux captivants.

La musique accompagne avec brio le spectacle, impose sa partition quand il le faut et ose le mélange ultra moderne-opéra qui participe à envouter un peu plus l’atmosphère.

Un vent de poésie souffle tout au long de ce spectacle-performance inédit. La lumière y joue un beau rôle. Elle semble puisée directement de la haute mer, des phares et balises lumineuses flottantes et nous embarque. La scène finale de naufrage rappelle à plusieurs titres « Le radeau de la méduse » du peintre Géricault et la beauté de ses couleurs de soleil rasant dans le noir fait mouche.

Isabelle Artus

« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort

Aspirés par Le Vide

Dans « Le vide », au théâtre Monfort jusqu’au 11 octobre, le cordeliste Fragan Gehlker défit la peur et la loi de la gravité.

"Le Vide", au théâtre Monfort jusqu'au 11 octobre 2014. Crédits photo : Fratellini.
« Le Vide », au théâtre Monfort jusqu’au 11 octobre 2014. Crédits photo : Fratellini.

Avec une prise de risques très forte augmentant crescendo et atteignant les sommets du chapiteau à 22 mètres de haut, il emporte le public dans son histoire.

Le spectacle fait allusion à l’essai d’Albert Camus « Le mythe de Sisyphe ». Sisyphe est aux enfers, condamné à faire rouler un rocher sur une pente. Lorsqu’il arrive tout en haut, le rocher retombe et il doit recommencer sans cesse. Camus y évoque la vie comme éternel recommencement, régie par l’absurde. Le spectacle semble en faire autant.

Une scène dépouillée. Neuf cordes, un matelas surhaussé, pas de filet. La salle est comble. Fragan Gehlker se prépare devant le public. Il grimpe à une corde qui aussitôt tombe. Il remonte à une autre et il retombera mais rien ne l’arrête. Continuer, toujours plus haut, bravant le danger.

Fragan Gehlker, spectacle "Le vide" au théâtre Monfort, jusqu'au 11 octobre 2014. Crédits photo : Fratellini

La bande sonore très travaillée mixe des bruits de foire, de cirques, des archives aux voix d’un autre temps. C’est le domaine d’Alexis Auffray qui évolue avec lui en duo sur le plateau pour le son, le violon et la technique. Il apparaît et disparaît de la scène, mettant tour à tour en route un transistor, un Revox enregistreur de bandes magnétiques ou jouant du violon, ponctuant le spectacle d’une mélodie profonde.

La circassienne Maroussia Diaz Verbeke boucle le trio. Elle a travaillé sur plusieurs « essais » avec Fragan Gehlker, signe ici la dramaturgie et poursuit un travail d’écriture dans la durée sur le vide.

Fragan Gehlker enchaine une multitude de figures qui le projettent parfois plusieurs mètres plus bas. Puis il paraît en apesanteur sur une corde, stoppé parfois net en pleine descente. Le temps s’arrête alors : le vide est partout sous lui et le public retient son souffle. Puis il disparaît complètement…

Les crépitements d’applaudissements attestent que cet essai de cirque au théâtre Montfort est bel et bien réussi.

Isabelle Artus

Le Vide au théâtre Monfort