Les ailes de la vie

Plus que deux jours pour découvrir la cinquantaine d’œuvres de l’exposition « Créatures ailées et terrestres » de la peintre Mirta Gontad et de la photographe Anna Biret à la galerie de l’ambassade d’Argentine à Paris. Partez en un voyage pictural accompagné de Mirta Gontad, une artiste rare à la personnalité très attachante, le temps d’un entretien devant ses tableaux. Culturepositive l’a rencontrée.

La peintre argentine Mirta Gontad devant une de ses oeuvre à l'ambassade d'Argentine à Paris en septembre 2015. Crédits Photo : Isabelle Artus
La peintre argentine Mirta Gontad devant une de ses oeuvres à l’ambassade d’Argentine à Paris en septembre 2015. Crédits Photo : Isabelle Artus

: Y a t’il une continuation du travail que vous présentez avec celui de l’année passée ?

M : En réalité, je crois que le travail continue toujours. L’année passée, je parlais de l’espace qui étais autour de l’évident. Cette année, je parle un peu de la même chose, de figures mythiques ou qui évoquent l’enfance, ce que nous avons été, le paradis perdu. Certaines ont des ailes visibles qui se voient clairement.

Donc, je parle de ce qui est évident et de ce qui est présent mais moins évident. Il y a donc un « deuxième » regard.

Ce dernier existe quand la forme ou la situation est en connexion avec l’harmonie de l’univers. On peut le voir au quotidien, quand on est quelque part, moi, artiste de l’art plastique, je le vois depuis le visuel. Je suis dans un lieu et il y a une parfaite composition de couleurs. Tout est équilibré. Je me dis : « Alléluia ! ». L’univers est présent.

Les ailes ont trait à cette connexion qui, à un certain moment, n’est plus visible. C’est pour cela que je parle de « paradis perdu» et d’une évocation de l’enfance, un lieu mythique où tout était possible, où les choses magiques étaient réelles et qui, avec les conditionnements de la civilisation, nous font oublier cela. Mais il y a un instant où cela apparaît, peut apparaître de nombreuses façons. Seul le moment présent est réel, le reste est une illusion.

"Le paradis perdu" de Mirta Gontad. Crédits Photo : Isabelle Artus
« Le paradis perdu » de Mirta Gontad. Crédits Photo : Isabelle Artus 

J’ai travaillé cette année à partir de vieilles photos, il me semble que cela a à voir avec tout ça car l’enfance est ce lieu où tout est possible et que nous avons tous connu, cette connexion avec l’univers, nous l’avons tous vécu ; après, nous l’oublions. Cette connexion avec le « Tout » me paraît beaucoup plus facile pour un enfant. L’exposition s’appelle « Figures ailées et terrestres » précisément parce qu’on a associé l’ailé, le céleste au terrestre comme une partie du même « Tout », comme la totalité qui est désirée. Je crois que cela a à voir avec le fait de « sentir la totalité », qui est ce que tout un chacun perd après, retrouve, perd de nouveau…

 Ce sont des dessins avec de la couleur mais celle-ci est toujours aléatoire. Le dessin est le protagoniste et la couleur est travaillée en fonction de lui. Pour cette exposition, il y a surtout du dessin.

"Au bord du paradis", de Mirta Gontad. Crédits photo : Isabelle Artus
« Au bord du paradis », de Mirta Gontad. Crédits photo : Isabelle Artus

Devant un triptyque :  » C’est une embarcation sur l’eau avec des passagers. A côté, il y a une œuvre où l’on voit une petite fille (en gros plan) qui est comme au bord de l’eau ou de l’espace, cela s’intitule « Au bord du paradis ». Cela fonctionne comme triptyque et aussi séparé. Sur le dernier des trois, un petit garçon montre du doigt un des personnages, tous très serrés les uns aux autres dans une petite embarcation. Ce sont des encres et du crayon sur du papier de petites tailles, 30 sur 30 cm. Le dessin beaucoup plus intimiste que la peinture. Pour les grands formats, la peinture se fait avec tout le corps, c’est comme une danse.

 : D’où vient vôtre inspiration Mirta ?

M : « Normalement je travaille avec des modèles car j’aime le visage humain, sa perfection, -dans le sens de miracle de l’univers et non pas modèle de perfection – donc, je travaille avec un modèle vivant une fois par semaine à l’atelier et des vieilles photographies, après d’autres choses apparaissent qui complètent l’œuvre.

Je parle tout le temps plus ou moins de la même chose dans mon travail : l’ignorance de la totalité, du fait que les choses nous montrent une chose évidente que nous sommes tous conditionnés à voir mais elles disent toujours d’autres choses en plus.

C’est ma façon de voir la vie. Je suis dans un lieu et je vois ce que les images me racontent. Peut-être pas ce que les mots me disent. Ma capacité est de lire les images (de la vie), je perçois le monde ainsi et je l’apporte dans mes œuvres.

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« Alas de luz » de Mirta Gontad. Crédit photo : Isabelle Artus

: Je vois que vous êtes attirée par des situations positives où règne la beauté plutôt que la difficulté, la dureté, la violence …

M : Oui, je suis optimiste de nature, parfois aveuglément optimiste. Cela se voit sûrement dans mon travail. Mais il me semble que la beauté n’a pas à voir uniquement avec le bonheur mais plutôt avec un certain type d’harmonie qui peut aussi être une harmonie triste. Il me semble que tout fait partie de la même totalité qui parfois est plus triste ou plus joyeuse, parfois céleste ou terrestre mais où l’unité est présente.

I : L’exposition compte une cinquantaine d’œuvres et vous la partagez avec la photographe Anna Biret, polonaise et grande amoureuse de Cuba, dites-nous en deux mots

M :  «  La première fois que j’ai vu les œuvres d’Anna Biret, j’ai toujours pensé que nos travaux pouvaient être amis. Parce qu’elle a la capacité d’attraper l’instant présent. Elle travaille sans modèle. Quand son appareil photo disparaît, elle capte justement ce moment où il y a connexion ou « des ailes ». Des moments qui peuvent être transcendants. C’est cet instant que je recrée avec mes dessins. L’exposition fonctionne bien grâce à ça », conclue Mirta Gontad.

Isabelle Artus

Informations pratiques

L’exposition se situe à l’Ambassade d’Argentine, 6, rue Cimarosa, métro Boissière, dans le 16e arrondissement de Paris. Vérifier bien les horaires d’ouverture sur le site de l’ambassade :

Pour contacter l’artiste Mirta Gontad, vous pouvez lui écrire à : gontadmm@hotmail.com

– Voir la Vidéo des deux artistes réalisée par le service culturel de l’ambassade

La peintre argentine Mirta Gontad devant un de ses triptyque. Exposition "Créatures ailées et terrestres", Galerie d'Argentine, Paris, septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus
La peintre argentine Mirta Gontad devant un de ses triptyques. Exposition « Créatures ailées et terrestres », Galerie d’Argentine, Paris, septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus

 

Mirta Gontad : les yeux et l’esprit

L'artiste peintre sud-américaine Mirta Gontad exposant à la galerie de l'ambassade d'Argentine, à Paris.
L’artiste peintre sud-américaine Mirta Gontad exposant à la galerie de l’ambassade d’Argentine, à Paris.                                  Crédits Photo : Isabelle Artus.

Mirta Gontad ressemble physiquement à une arlésienne mais est argentine. Son regard est à la fois profond, léger et doux et iI se dégage d’elle un je ne sais quoi d’agréablement humain, comme un « supplément d’âme ».

Elle a étudié aux Beaux-Arts, a toujours peint et a exposé dans les galeries les plus fameuses de Buenos Aires, en France et en Italie, entre autres.

Nous nous sommes connues un peu tard, son exposition à l’ambassade d’Argentine à Paris se terminant ce dimanche 21 septembre avec les journées du patrimoine.

C ’est donc une rencontre avec cette artiste singulière que je vous propose dans cet article avec de nombreuses photos de ses tableaux et une vidéo en lien.

Mirta Gontad. La letra primera. Acrylique sur toile. 1m50  x 2m10 Diptyque 2013.
Mirta Gontad. La letra primera. Acrylique sur toile. 1m50 x 2m10 Diptyque 2013. Crédits photo : Isabelle Artus

« Ce qui est, c’est toujours quelque chose de plus » est le titre de son exposition. Que veut-elle dire par là ? Mirta m’oriente vers ses tableaux. A bien y regarder, explique t-elle, il se révèle à nous une autre dimension de leur réalité. Un autre sens apparaît à l’œil.

Beaucoup de diptyques, de triptyques de grandes tailles, plusieurs mètres de haut et de large. Une couleur les relie, un tracé de pinceau ou un vide, se prolongent d’une partie de la peinture à l’autre. Il est aussi important que le reste.

Une histoire qui n’est pas voulue au départ se raconte, me précise t-elle. La plupart du temps, Mirta peint avec un modèle, puis elle continue sans lui et le tableau se précise.

Mirta Gontad.
« En el desierto de las brillantes piedras preciosas ». 100 cm. X 210 cm. Tríptique. Mirta Gontad. Crédits photo : Isabelle Artus

Concernant ce triptyque jaune, blanc et gris, l’artiste confie que la petite fille c’était elle, enfant. Le tableau se déroule en trois parties, trois toiles, et un fil horizontal comme un long trait de pinceau qui va de l’un à l’autre, jusqu’à un portrait de femme finement ciselé.

Cette idée de continuité est chère à l’artiste. D’ailleurs, un jour, elle a découvert en choisissant ses tableaux pour une exposition que tous avaient un raccord entre eux, matérialisé par une courbe ou bien une même couleur qui allait de l’un à l’autre.

Leurs époques étaient pourtant très différentes. Mirta a réalisé à ce moment là l’unité de son travail mais on ne pouvait s’en rendre compte qu’en regardant tout l’ensemble de son œuvre.

Mirta Gontad.
« Reflejos en el arroyo » 180cm. x 120cm. Diptyque. Mirta Gontad. Photo : Isabelle Artus

Certains classent cette artiste dans le « réalisme magique ». Je lui demande si cela lui semble correct la concernant ; elle sourit, plutôt d’accord, et ajoute que pour elle, le magique réside dans le quotidien. Il y a de la magie dans le quotidien pour qui veut bien la percevoir.

Hasta pronto Mirta con gran placer.

Mirta Gontad.
Détail du tableau « Punto rojo ». 180 cm x 120 cm. Diptyque. Mirta Gontad. Crédits photo : Isabelle Artus.

Voir l’exposition et la vidéo sur Mirta à la galerie de l’ambassade d’Argentine

Isabelle Artus.

Exposition/Madrid : « Le Greco et la peinture moderne »

La vision de Saint-Jean (La visión de san Juan) El Greco 1608 - 1622. New-York, The Metropolitan Museum of Art. Rogers Fund, 1956.
La vision de Saint-Jean (La visión de san Juan) El Greco
1608 – 1622.
New-York, The Metropolitan Museum of Art. Rogers Fund, 1956.

Situé à côté du jardin botanique et du parc du Retiro, le célèbre musée du Prado à Madrid, accueille jusqu’au 5 octobre 2014 une brillante exposition :  » Le Greco et la peinture moderne ».

Elle a été conçue sur le thème de l’importante influence de l’artiste sur les divers courants de peinture qui ont suivi en Europe et Outre Atlantique.

Domínikos Theotokópoulos de son vrai nom, d’origine crétoise (1541-1614), a longtemps vécu à Tolède, en Espagne. Il inspira de nombreux peintres comme Edouard Manet, de voyage à Madrid et à Tolède en 1865, mais aussi Paul Cèzanne, Pablo Picasso, André Derain, Amadeo Modigliani, Robert Delaunay…

D’autres fameux peintres tels que Joaquim Sorolla et surtout Ignacio Zuloaga ont acquis plusieurs oeuvres du Greco.

Quand Pablo Picasso peindra « Les demoiselles d’Avignon » en 1907, tableau phare de la naissance du cubisme, il s’inspirera de « La vision de Saint-Jean » (ci-dessus) du GrecoEn réalité, il avait vu le tableau dans le studio du peintre Zuloaga, qui l’avait acheté.

Des peintres d’origine juive comme Marc Chagall, Chaïm Soutine ont aussi été influencés par le style du Greco.

La vague moderniste du Greco se propagea ainsi jusqu’en Amérique du Nord et au Mexique.

Isabelle Artus

Musee national du Prado, Madrid : exposition Le Greco

Galerie d’images des peintures de l’exposition