Les déséquilibres de « Celui qui tombe »

© Geraldine Aresteanu
« Celui qui tombe » de Yoann Bourgeois. Crédits photo : Geraldine Aresteanu

Reprise du spectaculaire « Celui qui tombe » de Yoann Bourgeois au théâtre Monfort, jusqu’au 10 octobre. Une fresque acrobatique sur la gravité, l’équilibre, perdu, retrouvé, le lâcher prise.

Pour servir ce thème très humain, six acrobates sur un plateau mouvant de six mètres sur six. Ce terrain de jeu improbable se révèle être une puissante machine, au dispositif tournoyant, vibrant, déstabilisant, exténuant qui prend par moment des allures de bateau ivre en perpétuel mouvement.

Les six marins de haute mer très agitée devront petit à petit apprivoiser la mécanique du sol et ses mouvements imprévisibles, s’y amuseront même, valseront dessus, seront amenés à défier les lois de la gravité, et se retrouveront aussi tous à terre.

Une belle métaphore sur l’instabilité de la vie, parfois merveilleusement belle et aussi terriblement chaotique. Le spectateur se prend d’empathie pour ces six acrobates, emporté dans leur voyage à la recherche d’équilibre.

Isabelle Artus

Conception, mise en scène et scéno- graphie : Yoann Bourgeois assisté de Marie Fonte
Avec : Jean-Baptiste André, Mathieu Bleton, Julien Cramillet, Marie Fonte, Elise Legros et Vania Vaneau en alternance avec Francesca Ziviani lumière Adèle Grépinet

Son : Antoine Garry
Costumes : Ginette
Réalisation scénographie : Nicolas Picot, Pierre Robelin et Cénic construc- tions
Régie générale : David Hanse
production Christine Fernet et Maud Rattaggi

Production : Cie Yoann Bourgeois. Pro- duction déléguée MC2: Grenoble.

Site du Monfort

« L’Effet Bekkrell », naissance d’un style

"L'effet Bekkrell" au théâtre Monfort. Crédit photos :  Massao Mascaro
« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort. Crédit photos : Massao Mascaro

L’« Effet Bekkrell (titre instable) », premier spectacle du jeune groupe Bekkrell, est total, fort, personnel, nouveau. A découvrir vite, jusqu’au 16 mai !

Du Bekkrell plein les sens et un titre instable, le ton est donné. Elles sont quatre, fascinées par la radioactivité et surtout par le caractère déséquilibrant de la matière et des relations. Débordantes d’énergie créatrice, leur premier spectacle remporte un franc succès au théâtre Monfort, malgré l’absence pour blessure d’un des piliers du quatuor.

Artistes, camarades, amies, acrobates, femmes, blagueuses, curieuses, affreux jojos, élèves, elles se sont rencontrées en 2009 au centre national des arts du cirque de Châlon-en-Champagne et ont monté l’aventure du groupe Bekkrell.

A travers elles, la scène est un immense champs d’investigation, elle vibre, résonne, se fait et se défait, à grands coups et à grands bruits -parfois amplifiés- de ferraille, on se croirait transportés sur des chantiers navals et cela tangue fort par moments comme sur un bateau en difficulté. Le spectateur suit alors ce rythme fait de tempête, chaos, calme, tempête, chaos, calme….

Grande créativité et beaucoup d'humour pour le spectacle "L'effet Bekrell", du groupe du même nom, au théâtre Monfort.
Grande créativité et beaucoup d’humour pour le spectacle « L’effet Bekrell », du groupe Bekrell, au théâtre Monfort.

Un mât chinois pour l’une qui parle aussi une langue non encore répertoriée, un fil où danse, s’éclate, dort, enfin, vit, la deuxième, une troisième qui fonctionne à l’explosion, de rire, de nerfs et réalise des pirouettes volantes, une dernière en démonstration d’apesanteur sur sa corde.

Pierre Meunier, homme de théâtre et metteur en scène à l’univers puissant, signe, à travers son regard et ses conseils, une mise en scène remarquable sous forme de fresque théâtro-circassienne par tableaux captivants.

La musique accompagne avec brio le spectacle, impose sa partition quand il le faut et ose le mélange ultra moderne-opéra qui participe à envouter un peu plus l’atmosphère.

Un vent de poésie souffle tout au long de ce spectacle-performance inédit. La lumière y joue un beau rôle. Elle semble puisée directement de la haute mer, des phares et balises lumineuses flottantes et nous embarque. La scène finale de naufrage rappelle à plusieurs titres « Le radeau de la méduse » du peintre Géricault et la beauté de ses couleurs de soleil rasant dans le noir fait mouche.

Isabelle Artus

« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort