« Il ne s’agit de rien moins que de sauver l’humanité »

Inondations dans leDoubs en 2012. Crédit photo : H.p.frei
Inondations dans leDoubs en 2012.
Crédit photo : H.p.frei / Wikimedia Commons

La Conférence environnementale a eu lieu à Paris, les 27 et 28 novembre 2014. Organisée autour de trois tables rondes, climat et biodiversité, santé et environnement, transports, elle préparait la Conférence Paris Climat 2015 et était placée sous le signe de la transition énergétique. Le scientifique Hubert Reeves, président de l’association écologiste « Humanité et biodiversité » était invité à prendre la parole après Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, lors du discours inaugural à l’Elysée. Déterminé, il a alerté les décideurs sur l’urgence de réagir pour atteindre l’objectif de maintenir la température mondiale en deçà de 2°C sinon, les conséquences catastrophiques de la détérioration actuelle de la planète par l’homme s’amplifieront.

Dressant un premier bilan des deux journées, l’astrophysicien a confié qu’elles avaient : « renoué avec une dynamique plus collective que les précédentes » et que pour lui  «la force de préservation était plus présente que la force de destruction». Il a ajouté cependant que le Premier ministre Manuel Valls « a paru moins allant, son besoin de revenir régulièrement à la nécessité de ne pas brider l’économie témoigne d’une approche qui oppose encore environnement et économie, alors que l’enjeu est bien de répondre aux deux crises (écologique et économique) ensemble, car elles ont parties liées » a ajouté le scientifique. « La réussite se jaugera à la qualité de la feuille de route de janvier ! » a-t-il conclu.

Culturepositive a transcrit son discours et vous propose de le lire, ici :

« Nous sommes en danger. Nous ne pouvons plus nous payer de faire des réunions officielles… Il faut avoir une attitude beaucoup plus dynamique et beaucoup plus combativeUne réunion comme celle-ci est une réunion où vont se prendre des décisions qui vont influencer le sort de l’humanité pendant des siècles et peut-être des milliers d’années. Je voudrais alerter tout ceux qui ont des responsabilités à cette situation, pour cela il faut du dynamisme et je fais appel à tous ceux qui ont des décisions à prendre, qu’ils se mettent dans cette situation.

Je me fais un bilan : qu’est ce qui a changé depuis les années 70, 80, 90 ? C’est à la fois bien pire et bien mieux. Nous sommes comme dans un combat à en finir entre deux puissances complètement opposées : la détérioration de la planète, nous savons que pour stabiliser la température il faudrait réduire les émissions de gaz carbonique de 50 à 80 % si nous voulons éviter les fléaux dont nous entendons parler en ce moment, les tempêtes, les inondations…

Que faisons-nous dans la réalité ? Tous les ans, nous augmentons la quantité de gaz carbonique et de gaz à effet de serre émis par la planète, nous sommes passés à près de 3 % cette année. C’est à dire que nous allons totalement dans le sens inverse de ce que nous savons qu’il faudrait faire.

Nous savons aussi qu’il faudrait réduire la déforestation, nous l’accroissons un peu partout, au Congo, en Amazonie, en Indonésie, nous voyons cette force de détérioration prendre de la puissance. Nous continuons à polluer, nous savons par exemple que nous avons un problème très grave d’érosion de la biodiversité, il ne s’agit pas uniquement des tigres du Bengale mais du fait que nous détruisons les cadeaux que la nature nous donne spontanément, c’est-à-dire les insectes qui pollennisent, les vers de terre qui fertilisent les sols, nous voyons d’année en année comment tout ce capital que la nature met à notre service, comment nous le détruisons régulièrement.

Il y a aussi des efforts de restauration qui se font en très grand nombre. Le nombre d’associations pour la défense de la nature croit un peu partout dans le monde, des projets de restauration de la planète se font d’une façon encourageante.

Comment tracer le bilan ? Deux forces opposées croissent toutes les deux et prennent de la puissance progressivement. Qui va l’emporter ? Personne ne le sait. C’est la question qui se pose aujourd’hui. Si on me demande si je suis optimiste ou pessimiste, je répond une phrase que disait l’homme politique Jean Monnet, artisan de l’Europe, vers 1950 : « L’important n’est pas d’être optimiste ou pessimiste, c’est d’être déterminé. » Déterminé à faire ce qu’on pense qu’il faut faire, quoi qu’il arrive. (…)Aujourd’hui, c’est dans esprit que nous devons être, ce n’est pas un esprit de réunion traditionnelle, c’est un esprit de rencontre avec des gens qui sont décidés à dire : « Nous allons prendre la situation en mains » et pour citer une phrase de Gorbatchev : « il ne s’agit de rien moins que de sauver l’humanité ».

Nous sommes devant deux grandes forces : une de destruction, une de restauration, il s’agit d’être déterminé à poursuivre la lutte pour sauver cette planète, pour sauver notre présence. Si vous voulez une exemple de ce qui pourrait arriver de concret, vous allez en Chine et vous allez voir les grandes métropoles de trente millions d’habitants aujourd’hui, vous verrez ce que c’est que la vie qui pourrait être la notre, je crois que les petits Chinois de ces villes ne savent pas que le ciel est bleu. J’y suis allé récemment, le ciel est jaune sale. La pollution respiratoire est énorme et d’autres maladies, etc…

C’est ça qu’il faut avoir en jeu, des objectifs concrets : d’empêcher que notre planète devienne inhabitable. Nous avons l’occasion d’être dans cette situation où nous sommes responsables et les décisions qui vont se prendre sont majeures dans cette lutte où nous sommes tous engagés. »

Hubert Reeves, astrophysicien, écologiste et président de l’association  « Humanité et biodiversité »

Texte hors discours : Isabelle Artus

POUR ALLER PLUS LOIN

Le Réseau Action Climat fédère les associations impliquées dans la lutte contre les changements climatiques et pour une transition écologique solidaire et équitable.

Ministère de l’Ecologie : Les enjeux de la conférence climat de Paris 2015 -COP21/CMP11

Article du programme Environnemental des Nations unies au sujet de la neutralité carbone – United Nations Environment Programme

L’association « Humanité et biodiversité » d’Hubert Reeves

La fondation Nicolas Hulot : Le changement climatique, un défi de taille

Dans la peau d’un « Martyr »

Une scène surréaliste de "Martyr" où le personnage à l'origine du conflit (masqué au centre) oppose sa professeur de biologie et le proviseur de son lycée. Crédits Photo : Jean-Louis Fernandez
Une scène surréaliste de « Martyr » du conflit qui oppose la professeur de biologie du jeune Benjamin (à gauche) et le proviseur du lycée (à droite), à propos de la crise mystique du lycéen (masqué, au centre). Crédits Photo : Jean-Louis Fernandez

Avec « Martyr », le dramaturge allemand Marius von Mayenburg pose la question tristement actuelle de l’extrémisme religieux. A travers Benjamin, il montre comment un jeune adulte peut glisser peu à peu dans la radicalisation mystique. Mise en scène par Matthieu Roy, de la compagnie du Veilleur, la pièce, publiée en 2012, se joue jusqu’au dimanche 23 novembre au théâtre Gérard Philippe de Saint Denis.

Sur la scène ultra sobre trône un autel tantôt lit, tantôt table ou tribune. Le son déborde, amplifiant la voix des comédiens, la décuplant parfois en un long écho, brouillant les pistes de l’ordre auditif habituel. Huit acteurs évoluent dans une multitude de tableaux menés tambour battant. Le texte très fort se déploie comme un long fleuve ininterrompu.

Petit-à-petit Benjamin bascule vers l’idéologie religieuse, sa pensée s’emballe défiant le bon sens, la raison, frisant la folie. Il ne se déplace désormais plus sans sa Bible dont il lit constamment des bribes à qui veut l’entendre.

Autour de lui, sept personnages : sa mère, le proviseur, le prêtre, un ami, la fille sexy, son professeur de natation et sa professeur de biologie, madame Roth, la seule à s’opposer à lui avec conviction.

L’auteur soulève le thème de l’identité des jeunes et leur difficile construction face à un monde complexe en perte de valeurs, à leur âge très influençable.
Il montre les limites de chacun face à la dérive de l’extrémisme religieux. Celles aussi des institutions ; l’église, insistante à vouloir récupérer Benjamin, le professeur de natation, qui utilise l’humour pour mieux botter en touche, le proviseur dépassé qui campe sur des positions classiques, jusqu’à renvoyer la courageuse madame Roth, impuissante.

Dans « Martyr », le traitement cinématographique n’est jamais très loin, notamment dans la scène de la table ronde où le proviseur convoque les différentes parties prenantes, qui brille d’une remarquable lumière blanche sculpturale, surnaturelle de froideur.

On notera que l’auteur n’a pas fait le choix de l’effusion de sang ni des armes mais s’est focalisé sur la violente puissance des mots et des idées et le choc des idéologies dans le quotidien d’un jeune homme pour aborder le glissement progressif  vers l’extrémisme.

Isabelle Artus

Site du théâtre Gérard Philippe
Site de la compagnie du Veilleur

L’article collectif d’un jardin partagé en fête

Le jardin partagé des Nouzeaux à Malakoff est un projet collectif entre personnes qui aiment jardiner ou tout simplement profiter du jardin. On y trouve plus de 70 parcelles individuelles et collectives sur 900 M2, une cuve à récupération d’eau de pluie du terrain de sport qu’il jouxte, 4 lampadaires photovoltaïques et plusieurs composteurs. La vie de ce jardin est racontée sur un blog dédié que je coordonne depuis juillet 2012.

Fête des jardins au jardin partagé des Nouzeaux, les 27 et 28 septembre 2014. Crédits photo : Isabelle Artus
Fête des jardins au jardin partagé des Nouzeaux, les 27 et 28 septembre 2014.
Crédits photo : Isabelle Artus

Le jardin partagé des Nouzeaux fourmillait d’activités les 27 et 28 septembre derniers, week-end de fête des jardins en région parisienne et aussi « grande fête des jardins partagés » en France jusqu’au 8 octobre.

Nous allons vous raconter l’événement, sous forme de témoignages des visiteurs. Cette année nous avons décidé de l’écrire à plusieurs mains et de l’illustrer de photos à travers différents regards, c’est donc une co-production que nous vous proposons.

La suite de l’article du jardin en fête ICI

Le blog du jardin partagé des Nouzeaux est hébergé par la section environnement de la mairie de Malakoff

Isabelle Artus

Retour sur « Le monde de demain, parlons-en aujourd’hui »

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La conférence « Le big bang numérique » à l’opéra Bastille samedi 20 septembre 2014 lors du premier Monde festival. Photo : Isabelle Artus

Les 20 et 21 septembre 2014, le journal Le Monde conviait le public à la première édition du Monde festival « Le monde de demain, parlons-en aujourd’hui », aux opéras Garnier et Bastille. L’évènement coïncidait avec les 70 ans d’existence du quotidien. Une centaine de grandes personnalités ont exposé leurs visions de notre monde en devenir, ses enjeux, ses limites et ses dangers, lors de trente rencontres et débats.

Ces invités prestigieux étaient issus d’univers très différents : des idées, de la culture, de la société, de l’économie, de la politique, des sciences et de l’éducation, du sport et du « lifestyle ». Citons par exemple Daniel Barenboim, chef d’orchestre, Akhenaton, rappeur-producteur, Jacques Antoine Granjon, PDG de Vente-Privée.com, Mikhail Khodorovski, oligarque et ancien prisonnier politique, Christiane Taubira, ministre de la Justice, Carlo Petrini, directeur de Slow food, Edgard Morin, sociologue et philosophe, Cédric Villani, mathématicien, rarement autant de témoins de notre époque n’avaient étés réunis.

Je m’arrêterais sur la table-ronde « L’innovation, facteur de progrès social ? » animée par Annie Kahn. Elle rassemblait Hélène Langevin, physicienne, petite fille de Pierre et Marie Curie, Dominique Méda, philosophe et sociologue du travail, Cédric Villani, mathématicien et vulgarisateur sans pareil, Laurent Alexandre, directeur de DNA Vision, une société de séquençage d’ADN et  « l’électricien » Bernard Salha, directeur d’EDF R&D.

Les démonstrations de Laurent Alexandre ont transporté l’assistance dans un monde digne de productions de science fiction, celui des bouleversements que connaitra l’humanité avec l’avancement des NBIC, les nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives, prédit-il, en affirmant que nous y sommes déjà et vivons actuellement une biorévolution.

Bricoler le vivant

A-t’on remarqué aujourd’hui notre capacité à « bricoler le vivant », questionne le scientifique ?

De moins en moins d’enfants appelés hier -très maladroitement- « anormaux » naissent de nos jours, précise-il, le diagnostic prénatal ayant profondément progressé. Des handicaps comme la trisomie 21 auront sûrement disparu sous peu et nous ne mourons bientôt plus du cancer, selon lui.

« Qui ne rêve pas que son enfant naisse avec un QI supérieur à la moyenne ? », lance Laurent Alexandre en affirmant que sera possible demain, que les futures générations seront bien plus intelligentes.  Aujourd’hui, on pose déjà des implants aux déficients auditifs pour améliorer leur performance, alors …

Cet énorme potentiel de transformation du vivant pose des questions graves car il s’agit de méthodes d’intervention sur le patrimoine génétique de l’ humanité.
Nous dirigeons-nous vers la constitution d’une espèce humaine « idéale » ?
Jusqu’où peut-on manipuler le vivant ?

Ces débats éthiques, moraux, philosophiques, politiques, majeurs, concernent tout citoyen mais existent malheureusement peu sur la place publique, tout comme dans les plus hautes sphères décisionnelles, ajoute le scientifique.

Les neuro-technologies contrôlées par GAFA

L’ancien chirurgien et urologue Laurent Alexandre explique ensuite avec véhémence combien GAFA, Google, Apple, Facebook et Amazon, prennent peu à peu le contrôle des neuro-technologies. Les NBIC,-nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives-, sont aujourd’hui contrôlées par Google : les neurones pour les sciences cognitives, les atomes pour les nanotechnologies, les bits pour l’informatique et les gènes pour la biotechnologie.

Sur le plan du travail, Laurent Alexandre prévoit l’automatisation des métiers intellectuels dans 30, 40 ans. Elle sera redoutable, affirme t-il. De quoi donner froid dans le dos.

Isabelle Artus

VIDEOS

Sur l’intelligence artificielle : Laurent Alexandre, invité de USI, Unexpected Sources of Inspiration

Sur l’immortalité : Laurent Alexandre, invité de la conférence américaine TED