Culturepositive se fixe à Toulouse

Culturepositive prend la couleur de la brique rose. Le blog quitte Paris pour le Sud. Pour de bon. Le Sud-Ouest plus exactement et Toulouse précisément.

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La majestueuse Place du Capitole. Crédits Photo : Isabelle Artus.            

Un peu plus d’un mois déjà à Toulouse et une envie de raconter cette ville haute en couleurs, rurale et européenne, entre champs, montagne et mer.

Mais par quels mots en parler alors que je la découvre encore ? Et puis, Nougaro l’a tellement bien décrite que la barre est hors d’atteinte.

J’ai donc décidé de rendre l’exercice léger, partir l’appareil photo 55 mm en bandoulière et raconter de façon impressionniste mes premiers pas sur son sol.

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Avec les premiers beaux jours, les Toulousains profitent des rives de la Garonne. Crédits photo : Isabelle Artus 
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Crédits photo : Isabelle Artus 

Vous savez, ici les vieux ont des cannes.

Ici, on dit « au revoir et merci !  » au chauffeur en descendant du bus. Ici, la parole est large et facile, et d’ailleurs, c’est déjà beaucoup l’Espagne.

Ici, dans le métro, une voix vous annonce les stations en français et en occitan, cela chante d’une manière unique et puis la programmation musicale vibre plaisamment relax.

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Rue vers la place Saint Sernin. Crédits photo : Isabelle Artus

Hier, aux Minimes, un poivrot dans la rue m’a réclamé un peu d’argent « pour acheter de l’eau », l’air tout naturel. Ils n’ont pas froid aux yeux ici.

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L’hôtel renaissance d’Assézat, abrite depuis 1995 la fondation Bemberg, créée par le collectionneur humaniste George Bemberg. Crédits photos : Isabelle Artus   

A la fondation Bemberg, dans le joli hôtel d’Assézat, on peut voir les œuvres de très près sur deux étages. Quel plaisir et quel luxe ! En plus, il n’y a pas foule aujourd’hui dans les petites pièces en enfilade décorées de peinture renaissance à vénitienne du XVIIIe siècle, de Bonnard aux Fauves ; on se sent vraiment comme chez soi.

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Place dans l’hyper centre. Crédits photo : Isabelle Artus
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Rue médiévale avec des maisons à colombages. Crédits photo : Isabelle Artus         

Sur la magistrale place du Capitole, devant l’Hôtel de ville, les jeunes de #NuitDebout tiennent le pavé. Sur leur pancartes, on peut lire : « On capitule pas, on Capitole ».

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Les jeunes de #Nuitdebout en fin d’après-midi au Capitole. crédits photo : Isabelle Artus 
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Signalétique de récupération : le débat, c’est par là. Crédit photo : Isabelle Artus

Cela fait plusieurs nuits qu’ils ne dorment pas, discutent, votent, échangent. Ils veulent réinventer un monde meilleur et distillent leur courage et leur envie de faire bouger les lignes d’une société qui ne leur parle plus et qui peine à changer de forme. On se croirait en mai 68 en plus calme.

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Le vieux pont neuf sur la Garonne. Crédits photo : Isabelle Artus

Toulouse, « c’est encore plus beau la nuit », m’a t’on dit hier soir. Les voutes du Pont neuf, le plus vieux de la cité, comme il se doit, étaient éclairées de rouge flamboyant. Le voici de jour, magnifique aussi.

Sur la Garonne, les ponts dessinent de leurs grands bras des perspectives prolongeant le regard aux quartiers de chaque extrémité. Saint Cyprien a pour l’instant ma préférence avec ses ruelles et ses petites places charmantes.

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Rue à Saint-Cyprien, un joli quartier de Toulouse sur l’autre rive de la Garonne. Crédits photos : Isabelle Artus

En suivant les quais vers la place de la Daurade, la promenade devient bucolique. D’un côté la Garonne, l’eau et le beau pont neuf, de l’autre de belles façades d’appartements prisés.

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Façades romantiques sur les quais. Crésits photo : Isabelle Artus
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Les appartements, tous différents, donnent sur les platanes et la Garonne. Crédits photo : Isabelle Artus
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Crédits photo : Isabelle Artus

Une belle illustre sculptée dominant un portail par ici, une petite rue plus loin par là…

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En ville, de nombreuses figures ornent les portes et entrées d’anciennes demeures. Crédits photo : Isabelle Artus
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Un des charmes de Toulouse réside dans ses innombrables petites rues où on aperçoit parfois des jardins très secrets. Crédits photo : Isabelle Artus

Vers Saint Sernin, le cinéma d’art et d’essai ABC, rue Saint Bernard, affiche la présence de Raymond Depardon et sa femme productrice. Ils viennent présenter à la salle comble leur dernier film « Les habitants », « un film sur la parole », précisera le réalisateur qui signe à son habitude un film hors norme, à la manière du photographe sociologue mais muni de caméra.

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Cinéma d’auteur, débats avec les équipes des films, l’ABC est un repère du 7e art hors des sentiers battus. Crédits photos : Isabelle Artus

Ici , tout a été simple, facile de réserver les places, pas de cohue, une attente non contraignante : de nouveau cette sensation d’être privilégiée, mais non, en réalité, il s’agit simplement de juste mesure, une situation à taille humaine. Enjoy.

A deux pas de là, l’incontournable basilique romane Saint Sernin, est belle de l’extérieur comme de l’intérieur, avec ses volumes conçus pour accueillir les pèlerins en chemin vers Compostelle.

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La basilique Saint Sernin abrite les reliques de Saint Saturnin, saint patron de la ville de Toulouse, évêque et martyr, chef de file de la plus ancienne communauté chrétienne locale. Crédits photos : Isabelle Artus 
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Des concerts classiques ont régulièrement lieu à Saint Sernin. Crédits photos : Isabelle Artus
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La basilique Saint Sernin : « une fleur de corail que le soleil arrose » a écrit Claude Nougaro. Crédits photo : Isabelle Artus        

Dans le beau quartier des Chalets aux maisons bourgeoises, je croise en vélo la place de la Concorde, discrète celle-là, il faut connaître l’endroit pour ne pas le rater.

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Pas loin, le célèbre Café de la Concorde coule une belle existence depuis le 17ème siècle, paraît-il et quelques concerts par semaine.

La première balade toulousaine ne peut s’achever sans un hommage au grand Claude Nougaro qui mieux que personne a su trouver les mots pour dire Toulouse.

Isabelle Artus

Vidéo de Claude Nougaro chantant « Toulouse ».

Dernières nouvelles de la survie des abeilles 

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Alors que le combat pour la défense des abeilles continue à travers l’interdiction de l’utilisation de néonicotinoïdes, celui sur la préservation des abeilles noires locales progresse ! 

Il y a déjà bientôt un an,  » l’Assemblée nationale avait voté en faveur d’un amendement déposé par Gérard Bapt (Haute Garonne) et Delphine Batho (Deux-Sèvres), pour l’interdiction pure et simple des néonicotinoïdes à compter du 1er janvier 2016″, rappelle Pollinis, l’association indépendante et sans but lucratif qui milite pour accélérer la transition en agriculture durable en Europe, respectueuse de l’environnement et des pollinisateurs dont elle dépend. 

Cette grande avancée a été remise en cause ensuite par le vote du Sénat. Néanmoins, « le combat contre les Néonics se poursuit à l’Assemblée », relève Pollinis qui appelle à la mobilisation pour faire inscrire dans la loi une nouvelle interdiction des néonicotinoïdes en France dès la fin du mois de février. Lire leur article ICI 

Fortes avancées pour sauver l’abeille noire

Bonnes nouvelles du côté de l’abeille noire. Dans une publication récente, Pollinis rapporte leur réussite à « fédérer une dizaine de Conservatoires de l’abeille noire, notre abeille locale, aujourd’hui menacée ». L’association, spécialisée dans la défense de l’environnement et des pollinisateurs, précise que « l’abeille noire, abeille ouest-européenne, maillon essentiel de la biodiversité de cette zone, est confrontée à une course à la rentabilité à court terme qui privilégie l’importation d’abeilles souvent inadaptées à nos territoires et plus fragiles. »

Ces conservatoires « élèvent les abeilles noires au sein de ruchers préservés de toute hybridation génétique avec d’autres sous-espèces d’abeilles, ils défendent des pratiques apicoles respectueuses de l’abeille et de ses cycles de vie (pas de transhumance, pas de sur-nourrissement avec du sirop de sucre, etc.), et sensibilisent le public à la préservation de cette butineuse locale », explique Pollinis.

La fête de l’abeille noire

Cette fameuse abeille est aussi la star de la « Fête de l’abeille noire et des gastronomies traditionnelles et innovantes » à Pont-de-Montvert en Lozère. La deuxième édition a eu lieu les 7 et 8 novembre derniers. Regardez la vidéo ci-dessous.

Plus d’informations

Pour plus de détails sur les effets négatifs des néonicotinoïdes, voir l’article de Culturepositive sur le forum « Pour l’interdiction des néonicotinoïdes » du 24 juin 2015 à l’Assemblée nationale :

Isabelle Artus

Un road movie « En quête de sens »

Attention merveille du cinéma ! Le film « En quête de sens » de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste est un road movie qui s’interroge et nous interroge sur la marche du monde. Un film espoir, un film à voir. Prochaine séance ce soir à l’Ecole supérieure de commerce et de développement, 3A-PARIS. 

Tous deux sont amis d’enfance dans la vraie vie.  Ils sont partis rencontrer les acteurs du changement au niveau international. Mais pas n’importe qui : ils ont étés bien conseillés et sont revenus avec des témoignages de personnes ressources hors du commun difficile d’approcher car loin de nous géographiquement, parfois même particulièrement isolées : un biologiste cellulaire, un jardinier urbain, un chamane itinérant ou encore une cantatrice présidente d’ONG. Que pensent ces grands acteurs de la vie du développement du monde, ces personnes rares et de bon sens ? Elles nous aident à mieux réfléchir, à tracer nos chemins de vie, elles nous éclairent.

Le voyage initiatique de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste « sur plusieurs continents est une invitation à reconsidérer notre rapport à la nature, au bonheur et au sens de la vie », nous dit leur site que je vous conseille d’aller vite explorer, avant leur film.

Isabelle Artus

VOIR LE FILM

Jeudi 29 Octobre à 18h : projection du film « En quête de sens » suivi d’une rencontre avec Marc de la Ménardière, co-réalisateur du film

Pour réserver votre place : contact-paris@ecole3a.edu

Ecole supérieure de commerce et de développement, 3A-PARIS. 01 85 08 36

LES AUTRES PROJECTIONS

Les fils de la terre

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Au premier plan, Benjamin Brenière joue l’ami, le juge, le photographe et un infirmier. A gauche, Sandrine Deschamps, ici dans le rôle la femme, joue aussi la représentante en cosmétiques et à sa gauche, Vincent Remoissenet, le fils. Crédits photos : Benoit Bouthors

Il est rare de sentir la bonne odeur du foin au théâtre. Rare aussi de regarder les visages immobiles des agriculteurs, emmurés dans leurs silences, à l’heure de la soupe.

Au Théâtre 13, jusqu’au 18 octobre, la pièce « Les fils de la terre », adaptée d’un documentaire d’Édouard Bergeon et mise en scène par Élise Noiraud, plonge le public dans le quotidien rude et endetté d’une famille de paysans français.

L’histoire repose sur le conflit entre un père et son fils Sébastien, héritier du domaine agricole ancestral, qui refuse de perdre sa vie à redresser la ferme. Elise Noiraud, la metteuse en scène, montre dans cette « tragédie rurale », c’est ainsi qu’elle qualifie son oeuvre, le glissement du fils dans le désespoir.

Un théâtre social qui visite les thèmes essentiels de la filiation, de la transmission de la culture familiale, de ses valeurs et de ses biens, du choc générationnel entre un père préservant les traditions et son fils aspirant à la modernité, de la justice impitoyable, de l’amour et de la haine, de la séparation, du suicide.

La scénographie est marquée par le bel usage de la lumière (création lumières Philippe Sazerat)ouvrant et refermant chaque scène domestique. Le son tient aussi une place importante (création sonore François Salmon et Adrien Soulier) avec une voix off qui raconte et commente ce conte contemporain, jamais très loin du documentaire.

La mise en scène sobre tourne autour des lieux clé de l’univers de la ferme : la salle de traite, le tas de foin, la cuisine, et aussi, du salon de l’appartement du fils Sébastien et de sa femme, en contrepoint.

Au premier soir de représentation, le public a été conquis par ce spectacle qui a obtenu le Prix du Jury et le Prix du Public au Prix Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène 2015.

Isabelle Artus

Avec
Benjamin Brenière l’ami, le juge, le photographe, un infirmier,
François Brunet le père,
Sandrine Deschamps La femme, la représentante en cosmétiques,
Julie Deyre la mère, la traductrice, la sage-femme, l’animatrice radio,
Sylvain Porcher le juriste, l’acheteur hollandais, un infirmier
Vincent Remoissenet le fils.

Création lumières Philippe Sazerat, Création sonore François Salmon et Adrien Soulier, Costumes Mélisande de Serres, Décor Baptiste Ribrault

Site du Théâtre 13 

Projection du documentaire « Les fils de la terre » 

Un festival pour la paix

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La grande pagode bouddhiste du parc de Vincennes accueille le 1Oe Festival pour la paix, vendredi 18 septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus

Le dixième Festival pour la paix ouvre ses portes jusqu’à dimanche 20 septembre à 20h00 à la grande pagode bouddhiste du bois de Vincennes, à Paris. Une programmation riche et rare de concerts, contes, conférences, films, ateliers de yoga, de calligraphie, massages… Un événement associé à la construction du Temple pour la paix de Normandie, voué à accueillir des manifestations dans un esprit inter-religieux.

 La grande pagode de Vincennes: le site est en soi un havre de paix et il la cultive. Sous l’imposant toit pointu trône un gigantesque bouddha doré.

Micro à la main, le vénérable Lama Gyourmé, initiateur de la construction du Temple pour la paix de Normandie, ouvre le Festival. Il explique comment il a découvert le site « propice à la méditation » pour « construire un temple dédié à la paix dans le monde » qui a reçu les soutiens du Dalaï-Lama et du Karmapa.

Maître authentique, Lama Gyourmé enseigne le bouddhisme tibétain en France depuis 1974, date à laquelle ses propres maîtres, Kalou Rinpoché et le XVIe Karmapa lui ont confié cette mission.

Né au Bouthan en 1948 et confié au monastère à l’âge de 9 ans, il a reçu les enseignements bouddhistes complétés par un solide apprentissage des arts traditionnels dont le chant.

« Si vous achetez 1000 CD par personne, on pourra financer les travaux », lance t-il, d’un ton malicieux dont les maîtres ont le secret, évoquant les disques qu’il a enregistrés avec le musicien Jean-Philippe Rykiel au profit du futur temple.

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L’architecture du futur Temple de Normandie s’inspire de celle, traditionnelle, de Samyé, premier Temple érigé au Tibet, fondé par Padmasambhava au VIIIème siècle. Crédits photo : Isabelle Artus

« Transmettre la paix intérieure » 

 « On va inviter chaque année tous les chefs religieux à faire des conférences-débats, pour expliquer comment transmettre la paix intérieure », informe-t-il.

Le temple bouddhiste de Normandie « ne sera pas seulement un espace limité à la rencontre des différentes écoles du bouddhisme, mais un lieu favorisant les échanges entre les traditions bouddhistes, chrétiennes, juives, musulmanes et autres éloignées comme celles des indiens d’Amérique du Nord et les aborigènes d’Australie… », explique le site web dédié au Festival pour la paix .

« La congrégation organisera des rencontres entre les représentants de ces traditions spirituelles pour mieux faire connaître la diversité et les valeurs communes à toutes ces familles de pensée : leur contribution à un monde meilleur, le respect et la dignité humaine, la tolérance mutuelle, la volonté de Paix et la non-violence », explique le site.

La soirée d’ouverture du Festival pour la paix s’est poursuivie par un concert rare avec Masuda Tomoko, chanteuse d’opéra et thérapeute ayant étudié la médecine traditionnelle tibétaine, accompagnée d’une très gracieuse musicienne, Viviane Bruneau-Shen et ses différents anciens instruments à cordes.

Le lama Gyourmé et le trio Sarasvati, des musiciennes de musiques traditionnelles de Mongolie et d’Asie-Centrale, les ont ensuite rejointes pour un mantra chanté.

Conférence  « Ecologie et spiritualité »

Mathieu Labonne, directeur de l’équipe opérationnelle du mouvement Colibris créé par Pierre Rabhi, est alors intervenu dans une conférence sur le thème :       « Ecologie et spiritualité ». « Je vous incite à changer vos modes de vie, un chercheur spirituel se doit de réfléchir à tout ça », a t-il déclaré , prônant une écologie du vivre ensemble qui commence d’abord par soi-même et une cohérence entre l’être et le faire. Pour lui, « Il s’agit de retrouver un sentiment d’unité avec le Vivant ». 

Le scientifique a insisté sur les trois domaines de nos vies sur lesquels nous pouvons agir pour obtenir un résultat efficace sur le changement climatique : L’alimentation, le transport, et le mode de chauffage. Les circuits courts, les transports propres, les nouvelles habitudes de vie, l’isolation des logis…Cela produira une réelle différence.

Mathieu Labonne a enfin rappelé le mythe grec de Prométhée, faisant allusion au déluge dont parlait cette légende, correspondant à l’arrogance de l’Homme : « ce que nous sommes en train de vivre », a t-il conclu.

Isabelle Artus

> La grande pagode de Paris est située 40, route de la ceinture du Lac Daumesnil, 12e.

Balade matinale en Languedoc

Une ribambelle d'escargots ont élu domicile sur les herbes les plus solides. Crédit photo : Isabelle Artus
Sur la départementale près de Vias, une ribambelle d’escargots a élu domicile sur les herbes les plus vigoureuses. Crédits photo : Isabelle Artus
Il a plu la veille dans la nuit et ce matin, le ciel est encore chargé de nuages noirs. La campagne respire la terre humide. Cette marche matinale à la sortie du bourg de Vias, en Languedoc, me remplit de bonheur.
Sur la départementale assez chaotique par endroits, je ne croise aucune voiture, juste un cycliste en habit de courreur professionnel et un joggeur aux foulées régulières.
Calme plat donc à l’horizon. Le bas-côté de la route est peuplé de ribambelles d’escargots à la queue leu leu le long d’herbes sèches et de fenouils sauvages, par grappes. De délicats petits liserons roses, d’autres blancs, colorent l’herbe de ci, de là.
Je passe devant le champs des deux poneys dont le propriétaire s’occupe avec soin et beaucoup de présence. Son jardin potager, au milieu, a belle allure ; de la route, on peut en apercevoir les pieds de tomates dépasser, tout droits.
Près de Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Bas-côtés près de Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Un vol d’une dizaine de petits oiseaux en voyage de groupe se met à raser l’herbe plus loin. Ils semblent s’amuser. Un coq lance son chant dont la partition coupe l’atmosphère aussi sec. La joie m’envahit. Ces bruits qui rythment la campagne constituent pour moi de réels repères d’équilibre, un vrai soulagement de l’âme.
Tout d’un coup, l’envie me prend d’observer la campagne environnante en profondeur. Pourquoi les papillons sont-ils si rares ici et de nos jours en général ? Les sauterelles ont-elles disparu ? Je n’en vois pas. Je me souviens qu’en Provence, tous rivalisaient de couleurs. Avec mon frère et ma soeur, nous adorions donner un peu d’élan aux insectes sauteurs en touchant doucement leur arrière-train. Certains étaient bleus, d’autres rouges, jaunes, et jusqu’au dernier moment, c’est-à-dire leur saut, on se demandait quelle couleur avait leurs ailes.
Rencontre avec un habitant des bas-côté vers Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Rencontre avec un habitant des talus vers Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Ici, les amandiers sont « caffis » de fruits secs, un mot d’ici qui veut dire « pleins », leurs peaux épaisses devenues noires entrouvertes, découvrant les coques blondes.
Arrivée au carrefour de la route qui mène à l’exploitation viticole abandonnée et son magnifique ancien bâtiment aux dimensions gigantesques, je décide de faire demi-tour. Le temps me manque.
Puis, le soleil opère une trouée qui change totalement l’atmosphère alentour. Tout d’un coup, il fait très chaud. La promenade se termine.
A bientôt au détour des chemins de campagne.
Isabelle Artus
Crédits photo : Isabelle Artus
Crédits photo : Isabelle Artus

Billet d’humeur printanière

Un crocus, dans les premières fleurs à sortir de terre au jardin partagé des Nouzeaux, à Malakoff. Photo : Isabelle Artus
Un crocus, parmi les premières fleurs à sortir de terre au jardin partagé des Nouzeaux, à Malakoff. Photo : Isabelle Artus

Depuis plusieurs jours, le printemps pointe le bout de son air près de Paris. Il sera là demain. Dans un ciel encore incertain, l’annonce des beaux jours gagne du terrain et flotte déjà de-ci, de-là. L’idée me vient d’écrire un billet d’humeur printanière, que voici.

Pourtant il fait gris, il pleuvote même, mais la nature bourgeonne et l’air est de nouveau accueillant. Une nouvelle respiration s’installe partout. Plus légère, plus fluide, on aurait envie de s’y baigner.

Dans le train qui va à Montparnasse, un ciré jaune rayonne debout, prêt pour sortir. Il réveille le regard, au milieu du noir et gris d’usage. Un peu plus tard, un vieil homme fait l’aumône dans le métro. Il est 9h30 du matin. Une jolie femme lisant un livre en arabe lui donne une pièce de monnaie. Une deuxième fait pareil. « Voilà les gens disposés à être généreux à cette heure », me dis-je.

Je réalise que je me sens portée par la belle saison qui arrive, avec la sensation interne que son énergie bienfaisante irradie.

Dans le Languedoc, les amandiers sauvages sont parmi les premiers à fleurir la campagne.  Photo : Isabelle Artus
Dans le Languedoc, les amandiers sauvages sont parmi les premiers à fleurir la campagne.
Photo : Isabelle Artus

Plus au Sud, le printemps est déjà là. Les amandiers sauvages sont les premiers à fleurir la campagne. Avec eux, les champs sont à la noce et des effluves de miel embaument l’atmosphère.

Quand le ciel est chargé, il fait frais dehors, ce qui nous fait dire que l’hiver n’est pas bien loin. Mais la nature, dans sa grande puissance de vie, annonce sa saison de renouveau et suit inlassablement son rythme de croissance.

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Isabelle Artus

« Charlie Hebdo, héros modernes du combat pour la liberté »

Enfants qui jouent dans le Haut-Atlas, Maroc. Crédits photo : Isabelle Artus
Enfants qui jouent dans le Haut-Atlas, Maroc.
Crédits photo : Isabelle Artus

Vous qui me suivez, je voudrais vous souhaiter mes vœux sincères de bonheur pour cette nouvelle année 2015. S’ils revêtent une couleur profonde, j’aimerais qu’ils prennent la  forme de fleurs, de rires d’enfants et de joie et non pas de pleurs. Des formules comme « Peace and Love », « Plus jamais ça », « Not in my name » me viennent à l’esprit… autant de prières criées au monde actuel dans l’espoir qu’un vent de paix les relaient au delà des frontières, vite et pour longtemps.

Souvent, le mot « paix » m’a été proche. Plus que jamais aujourd’hui, après l’attentat odieux contre le journal satirique Charlie Hebdo hier matin mercredi 7 janvier 2015 à Paris et qui a coûté la vie à douze victimes, principalement journalistes et caricaturistes. Il marque une étape de la barbarie terroriste encore jamais atteinte en France car c’est bien la liberté d’expression et notre civilisation qui étaient d’abord visées.

Hommage à eux : quatre dessinateurs parmi les meilleurs : Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, les chroniqueurs Bernard Maris et Elsa Cayat, le correcteur Mustapha Ourrad, le globe-trotteur Michel Renaud, l’agent d’entretien Frédéric Boisseau, le brigadier Franck Brinsolaro et le policier Ahmed Merabet.

« Il faut qu’on sorte un journal, on va l’écrire avec nos larmes »

« Ils ont abattu des gens qui étaient en train de débattre de la lutte contre le racisme », a déclaré en larmes ce jeudi 8 janvier au matin le chroniqueur et urgentiste Patrick Pelloux sur la radio publique France Inter. Il n’était absent pour la conférence de rédaction qui réunissait toute l’équipe du journal car il avait une réunion concernant son activité d’urgentiste. « Viens ! On a besoin de toi », lui a lancé un collègue. Patrick Pelloux a crû à un canular. Arrivé sur place quelques minutes après la tuerie, il refuse d’expliquer ce qu’il a vu mais il témoigne dans tous les médias, inconsolable, la mémoire de ses amis et collègues. « Il faut qu’on sorte un journal, a t-il affirmé, on va l’écrire avec nos larmes. On a pas le droit de céder. »

Des milliers d’anonymes solidaires

La surprise positive est venue de tous les anonymes du monde entier qui ont envahi le jour même spontanément les places des villes pour répondre à l’appel « Nous sommes tous Charlie », lancé sur les réseaux sociaux. Des milliers de personnes se sont sentis concernés par cet événement tragique. « Ca pourrait être vous et moi », ont ils relayé. Les journaux dans toutes les langues ont titrés cette infamie ce matin, au lendemain des faits. La France est en deuil mais debout, lisait-on. Elle a reçu le soutien de nombreuses nations, unies dans ce malheur qui menace la planète, telle une gangrène à stopper de toute urgence.

Robert Badinter, ex-ministre de la Justice française, qui fait autorité et auquel la presse fait souvent appel dans des circonstances graves, déclarait ce matin sur France Inter : « Charlie Hebdo était à l’avant-garde, champion de la liberté de la presse. Ce sont des héros modernes du combat pour la liberté ». Les terroristes « visaient la liberté », a t-il ajouté.

« Le temps est venu pour nous rassembler »

Pour sa part, le philosophe Abdennour Bidar a invité les musulmans « à prendre la part de la douleur collective. Le temps est venu pour nous rassembler autour de la liberté d’expression. (…) Ce qui nous menace est la suspicion vis-à-vis des musulmans », a t-il confié.

C’est ce que je redoute aussi et Robert Badinter l’a signalé très vite : l’amalgame entre ces terroristes, peu nombreux mais qui essayent d’effrayer la terre entière, et les musulmans qui ont choisi cette religion, tout simplement. Mais, comme me le disait ma voisine algérienne encore tremblante : le Coran n’a jamais dit de tuer quiconque ». Et nous avons connu l’inquisition, mais c’était au Moyen-âge, une période tout aussi sombre et cruelle. Depuis, notre civilisation s’est battue pour les droits de l’Homme, bien que souvent ils soient bafoués.

Pour 2015, je vous souhaite ce que vous souhaitez pour vous même mais aussi paix, amour, tolérance et discernement.

Isabelle Artus

Le minute par minute de l’AFP, l’agence France Presse

Revue de presse de France Inter le 8 janvier 2015

« Il ne s’agit de rien moins que de sauver l’humanité »

Inondations dans leDoubs en 2012. Crédit photo : H.p.frei
Inondations dans leDoubs en 2012.
Crédit photo : H.p.frei / Wikimedia Commons

La Conférence environnementale a eu lieu à Paris, les 27 et 28 novembre 2014. Organisée autour de trois tables rondes, climat et biodiversité, santé et environnement, transports, elle préparait la Conférence Paris Climat 2015 et était placée sous le signe de la transition énergétique. Le scientifique Hubert Reeves, président de l’association écologiste « Humanité et biodiversité » était invité à prendre la parole après Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, lors du discours inaugural à l’Elysée. Déterminé, il a alerté les décideurs sur l’urgence de réagir pour atteindre l’objectif de maintenir la température mondiale en deçà de 2°C sinon, les conséquences catastrophiques de la détérioration actuelle de la planète par l’homme s’amplifieront.

Dressant un premier bilan des deux journées, l’astrophysicien a confié qu’elles avaient : « renoué avec une dynamique plus collective que les précédentes » et que pour lui  «la force de préservation était plus présente que la force de destruction». Il a ajouté cependant que le Premier ministre Manuel Valls « a paru moins allant, son besoin de revenir régulièrement à la nécessité de ne pas brider l’économie témoigne d’une approche qui oppose encore environnement et économie, alors que l’enjeu est bien de répondre aux deux crises (écologique et économique) ensemble, car elles ont parties liées » a ajouté le scientifique. « La réussite se jaugera à la qualité de la feuille de route de janvier ! » a-t-il conclu.

Culturepositive a transcrit son discours et vous propose de le lire, ici :

« Nous sommes en danger. Nous ne pouvons plus nous payer de faire des réunions officielles… Il faut avoir une attitude beaucoup plus dynamique et beaucoup plus combativeUne réunion comme celle-ci est une réunion où vont se prendre des décisions qui vont influencer le sort de l’humanité pendant des siècles et peut-être des milliers d’années. Je voudrais alerter tout ceux qui ont des responsabilités à cette situation, pour cela il faut du dynamisme et je fais appel à tous ceux qui ont des décisions à prendre, qu’ils se mettent dans cette situation.

Je me fais un bilan : qu’est ce qui a changé depuis les années 70, 80, 90 ? C’est à la fois bien pire et bien mieux. Nous sommes comme dans un combat à en finir entre deux puissances complètement opposées : la détérioration de la planète, nous savons que pour stabiliser la température il faudrait réduire les émissions de gaz carbonique de 50 à 80 % si nous voulons éviter les fléaux dont nous entendons parler en ce moment, les tempêtes, les inondations…

Que faisons-nous dans la réalité ? Tous les ans, nous augmentons la quantité de gaz carbonique et de gaz à effet de serre émis par la planète, nous sommes passés à près de 3 % cette année. C’est à dire que nous allons totalement dans le sens inverse de ce que nous savons qu’il faudrait faire.

Nous savons aussi qu’il faudrait réduire la déforestation, nous l’accroissons un peu partout, au Congo, en Amazonie, en Indonésie, nous voyons cette force de détérioration prendre de la puissance. Nous continuons à polluer, nous savons par exemple que nous avons un problème très grave d’érosion de la biodiversité, il ne s’agit pas uniquement des tigres du Bengale mais du fait que nous détruisons les cadeaux que la nature nous donne spontanément, c’est-à-dire les insectes qui pollennisent, les vers de terre qui fertilisent les sols, nous voyons d’année en année comment tout ce capital que la nature met à notre service, comment nous le détruisons régulièrement.

Il y a aussi des efforts de restauration qui se font en très grand nombre. Le nombre d’associations pour la défense de la nature croit un peu partout dans le monde, des projets de restauration de la planète se font d’une façon encourageante.

Comment tracer le bilan ? Deux forces opposées croissent toutes les deux et prennent de la puissance progressivement. Qui va l’emporter ? Personne ne le sait. C’est la question qui se pose aujourd’hui. Si on me demande si je suis optimiste ou pessimiste, je répond une phrase que disait l’homme politique Jean Monnet, artisan de l’Europe, vers 1950 : « L’important n’est pas d’être optimiste ou pessimiste, c’est d’être déterminé. » Déterminé à faire ce qu’on pense qu’il faut faire, quoi qu’il arrive. (…)Aujourd’hui, c’est dans esprit que nous devons être, ce n’est pas un esprit de réunion traditionnelle, c’est un esprit de rencontre avec des gens qui sont décidés à dire : « Nous allons prendre la situation en mains » et pour citer une phrase de Gorbatchev : « il ne s’agit de rien moins que de sauver l’humanité ».

Nous sommes devant deux grandes forces : une de destruction, une de restauration, il s’agit d’être déterminé à poursuivre la lutte pour sauver cette planète, pour sauver notre présence. Si vous voulez une exemple de ce qui pourrait arriver de concret, vous allez en Chine et vous allez voir les grandes métropoles de trente millions d’habitants aujourd’hui, vous verrez ce que c’est que la vie qui pourrait être la notre, je crois que les petits Chinois de ces villes ne savent pas que le ciel est bleu. J’y suis allé récemment, le ciel est jaune sale. La pollution respiratoire est énorme et d’autres maladies, etc…

C’est ça qu’il faut avoir en jeu, des objectifs concrets : d’empêcher que notre planète devienne inhabitable. Nous avons l’occasion d’être dans cette situation où nous sommes responsables et les décisions qui vont se prendre sont majeures dans cette lutte où nous sommes tous engagés. »

Hubert Reeves, astrophysicien, écologiste et président de l’association  « Humanité et biodiversité »

Texte hors discours : Isabelle Artus

POUR ALLER PLUS LOIN

Ministère de l’Ecologie : Les enjeux de la conférence climat de Paris 2015 -COP21/CMP11

Le 5e Rapport d’évaluation sur l’évolution du climat par le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental (rendu en 2013 et 2014)

Article du programme Environnemental des Nations unies au sujet de la neutralité carbone – United Nations Environment Programme

L’association « Humanité et biodiversité » d’Hubert Reeves

La fondation Nicolas Hulot : Le changement climatique, un défi de taille

Dans la peau d’un « Martyr »

Une scène surréaliste de "Martyr" où le personnage à l'origine du conflit (masqué au centre) oppose sa professeur de biologie et le proviseur de son lycée. Crédits Photo : Jean-Louis Fernandez
Une scène surréaliste de « Martyr » du conflit qui oppose la professeur de biologie du jeune Benjamin (à gauche) et le proviseur du lycée (à droite), à propos de la crise mystique du lycéen (masqué, au centre). Crédits Photo : Jean-Louis Fernandez

Avec « Martyr », le dramaturge allemand Marius von Mayenburg pose la question tristement actuelle de l’extrémisme religieux. A travers Benjamin, il montre comment un jeune adulte peut glisser peu à peu dans la radicalisation mystique. Mise en scène par Matthieu Roy, de la compagnie du Veilleur, la pièce, publiée en 2012, se joue jusqu’au dimanche 23 novembre au théâtre Gérard Philippe de Saint Denis.

Sur la scène ultra sobre trône un autel tantôt lit, tantôt table ou tribune. Le son déborde, amplifiant la voix des comédiens, la décuplant parfois en un long écho, brouillant les pistes de l’ordre auditif habituel. Huit acteurs évoluent dans une multitude de tableaux menés tambour battant. Le texte très fort se déploie comme un long fleuve ininterrompu.

Petit-à-petit Benjamin bascule vers l’idéologie religieuse, sa pensée s’emballe défiant le bon sens, la raison, frisant la folie. Il ne se déplace désormais plus sans sa Bible dont il lit constamment des bribes à qui veut l’entendre.

Autour de lui, sept personnages : sa mère, le proviseur, le prêtre, un ami, la fille sexy, son professeur de natation et sa professeur de biologie, madame Roth, la seule à s’opposer à lui avec conviction.

L’auteur soulève le thème de l’identité des jeunes et leur difficile construction face à un monde complexe en perte de valeurs, à leur âge très influençable.
Il montre les limites de chacun face à la dérive de l’extrémisme religieux. Celles aussi des institutions ; l’église, insistante à vouloir récupérer Benjamin, le professeur de natation, qui utilise l’humour pour mieux botter en touche, le proviseur dépassé qui campe sur des positions classiques, jusqu’à renvoyer la courageuse madame Roth, impuissante.

Dans « Martyr », le traitement cinématographique n’est jamais très loin, notamment dans la scène de la table ronde où le proviseur convoque les différentes parties prenantes, qui brille d’une remarquable lumière blanche sculpturale, surnaturelle de froideur.

On notera que l’auteur n’a pas fait le choix de l’effusion de sang ni des armes mais s’est focalisé sur la violente puissance des mots et des idées et le choc des idéologies dans le quotidien d’un jeune homme pour aborder le glissement progressif  vers l’extrémisme.

Isabelle Artus

Site du théâtre Gérard Philippe
Site de la compagnie du Veilleur