La nouvelle petite forme de Culturepositive

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Culturepositive lance une nouvelle petite forme éditoriale à l’affut des trouvailles, bonnes idées et bonnes pratiques du moment, ici, pas loin. Son esprit est celui de son écosystème : se faire l’écho d’un mieux vivre respecteux de la nature et de l’humain. Elle reviendra régulièrement. Bonne lecture !

Vif, sympa, sportif, réactif, il file où vous êtes sur son triporteur-atelier jaune : qui est-ce ? C’est Camille, un des premiers réparateurs de vélo à domicile à Toulouse. « Le premier à lancer ce service était à Marseille mais là-bas, ça monte et ça descend, c’est pas comme ici », m’explique t-il, tout en dépliant sa grande caisse à l’avant pour en sortir ses outils. A bord de son engin à mobilité douce, il sillonne Toulouse assurant dépannage, entretiens et diagnostic chez vous. En deux minutes, le voici qui déplie ce qui ressemble à un énorme pieds de caméra ou de lumière pour le cinéma : il y fixe votre vélo et travaille ensuite aisément dessus. « Au début, c’était difficile mais maintenant ça marche à fond », confie Camille.
Son entreprise, MécaniCycle, est un modèle de bonnes pratiques environnementales et de proximité. Allez Camille !

Il est toujours agréable de découvrir un musicien qui invente des mélodies apaisantes. Elles vous accompagnent en voiture sur des kilomètres et l’on se prend même à rêver rouler sur des highway interminables de Californie. Je suis tombée dessus un beau jour, non pas par hasard car je n’y crois pas, mais par bonheur. J’ai envie de vous faire profiter de son inspiration : il s’appelle J.D Sage, il est canadien et fabrique une subtile diffusion de notes !
Ecoutez : What about me
Ecoutez : Sound and images

Christophe Bernard, lui, est un herboriste passionné, enseignant et auteur. Il vit dans le Lubéron, non loin de là où je suis née, une part de paradis sur terre. Son blog « Althéa Provence » est une mine d’informations sur les plantes. Récemment, il a mis en ligne un podcast : « Pourquoi s’intéresser aux plantes » où il pointe l’utilité de ranimer ce savoir perdu. « On a pas su garder intacts et vivants les deux savoirs de la science et des plantes, comme l’on fait les Chinois, par exemple, regrette t-il. On a perdu le savoir-faire au profit du savoir livresque, celui de bouche à oreille, de maître à élève, de mère en fille, quand votre quelqu’un chez vous se foule la cheville et qu’on lui fait un cataplasme de consoude. C’est un savoir de toucher, d’observation, de ressenti… » Ecoutez son Podcast en entier ici 

Ainsi s’achève pour aujourd’hui cette nouvelle petite forme éditoriale à retrouver régulièrement.

Notez déjà que Culturepositive vous propose bientôt un zoom sur l’arthérapeute et artiste ariégeoise Monika Walter qui a fait de l’art de vivre et du droit au bonheur sa marque de fabrique, par la danse libre, la peinture en mouvements et l’art culinaire.

Isabelle Artus

Culturepositive, écosystème témoin d’un mieux vivre respectueux de la nature et de l’humain.

*Culturepositive remercie Sacha Hartgers pour son joli logo

Haro sur les néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d’abeilles

Pollinisation.
Pollinisation. Crédits photo : Isabelle Artus

« Néonicotinoïdes » : ce mot complexe cache des neurotoxiques responsables de la disparition de colonies d’abeilles. Le forum « Pour l’interdiction des néonicotinoïdes », organisé le 24 juin dernier par les députés socialistes Delphine Batho, Gérard Bapt et Jean-Paul Chanteguet, aussi président de la Commission du Développement durable de l’Assemblée nationale, appelait les sénateurs et les députés à se mobiliser. Cet article reprend les temps forts du forum.

Un amendement au projet de loi sur la biodiversité, concernant les néonicotinoïdes, a été adopté dernièrement par les députés. Il prévoit de les interdire en France dès janvier 2016. Le débat doit continuer au Sénat dans les semaines à venir. « La bataille n’est pas gagnée tant que le processus législatif n’est pas achevé», lançait Jean-Paul Chanteguet, ouvrant le forum.

Les avis s’opposent concernant les néonicotinoïdes. D’un côté les protecteurs de l’environnement et de la biodiversité qui appellent à son interdiction. De l’autre, des industriels et des politiques qui estiment que le moment n’est pas venu pour les interdire, la filière n’ étant pas préparée à ce changement. Cela mettrait l’économie en péril, selon eux. Il y a aussi ceux, comme la commission des affaires économiques, qui renvoient l’arbitration à l’Europe, argumentant que, selon le droit européen : « la compétence en matière d’approbation des substances relève de la Commission européenne ».

Dix sept éminents intervenants étaient réunis au forum « Pour l’interdiction des néonicotinoïdes » autour de trois tables-rondes, allant d’apiculteurs aux scientifiques, de Greenpeace à la LPO et au WWF, de syndicalistes, au pharmacien et au médecin…

Une toxicité aigüe

Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS et membre de la task force internationale sur les pesticides systémiques, un groupement de chercheurs indépendants volontaires, présente les néonicotinoïdes : « Utilisés en agriculture pour plus d’une centaine d’usage, dans plus d’une centaine de pays, pour les fruits, les céréales, les légumes, la foresterie, le bétail et les animaux domestiques. Depuis les années 90, leur vente augmente. En France, on constate que l’un des quatre néonicotinoïdes utilisés est plus de 7000 fois plus toxique pour les abeilles que le DDT, alors que les quantités à l’hectare sont seulement deux à six fois inférieures, précise le chercheur. La survie de l’espèce est compromise (…), précise le chercheur.

Au niveau de l’écosystème, les néonicotinoïdes contaminent surtout les sols, jusqu’à plusieurs années, les eaux de surface et les eaux profondes, par transfert. Tous les compartiments de la nature sont atteints, poursuit-il, exposant un très grand nombre d’espèces non-ciblées. La situation est alarmante pour les invertébrés aquatiques. Une étude a montré qu’aux Pays-Bas, les oiseaux communs comme les passereaux, les hirondelles, les grives, sont en déclin rapide à cause de la contamination par l’eau de surface.

Le tout récent rapport de l’EASAC, European Sciences Advisory Council, confirme nos conclusions sur les effets des néonicotinoïdes sur la biodiversité et les services écosystémiques nécessaires à l’agriculture, ajoute le scientifique qui termine son exposé résumant : Les néonicotinoïdes constituent une cause majeure de la perte des pollinisateurs et compromettent la stabilité de l’écosystème. Ils constituent aussi une menace sur la sécurité alimentaire en terme de quantité à produire et de contamination de la nourriture. L’utilisation présente des néonicotinoïdes n’est pas durable, conclue t-il. Si vous voulez sauver les abeilles, il va falloir arrêter d’empoisonner nos campagnes ! », exhorte Jean-Marc Bonmatin.

L’abeille est une sentinelle

Pour l’apiculteur de Vendée Franck Aletru, la France figurait « parmi les premiers producteurs de miel » avant l’apparition de nouveaux produits dans les années 90 et leur autorisation de mise sur le marché (AMM).

Gilles Lanio, président de l’UNAF, l’Union Nationale de l‘Apiculture Française et apiculteur, témoigne de « l’effondrement d’environ 30 % des colonies depuis quelques temps », ce qui « met en péril » son métier. L’abeille est une sentinelle, ajoute t- il. C’est tout notre environnement qui est en train de s’écrouler. »

 Joël Schiro, du SPMF, le syndicat des producteurs de miel de France, parle de « stupéfiante catastrophe écologique » et pose la question : « comment faire pour protéger efficacement les cultures sans impacter les pollinisateurs ? »

« Travailler avec la terre et pas contre elle » 

 Laurence Abeille, députée du Val-de-Marne, ajoute : « c’est du changement du modèle agricole dont il est question. » Dans la salle, le représentant de la Confédération paysanne intervient : « Le paysan doit travailler avec la terre et pas contre elle » et demande à revoir la destination des fonds de la PAC.

Le Dr Lorenzo Furlan, de son côté, préconise la méthode de lutte intégrée et l’application de la directive 128 dans tous les états membres européens. Elle instaure « un cadre d’action communautaire pour parvenir à une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable. »

Le Pr. Marco Lopesani, coordinateur du programme de surveillance et de recherche en apiculture APENET, témoigne de « la perturbation de la capacité des abeilles à reconnaître une odeur et de nombreuses autres dysfonctionnements de l’insecte pollinisateur. »

« On a besoin de mesures immédiates »

« Il faut exiger la réévaluation des néonicotinoïdes sans attendre », déclare Philippe Juvin, pharmacien expert des règlementations chimiques européennes qui réclame plus de transparence. Pour Bertrand Pancher, il s’agit d’un « défi environnemental et démocratique. » Puis, évoquant son père éleveur d’abeilles, il dit comprendre aujourd’hui « pourquoi elles sont déséquilibrées. On a besoin de mesures immédiates », conclut-il.

 Pierre-Henri Gouyon, président de la fondation Nicolas Hulot, biologiste et agronome, Pr au muséum national d’Histoire naturelle, a ensuite lu le message de Nicolas Hulot : « Nous devons tous développer des alternatives (…) Nous avons une grosse difficulté : l’indépendance des experts est de moins en moins garantie. (…) De plus en plus de scientifiques sont de plus en plus dépendants des sociétés privées, les laboratoires sont de plus en plus financés par les industriels. »

 « Le renouvellement des populations n’est plus assuré »

Pour sa part, Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, ligue de protection des oiseaux, a indiqué que malheureusement, les oiseaux aussi étaient durement impactés par les néonicotinoïdes. Comme les abeilles, ils sont d’excellents indicateurs des perturbateurs et le renouvellement des populations n’est plus assuré. « Nous assistons de visu à l’effondrement de la biodiversité », a t-il conclut.

« Il faut en appeler au courage politique », lance Jean-David Abel, vice-président de France-Nature-Environnement, appelant le pays à s’engager de façon ferme à « baisser l’utilisation des pesticides ».

« Il faut transformer notre modèle de production agricole »

« Les néonicotinoïdes sont pour nous un symbole de type d’agriculture qui va dans le mur », déclare le Dr général de Grenpeace Jean-François Julliard qui affirme : « Il faut transformer notre modèle de production agricole. La France doit pousser la dedans, sans attendre l’Union Européenne. Il faut demander des comptes aux acteurs de la grande distribution. » Il pointe ensuite le fait que l’Europe ne fait pas preuve d’esprit scientifique en cédant à la pression des lobbies des firmes.

Il reviendra à la directrice de programme du WWF, le Fonds mondial pour la nature, de montrer une image choc d’ouvriers chinois munis de pulvérisateurs qui pollinisent les arbres fruitiers à la mains. Les abeilles décimées ne sont plus là pour le faire. « L’agriculture devrait faire partie de la solution », déclare t-elle, proposant « d’offrir des lieux de pollinisation. » 

Pour finir, remarquons qu’il est dommage de ne pas avoir entendu s’exprimer des industriels concernés. Seul, un producteur de betterave a pris la parole dans la salle, expliquant qu’il n’était pas contre l’utilisation d’autres pratiques de production plus écologiques mais qu’il n’était pas prêt pour le moment à procéder à ce virage.

Forts de toutes ces connaissances, quel modèle de société favorisons-nous aujourd’hui, pour notre monde demain ?

 VIDEO : Pollinis : Intervention du Dr Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS, vice-Président de la Taskforce sur les pesticides systémiques, spécialiste des neurotoxiques

Isabelle Artus