Les fils de la terre

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Au premier plan, Benjamin Brenière joue l’ami, le juge, le photographe et un infirmier. A gauche, Sandrine Deschamps, ici dans le rôle la femme, joue aussi la représentante en cosmétiques et à sa gauche, Vincent Remoissenet, le fils. Crédits photos : Benoit Bouthors

Il est rare de sentir la bonne odeur du foin au théâtre. Rare aussi de regarder les visages immobiles des agriculteurs, emmurés dans leurs silences, à l’heure de la soupe.

Au Théâtre 13, jusqu’au 18 octobre, la pièce « Les fils de la terre », adaptée d’un documentaire d’Édouard Bergeon et mise en scène par Élise Noiraud, plonge le public dans le quotidien rude et endetté d’une famille de paysans français.

L’histoire repose sur le conflit entre un père et son fils Sébastien, héritier du domaine agricole ancestral, qui refuse de perdre sa vie à redresser la ferme. Elise Noiraud, la metteuse en scène, montre dans cette « tragédie rurale », c’est ainsi qu’elle qualifie son oeuvre, le glissement du fils dans le désespoir.

Un théâtre social qui visite les thèmes essentiels de la filiation, de la transmission de la culture familiale, de ses valeurs et de ses biens, du choc générationnel entre un père préservant les traditions et son fils aspirant à la modernité, de la justice impitoyable, de l’amour et de la haine, de la séparation, du suicide.

La scénographie est marquée par le bel usage de la lumière (création lumières Philippe Sazerat)ouvrant et refermant chaque scène domestique. Le son tient aussi une place importante (création sonore François Salmon et Adrien Soulier) avec une voix off qui raconte et commente ce conte contemporain, jamais très loin du documentaire.

La mise en scène sobre tourne autour des lieux clé de l’univers de la ferme : la salle de traite, le tas de foin, la cuisine, et aussi, du salon de l’appartement du fils Sébastien et de sa femme, en contrepoint.

Au premier soir de représentation, le public a été conquis par ce spectacle qui a obtenu le Prix du Jury et le Prix du Public au Prix Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène 2015.

Isabelle Artus

Avec
Benjamin Brenière l’ami, le juge, le photographe, un infirmier,
François Brunet le père,
Sandrine Deschamps La femme, la représentante en cosmétiques,
Julie Deyre la mère, la traductrice, la sage-femme, l’animatrice radio,
Sylvain Porcher le juriste, l’acheteur hollandais, un infirmier
Vincent Remoissenet le fils.

Création lumières Philippe Sazerat, Création sonore François Salmon et Adrien Soulier, Costumes Mélisande de Serres, Décor Baptiste Ribrault

Site du Théâtre 13 

Projection du documentaire « Les fils de la terre » 

Un festival pour la paix

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La grande pagode bouddhiste du parc de Vincennes accueille le 1Oe Festival pour la paix, vendredi 18 septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus

Le dixième Festival pour la paix ouvre ses portes jusqu’à dimanche 20 septembre à 20h00 à la grande pagode bouddhiste du bois de Vincennes, à Paris. Une programmation riche et rare de concerts, contes, conférences, films, ateliers de yoga, de calligraphie, massages… Un événement associé à la construction du Temple pour la paix de Normandie, voué à accueillir des manifestations dans un esprit inter-religieux.

 La grande pagode de Vincennes: le site est en soi un havre de paix et il la cultive. Sous l’imposant toit pointu trône un gigantesque bouddha doré.

Micro à la main, le vénérable Lama Gyourmé, initiateur de la construction du Temple pour la paix de Normandie, ouvre le Festival. Il explique comment il a découvert le site « propice à la méditation » pour « construire un temple dédié à la paix dans le monde » qui a reçu les soutiens du Dalaï-Lama et du Karmapa.

Maître authentique, Lama Gyourmé enseigne le bouddhisme tibétain en France depuis 1974, date à laquelle ses propres maîtres, Kalou Rinpoché et le XVIe Karmapa lui ont confié cette mission.

Né au Bouthan en 1948 et confié au monastère à l’âge de 9 ans, il a reçu les enseignements bouddhistes complétés par un solide apprentissage des arts traditionnels dont le chant.

« Si vous achetez 1000 CD par personne, on pourra financer les travaux », lance t-il, d’un ton malicieux dont les maîtres ont le secret, évoquant les disques qu’il a enregistrés avec le musicien Jean-Philippe Rykiel au profit du futur temple.

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L’architecture du futur Temple de Normandie s’inspire de celle, traditionnelle, de Samyé, premier Temple érigé au Tibet, fondé par Padmasambhava au VIIIème siècle. Crédits photo : Isabelle Artus

« Transmettre la paix intérieure » 

 « On va inviter chaque année tous les chefs religieux à faire des conférences-débats, pour expliquer comment transmettre la paix intérieure », informe-t-il.

Le temple bouddhiste de Normandie « ne sera pas seulement un espace limité à la rencontre des différentes écoles du bouddhisme, mais un lieu favorisant les échanges entre les traditions bouddhistes, chrétiennes, juives, musulmanes et autres éloignées comme celles des indiens d’Amérique du Nord et les aborigènes d’Australie… », explique le site web dédié au Festival pour la paix .

« La congrégation organisera des rencontres entre les représentants de ces traditions spirituelles pour mieux faire connaître la diversité et les valeurs communes à toutes ces familles de pensée : leur contribution à un monde meilleur, le respect et la dignité humaine, la tolérance mutuelle, la volonté de Paix et la non-violence », explique le site.

La soirée d’ouverture du Festival pour la paix s’est poursuivie par un concert rare avec Masuda Tomoko, chanteuse d’opéra et thérapeute ayant étudié la médecine traditionnelle tibétaine, accompagnée d’une très gracieuse musicienne, Viviane Bruneau-Shen et ses différents anciens instruments à cordes.

Le lama Gyourmé et le trio Sarasvati, des musiciennes de musiques traditionnelles de Mongolie et d’Asie-Centrale, les ont ensuite rejointes pour un mantra chanté.

Conférence  « Ecologie et spiritualité »

Mathieu Labonne, directeur de l’équipe opérationnelle du mouvement Colibris créé par Pierre Rabhi, est alors intervenu dans une conférence sur le thème :       « Ecologie et spiritualité ». « Je vous incite à changer vos modes de vie, un chercheur spirituel se doit de réfléchir à tout ça », a t-il déclaré , prônant une écologie du vivre ensemble qui commence d’abord par soi-même et une cohérence entre l’être et le faire. Pour lui, « Il s’agit de retrouver un sentiment d’unité avec le Vivant ». 

Le scientifique a insisté sur les trois domaines de nos vies sur lesquels nous pouvons agir pour obtenir un résultat efficace sur le changement climatique : L’alimentation, le transport, et le mode de chauffage. Les circuits courts, les transports propres, les nouvelles habitudes de vie, l’isolation des logis…Cela produira une réelle différence.

Mathieu Labonne a enfin rappelé le mythe grec de Prométhée, faisant allusion au déluge dont parlait cette légende, correspondant à l’arrogance de l’Homme : « ce que nous sommes en train de vivre », a t-il conclu.

Isabelle Artus

> La grande pagode de Paris est située 40, route de la ceinture du Lac Daumesnil, 12e.

Balade matinale en Languedoc

Une ribambelle d'escargots ont élu domicile sur les herbes les plus solides. Crédit photo : Isabelle Artus
Sur la départementale près de Vias, une ribambelle d’escargots a élu domicile sur les herbes les plus vigoureuses. Crédits photo : Isabelle Artus
Il a plu la veille dans la nuit et ce matin, le ciel est encore chargé de nuages noirs. La campagne respire la terre humide. Cette marche matinale à la sortie du bourg de Vias, en Languedoc, me remplit de bonheur.
Sur la départementale assez chaotique par endroits, je ne croise aucune voiture, juste un cycliste en habit de courreur professionnel et un joggeur aux foulées régulières.
Calme plat donc à l’horizon. Le bas-côté de la route est peuplé de ribambelles d’escargots à la queue leu leu le long d’herbes sèches et de fenouils sauvages, par grappes. De délicats petits liserons roses, d’autres blancs, colorent l’herbe de ci, de là.
Je passe devant le champs des deux poneys dont le propriétaire s’occupe avec soin et beaucoup de présence. Son jardin potager, au milieu, a belle allure ; de la route, on peut en apercevoir les pieds de tomates dépasser, tout droits.
Près de Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Bas-côtés près de Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Un vol d’une dizaine de petits oiseaux en voyage de groupe se met à raser l’herbe plus loin. Ils semblent s’amuser. Un coq lance son chant dont la partition coupe l’atmosphère aussi sec. La joie m’envahit. Ces bruits qui rythment la campagne constituent pour moi de réels repères d’équilibre, un vrai soulagement de l’âme.
Tout d’un coup, l’envie me prend d’observer la campagne environnante en profondeur. Pourquoi les papillons sont-ils si rares ici et de nos jours en général ? Les sauterelles ont-elles disparu ? Je n’en vois pas. Je me souviens qu’en Provence, tous rivalisaient de couleurs. Avec mon frère et ma soeur, nous adorions donner un peu d’élan aux insectes sauteurs en touchant doucement leur arrière-train. Certains étaient bleus, d’autres rouges, jaunes, et jusqu’au dernier moment, c’est-à-dire leur saut, on se demandait quelle couleur avait leurs ailes.
Rencontre avec un habitant des bas-côté vers Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Rencontre avec un habitant des talus vers Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Ici, les amandiers sont « caffis » de fruits secs, un mot d’ici qui veut dire « pleins », leurs peaux épaisses devenues noires entrouvertes, découvrant les coques blondes.
Arrivée au carrefour de la route qui mène à l’exploitation viticole abandonnée et son magnifique ancien bâtiment aux dimensions gigantesques, je décide de faire demi-tour. Le temps me manque.
Puis, le soleil opère une trouée qui change totalement l’atmosphère alentour. Tout d’un coup, il fait très chaud. La promenade se termine.
A bientôt au détour des chemins de campagne.
Isabelle Artus
Crédits photo : Isabelle Artus
Crédits photo : Isabelle Artus

« Notre-Dame des Ronces » : Exquise balade littéraire

Crédits photo : Isabelle Artus
Crédits photo : Isabelle Artus

 

Par un heureux hasard, je suis tombée -en amour- sur le très joli recueil de nouvelles d’Anne Le Maître « Notre-Dame des ronces. Un été à Vézelay ».

L’écrivain y raconte de façon très visuelle, poétique et spirituelle, treize histoires glanées lors de ses cheminements dans la nature bourguignonne : « Rejoindre les moineaux », « Confiture de colère », « L’heure du liseron », « Mauvaises herbes », « Faire silence », etc… le lecteur emboîte avec plaisir le pas de cette artiste observatrice, regarde, découvre et ressent avec elle la beauté de son environnement.

Ce livre bijou fait partie de ces éditions rares qui nous parviennent de bouche à oreille la plupart du temps. De forme élancée, sa matière unique, de papier travaillé jaune très clair un peu épais, revêt un charme fou. On a plaisir à le feuilleter, tourner ses pages et le garder près de soi.

L’ouvrage est est né lors d’une résidence d’écrivain à la maison Jules Roy de Vézelay, l’été 2012, nous dit la dernière page. Anne Le Maître, aussi aquarelliste, a illustré « Notre-Dame des ronces » de délicats dessins ; on l’imagine dans les champs ou sur les chemins caillouteux, un crayon et un carnet de croquis à la main.

Attardons nous sur « Quand tout bascule ».

 « Ce soir, le soleil a décidé de se donner en spectacle (…) Je suis assise à la table de pierre. En descendant derrière le grand sapin, insensiblement, l’astre se teinte d’orange. Bientôt il frôle les bois de la Madeleine. Arrivé à quelques centimètres de la colline, il s’offre le caprice d’un nuage mauve qu’il enrichira d’un filigrane d’or en ses derniers rayons… »

L’auteur décrira la fresque vivante du soleil déclinant et son environnement, le chant d’un merle qui souhaite « bonne nuit ! » à qui veut l’entendre », « le serein qui tombe et lui mouille les pieds »…

Il fait bien bon parcourir la belle nature de « Notre-Dame des ronces » en compagnie d’Anne Le maître. Un conseil d’amie.

Isabelle Artus

Ce livre est édité aux Editions de la Renarde Rouge, 89510 Veron. Pour plus d’informations : http://renarderouge.fr

Haro sur les néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d’abeilles

Pollinisation.
Pollinisation. Crédits photo : Isabelle Artus

« Néonicotinoïdes » : ce mot complexe cache des neurotoxiques responsables de la disparition de colonies d’abeilles. Le forum « Pour l’interdiction des néonicotinoïdes », organisé le 24 juin dernier par les députés socialistes Delphine Batho, Gérard Bapt et Jean-Paul Chanteguet, aussi président de la Commission du Développement durable de l’Assemblée nationale, appelait les sénateurs et les députés à se mobiliser. Cet article reprend les temps forts du forum.

Un amendement au projet de loi sur la biodiversité, concernant les néonicotinoïdes, a été adopté dernièrement par les députés. Il prévoit de les interdire en France dès janvier 2016. Le débat doit continuer au Sénat dans les semaines à venir. « La bataille n’est pas gagnée tant que le processus législatif n’est pas achevé», lançait Jean-Paul Chanteguet, ouvrant le forum.

Les avis s’opposent concernant les néonicotinoïdes. D’un côté les protecteurs de l’environnement et de la biodiversité qui appellent à son interdiction. De l’autre, des industriels et des politiques qui estiment que le moment n’est pas venu pour les interdire, la filière n’ étant pas préparée à ce changement. Cela mettrait l’économie en péril, selon eux. Il y a aussi ceux, comme la commission des affaires économiques, qui renvoient l’arbitration à l’Europe, argumentant que, selon le droit européen : « la compétence en matière d’approbation des substances relève de la Commission européenne ».

Dix sept éminents intervenants étaient réunis au forum « Pour l’interdiction des néonicotinoïdes » autour de trois tables-rondes, allant d’apiculteurs aux scientifiques, de Greenpeace à la LPO et au WWF, de syndicalistes, au pharmacien et au médecin…

Une toxicité aigüe

Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS et membre de la task force internationale sur les pesticides systémiques, un groupement de chercheurs indépendants volontaires, présente les néonicotinoïdes : « Utilisés en agriculture pour plus d’une centaine d’usage, dans plus d’une centaine de pays, pour les fruits, les céréales, les légumes, la foresterie, le bétail et les animaux domestiques. Depuis les années 90, leur vente augmente. En France, on constate que l’un des quatre néonicotinoïdes utilisés est plus de 7000 fois plus toxique pour les abeilles que le DDT, alors que les quantités à l’hectare sont seulement deux à six fois inférieures, précise le chercheur. La survie de l’espèce est compromise (…), précise le chercheur.

Au niveau de l’écosystème, les néonicotinoïdes contaminent surtout les sols, jusqu’à plusieurs années, les eaux de surface et les eaux profondes, par transfert. Tous les compartiments de la nature sont atteints, poursuit-il, exposant un très grand nombre d’espèces non-ciblées. La situation est alarmante pour les invertébrés aquatiques. Une étude a montré qu’aux Pays-Bas, les oiseaux communs comme les passereaux, les hirondelles, les grives, sont en déclin rapide à cause de la contamination par l’eau de surface.

Le tout récent rapport de l’EASAC, European Sciences Advisory Council, confirme nos conclusions sur les effets des néonicotinoïdes sur la biodiversité et les services écosystémiques nécessaires à l’agriculture, ajoute le scientifique qui termine son exposé résumant : Les néonicotinoïdes constituent une cause majeure de la perte des pollinisateurs et compromettent la stabilité de l’écosystème. Ils constituent aussi une menace sur la sécurité alimentaire en terme de quantité à produire et de contamination de la nourriture. L’utilisation présente des néonicotinoïdes n’est pas durable, conclue t-il. Si vous voulez sauver les abeilles, il va falloir arrêter d’empoisonner nos campagnes ! », exhorte Jean-Marc Bonmatin.

L’abeille est une sentinelle

Pour l’apiculteur de Vendée Franck Aletru, la France figurait « parmi les premiers producteurs de miel » avant l’apparition de nouveaux produits dans les années 90 et leur autorisation de mise sur le marché (AMM).

Gilles Lanio, président de l’UNAF, l’Union Nationale de l‘Apiculture Française et apiculteur, témoigne de « l’effondrement d’environ 30 % des colonies depuis quelques temps », ce qui « met en péril » son métier. L’abeille est une sentinelle, ajoute t- il. C’est tout notre environnement qui est en train de s’écrouler. »

 Joël Schiro, du SPMF, le syndicat des producteurs de miel de France, parle de « stupéfiante catastrophe écologique » et pose la question : « comment faire pour protéger efficacement les cultures sans impacter les pollinisateurs ? »

« Travailler avec la terre et pas contre elle » 

 Laurence Abeille, députée du Val-de-Marne, ajoute : « c’est du changement du modèle agricole dont il est question. » Dans la salle, le représentant de la Confédération paysanne intervient : « Le paysan doit travailler avec la terre et pas contre elle » et demande à revoir la destination des fonds de la PAC.

Le Dr Lorenzo Furlan, de son côté, préconise la méthode de lutte intégrée et l’application de la directive 128 dans tous les états membres européens. Elle instaure « un cadre d’action communautaire pour parvenir à une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable. »

Le Pr. Marco Lopesani, coordinateur du programme de surveillance et de recherche en apiculture APENET, témoigne de « la perturbation de la capacité des abeilles à reconnaître une odeur et de nombreuses autres dysfonctionnements de l’insecte pollinisateur. »

« On a besoin de mesures immédiates »

« Il faut exiger la réévaluation des néonicotinoïdes sans attendre », déclare Philippe Juvin, pharmacien expert des règlementations chimiques européennes qui réclame plus de transparence. Pour Bertrand Pancher, il s’agit d’un « défi environnemental et démocratique. » Puis, évoquant son père éleveur d’abeilles, il dit comprendre aujourd’hui « pourquoi elles sont déséquilibrées. On a besoin de mesures immédiates », conclut-il.

 Pierre-Henri Gouyon, président de la fondation Nicolas Hulot, biologiste et agronome, Pr au muséum national d’Histoire naturelle, a ensuite lu le message de Nicolas Hulot : « Nous devons tous développer des alternatives (…) Nous avons une grosse difficulté : l’indépendance des experts est de moins en moins garantie. (…) De plus en plus de scientifiques sont de plus en plus dépendants des sociétés privées, les laboratoires sont de plus en plus financés par les industriels. »

 « Le renouvellement des populations n’est plus assuré »

Pour sa part, Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, ligue de protection des oiseaux, a indiqué que malheureusement, les oiseaux aussi étaient durement impactés par les néonicotinoïdes. Comme les abeilles, ils sont d’excellents indicateurs des perturbateurs et le renouvellement des populations n’est plus assuré. « Nous assistons de visu à l’effondrement de la biodiversité », a t-il conclut.

« Il faut en appeler au courage politique », lance Jean-David Abel, vice-président de France-Nature-Environnement, appelant le pays à s’engager de façon ferme à « baisser l’utilisation des pesticides ».

« Il faut transformer notre modèle de production agricole »

« Les néonicotinoïdes sont pour nous un symbole de type d’agriculture qui va dans le mur », déclare le Dr général de Grenpeace Jean-François Julliard qui affirme : « Il faut transformer notre modèle de production agricole. La France doit pousser la dedans, sans attendre l’Union Européenne. Il faut demander des comptes aux acteurs de la grande distribution. » Il pointe ensuite le fait que l’Europe ne fait pas preuve d’esprit scientifique en cédant à la pression des lobbies des firmes.

Il reviendra à la directrice de programme du WWF, le Fonds mondial pour la nature, de montrer une image choc d’ouvriers chinois munis de pulvérisateurs qui pollinisent les arbres fruitiers à la mains. Les abeilles décimées ne sont plus là pour le faire. « L’agriculture devrait faire partie de la solution », déclare t-elle, proposant « d’offrir des lieux de pollinisation. » 

Pour finir, remarquons qu’il est dommage de ne pas avoir entendu s’exprimer des industriels concernés. Seul, un producteur de betterave a pris la parole dans la salle, expliquant qu’il n’était pas contre l’utilisation d’autres pratiques de production plus écologiques mais qu’il n’était pas prêt pour le moment à procéder à ce virage.

Forts de toutes ces connaissances, quel modèle de société favorisons-nous aujourd’hui, pour notre monde demain ?

 VIDEO : Pollinis : Intervention du Dr Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS, vice-Président de la Taskforce sur les pesticides systémiques, spécialiste des neurotoxiques

Isabelle Artus

Billet d’humeur printanière

Un crocus, dans les premières fleurs à sortir de terre au jardin partagé des Nouzeaux, à Malakoff. Photo : Isabelle Artus
Un crocus, parmi les premières fleurs à sortir de terre au jardin partagé des Nouzeaux, à Malakoff. Photo : Isabelle Artus

Depuis plusieurs jours, le printemps pointe le bout de son air près de Paris. Il sera là demain. Dans un ciel encore incertain, l’annonce des beaux jours gagne du terrain et flotte déjà de-ci, de-là. L’idée me vient d’écrire un billet d’humeur printanière, que voici.

Pourtant il fait gris, il pleuvote même, mais la nature bourgeonne et l’air est de nouveau accueillant. Une nouvelle respiration s’installe partout. Plus légère, plus fluide, on aurait envie de s’y baigner.

Dans le train qui va à Montparnasse, un ciré jaune rayonne debout, prêt pour sortir. Il réveille le regard, au milieu du noir et gris d’usage. Un peu plus tard, un vieil homme fait l’aumône dans le métro. Il est 9h30 du matin. Une jolie femme lisant un livre en arabe lui donne une pièce de monnaie. Une deuxième fait pareil. « Voilà les gens disposés à être généreux à cette heure », me dis-je.

Je réalise que je me sens portée par la belle saison qui arrive, avec la sensation interne que son énergie bienfaisante irradie.

Dans le Languedoc, les amandiers sauvages sont parmi les premiers à fleurir la campagne.  Photo : Isabelle Artus
Dans le Languedoc, les amandiers sauvages sont parmi les premiers à fleurir la campagne.
Photo : Isabelle Artus

Plus au Sud, le printemps est déjà là. Les amandiers sauvages sont les premiers à fleurir la campagne. Avec eux, les champs sont à la noce et des effluves de miel embaument l’atmosphère.

Quand le ciel est chargé, il fait frais dehors, ce qui nous fait dire que l’hiver n’est pas bien loin. Mais la nature, dans sa grande puissance de vie, annonce sa saison de renouveau et suit inlassablement son rythme de croissance.

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Isabelle Artus

« Il ne s’agit de rien moins que de sauver l’humanité »

Inondations dans leDoubs en 2012. Crédit photo : H.p.frei
Inondations dans leDoubs en 2012.
Crédit photo : H.p.frei / Wikimedia Commons

La Conférence environnementale a eu lieu à Paris, les 27 et 28 novembre 2014. Organisée autour de trois tables rondes, climat et biodiversité, santé et environnement, transports, elle préparait la Conférence Paris Climat 2015 et était placée sous le signe de la transition énergétique. Le scientifique Hubert Reeves, président de l’association écologiste « Humanité et biodiversité » était invité à prendre la parole après Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, lors du discours inaugural à l’Elysée. Déterminé, il a alerté les décideurs sur l’urgence de réagir pour atteindre l’objectif de maintenir la température mondiale en deçà de 2°C sinon, les conséquences catastrophiques de la détérioration actuelle de la planète par l’homme s’amplifieront.

Dressant un premier bilan des deux journées, l’astrophysicien a confié qu’elles avaient : « renoué avec une dynamique plus collective que les précédentes » et que pour lui  «la force de préservation était plus présente que la force de destruction». Il a ajouté cependant que le Premier ministre Manuel Valls « a paru moins allant, son besoin de revenir régulièrement à la nécessité de ne pas brider l’économie témoigne d’une approche qui oppose encore environnement et économie, alors que l’enjeu est bien de répondre aux deux crises (écologique et économique) ensemble, car elles ont parties liées » a ajouté le scientifique. « La réussite se jaugera à la qualité de la feuille de route de janvier ! » a-t-il conclu.

Culturepositive a transcrit son discours et vous propose de le lire, ici :

« Nous sommes en danger. Nous ne pouvons plus nous payer de faire des réunions officielles… Il faut avoir une attitude beaucoup plus dynamique et beaucoup plus combativeUne réunion comme celle-ci est une réunion où vont se prendre des décisions qui vont influencer le sort de l’humanité pendant des siècles et peut-être des milliers d’années. Je voudrais alerter tout ceux qui ont des responsabilités à cette situation, pour cela il faut du dynamisme et je fais appel à tous ceux qui ont des décisions à prendre, qu’ils se mettent dans cette situation.

Je me fais un bilan : qu’est ce qui a changé depuis les années 70, 80, 90 ? C’est à la fois bien pire et bien mieux. Nous sommes comme dans un combat à en finir entre deux puissances complètement opposées : la détérioration de la planète, nous savons que pour stabiliser la température il faudrait réduire les émissions de gaz carbonique de 50 à 80 % si nous voulons éviter les fléaux dont nous entendons parler en ce moment, les tempêtes, les inondations…

Que faisons-nous dans la réalité ? Tous les ans, nous augmentons la quantité de gaz carbonique et de gaz à effet de serre émis par la planète, nous sommes passés à près de 3 % cette année. C’est à dire que nous allons totalement dans le sens inverse de ce que nous savons qu’il faudrait faire.

Nous savons aussi qu’il faudrait réduire la déforestation, nous l’accroissons un peu partout, au Congo, en Amazonie, en Indonésie, nous voyons cette force de détérioration prendre de la puissance. Nous continuons à polluer, nous savons par exemple que nous avons un problème très grave d’érosion de la biodiversité, il ne s’agit pas uniquement des tigres du Bengale mais du fait que nous détruisons les cadeaux que la nature nous donne spontanément, c’est-à-dire les insectes qui pollennisent, les vers de terre qui fertilisent les sols, nous voyons d’année en année comment tout ce capital que la nature met à notre service, comment nous le détruisons régulièrement.

Il y a aussi des efforts de restauration qui se font en très grand nombre. Le nombre d’associations pour la défense de la nature croit un peu partout dans le monde, des projets de restauration de la planète se font d’une façon encourageante.

Comment tracer le bilan ? Deux forces opposées croissent toutes les deux et prennent de la puissance progressivement. Qui va l’emporter ? Personne ne le sait. C’est la question qui se pose aujourd’hui. Si on me demande si je suis optimiste ou pessimiste, je répond une phrase que disait l’homme politique Jean Monnet, artisan de l’Europe, vers 1950 : « L’important n’est pas d’être optimiste ou pessimiste, c’est d’être déterminé. » Déterminé à faire ce qu’on pense qu’il faut faire, quoi qu’il arrive. (…)Aujourd’hui, c’est dans esprit que nous devons être, ce n’est pas un esprit de réunion traditionnelle, c’est un esprit de rencontre avec des gens qui sont décidés à dire : « Nous allons prendre la situation en mains » et pour citer une phrase de Gorbatchev : « il ne s’agit de rien moins que de sauver l’humanité ».

Nous sommes devant deux grandes forces : une de destruction, une de restauration, il s’agit d’être déterminé à poursuivre la lutte pour sauver cette planète, pour sauver notre présence. Si vous voulez une exemple de ce qui pourrait arriver de concret, vous allez en Chine et vous allez voir les grandes métropoles de trente millions d’habitants aujourd’hui, vous verrez ce que c’est que la vie qui pourrait être la notre, je crois que les petits Chinois de ces villes ne savent pas que le ciel est bleu. J’y suis allé récemment, le ciel est jaune sale. La pollution respiratoire est énorme et d’autres maladies, etc…

C’est ça qu’il faut avoir en jeu, des objectifs concrets : d’empêcher que notre planète devienne inhabitable. Nous avons l’occasion d’être dans cette situation où nous sommes responsables et les décisions qui vont se prendre sont majeures dans cette lutte où nous sommes tous engagés. »

Hubert Reeves, astrophysicien, écologiste et président de l’association  « Humanité et biodiversité »

Texte hors discours : Isabelle Artus

POUR ALLER PLUS LOIN

Ministère de l’Ecologie : Les enjeux de la conférence climat de Paris 2015 -COP21/CMP11

Le 5e Rapport d’évaluation sur l’évolution du climat par le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental (rendu en 2013 et 2014)

Article du programme Environnemental des Nations unies au sujet de la neutralité carbone – United Nations Environment Programme

L’association « Humanité et biodiversité » d’Hubert Reeves

La fondation Nicolas Hulot : Le changement climatique, un défi de taille

L’article collectif d’un jardin partagé en fête

Le jardin partagé des Nouzeaux à Malakoff est un projet collectif entre personnes qui aiment jardiner ou tout simplement profiter du jardin. On y trouve plus de 70 parcelles individuelles et collectives sur 900 M2, une cuve à récupération d’eau de pluie du terrain de sport qu’il jouxte, 4 lampadaires photovoltaïques et plusieurs composteurs. La vie de ce jardin est racontée sur un blog dédié que je coordonne depuis juillet 2012.

Fête des jardins au jardin partagé des Nouzeaux, les 27 et 28 septembre 2014. Crédits photo : Isabelle Artus
Fête des jardins au jardin partagé des Nouzeaux, les 27 et 28 septembre 2014.
Crédits photo : Isabelle Artus

Le jardin partagé des Nouzeaux fourmillait d’activités les 27 et 28 septembre derniers, week-end de fête des jardins en région parisienne et aussi « grande fête des jardins partagés » en France jusqu’au 8 octobre.

Nous allons vous raconter l’événement, sous forme de témoignages des visiteurs. Cette année nous avons décidé de l’écrire à plusieurs mains et de l’illustrer de photos à travers différents regards, c’est donc une co-production que nous vous proposons.

La suite de l’article du jardin en fête ICI

Le blog du jardin partagé des Nouzeaux est hébergé par la section environnement de la mairie de Malakoff

Isabelle Artus

Retour sur « Le monde de demain, parlons-en aujourd’hui »

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La conférence « Le big bang numérique » à l’opéra Bastille samedi 20 septembre 2014 lors du premier Monde festival. Photo : Isabelle Artus

Les 20 et 21 septembre 2014, le journal Le Monde conviait le public à la première édition du Monde festival « Le monde de demain, parlons-en aujourd’hui », aux opéras Garnier et Bastille. L’évènement coïncidait avec les 70 ans d’existence du quotidien. Une centaine de grandes personnalités ont exposé leurs visions de notre monde en devenir, ses enjeux, ses limites et ses dangers, lors de trente rencontres et débats.

Ces invités prestigieux étaient issus d’univers très différents : des idées, de la culture, de la société, de l’économie, de la politique, des sciences et de l’éducation, du sport et du « lifestyle ». Citons par exemple Daniel Barenboim, chef d’orchestre, Akhenaton, rappeur-producteur, Jacques Antoine Granjon, PDG de Vente-Privée.com, Mikhail Khodorovski, oligarque et ancien prisonnier politique, Christiane Taubira, ministre de la Justice, Carlo Petrini, directeur de Slow food, Edgard Morin, sociologue et philosophe, Cédric Villani, mathématicien, rarement autant de témoins de notre époque n’avaient étés réunis.

Je m’arrêterais sur la table-ronde « L’innovation, facteur de progrès social ? » animée par Annie Kahn. Elle rassemblait Hélène Langevin, physicienne, petite fille de Pierre et Marie Curie, Dominique Méda, philosophe et sociologue du travail, Cédric Villani, mathématicien et vulgarisateur sans pareil, Laurent Alexandre, directeur de DNA Vision, une société de séquençage d’ADN et  « l’électricien » Bernard Salha, directeur d’EDF R&D.

Les démonstrations de Laurent Alexandre ont transporté l’assistance dans un monde digne de productions de science fiction, celui des bouleversements que connaitra l’humanité avec l’avancement des NBIC, les nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives, prédit-il, en affirmant que nous y sommes déjà et vivons actuellement une biorévolution.

Bricoler le vivant

A-t’on remarqué aujourd’hui notre capacité à « bricoler le vivant », questionne le scientifique ?

De moins en moins d’enfants appelés hier -très maladroitement- « anormaux » naissent de nos jours, précise-il, le diagnostic prénatal ayant profondément progressé. Des handicaps comme la trisomie 21 auront sûrement disparu sous peu et nous ne mourons bientôt plus du cancer, selon lui.

« Qui ne rêve pas que son enfant naisse avec un QI supérieur à la moyenne ? », lance Laurent Alexandre en affirmant que sera possible demain, que les futures générations seront bien plus intelligentes.  Aujourd’hui, on pose déjà des implants aux déficients auditifs pour améliorer leur performance, alors …

Cet énorme potentiel de transformation du vivant pose des questions graves car il s’agit de méthodes d’intervention sur le patrimoine génétique de l’ humanité.
Nous dirigeons-nous vers la constitution d’une espèce humaine « idéale » ?
Jusqu’où peut-on manipuler le vivant ?

Ces débats éthiques, moraux, philosophiques, politiques, majeurs, concernent tout citoyen mais existent malheureusement peu sur la place publique, tout comme dans les plus hautes sphères décisionnelles, ajoute le scientifique.

Les neuro-technologies contrôlées par GAFA

L’ancien chirurgien et urologue Laurent Alexandre explique ensuite avec véhémence combien GAFA, Google, Apple, Facebook et Amazon, prennent peu à peu le contrôle des neuro-technologies. Les NBIC,-nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives-, sont aujourd’hui contrôlées par Google : les neurones pour les sciences cognitives, les atomes pour les nanotechnologies, les bits pour l’informatique et les gènes pour la biotechnologie.

Sur le plan du travail, Laurent Alexandre prévoit l’automatisation des métiers intellectuels dans 30, 40 ans. Elle sera redoutable, affirme t-il. De quoi donner froid dans le dos.

Isabelle Artus

VIDEOS

Sur l’intelligence artificielle : Laurent Alexandre, invité de USI, Unexpected Sources of Inspiration

Sur l’immortalité : Laurent Alexandre, invité de la conférence américaine TED

Trêve d’été

Culturepositive part se ressourcer au Sud ; celui du soleil brûlant la terre et des herbes sèches, des villages blancs égrenés le long de la montagne et dominant les vallées. Là où la parole tranche l’air et où il fait bon vivre ; Au pays du chant flamenco régnant en maître, fort et fier, pour mieux entraîner dans leur tension les corps et la danse.

A bientôt.