Des « Histoires pour donner du courage »

Crédits photo : Laurent Sindrès

Savez-vous qu’il existe des histoires pour donner du courage ? Elles sont très anciennes et bien vivantes. La comédienne Nathalie Bentolila en a choisi quelques perles, les a mises en scène et les incarne dans son spectacle du même nom : « Histoires pour donner du courage ». Représentations au café-théâtre Kibélé, 12, rue de l’Echiquier à Paris 10e, le  13 mai et le 10 et 24 juin prochains. Une production « A part of the whole ».

Le lieu est convivial, la production aussi. Elle nous accueille avant le spectacle en nous proposant d’écrire sur des papiers de couleurs les deux voeux qui nous tiennent le plus à coeur. Le temps est suspendu et le moment précieux.

Crédits photo : Laurent Sindrès

La cave intime d’une cinquantaine de personnes et la boîte à voeux sont maintenant remplies. Des bougies diffusent une lumière apaisante. Sur la petite scène, le spectacle se révèle derrière un grand panneau circulaire transparent qu’un faisceau de lumière éclaire.

Femme de paroles qui donnent du courage

Nathalie Bentolila emmène la salle dans un voyage d’histoires au long cours qui font écho à nos propres limitations, nos peurs, nos doutes, nos rêves… pour atteindre les territoires de l’espoir.

Elle est entourée de délicates marionnettes orientales qu’elle manie à la baguette. Ensemble, elles partagent une foule de personnages et autant de paroles et d’accents chantant.

Crédits photo : Laurent S.
Crédits photo : Laurent Sindrès.

On entend « un roi qui vociféra qu’il ne croit pas aux rêves ni aux métaphores », on croise « un aigle qui se prenait pour une poule (…) jusqu’au moment où il vole (enfin !) et se confond avec le bleu du firmament ». L’histoire d’une drôle de vache « sur une trottinette qui grossissait le jour et maigrissait la nuit » et nous fait rire. Nous avons aussi la chance à un instant précis de « passer par la porte des décisions »

On sourit beaucoup, on est ému, les enfants, complètement conquis, participent, on rentre dans cet univers des contes traditionnels à la fois merveilleux, profondément humains et porteurs de clarté. Et quand Nathalie raconte le bon Yunus Emré, grand poète du soufisme, assise sobrement sur un tabouret, on découvre la conteuse à travers une histoire de grande sagesse, en partage.

On retrouvera bientôt Nathalie Bentolila dans Culturepositive à travers son portrait, révélateur d’une artiste multi talents qui poursuit son chemin avec indépendance.

Isabelle Artus

Réservation et critiques des spectateurs

« Grand fracas issu de rien » : bienvenue au cabaret spectral

 

Crédits photo :  David Siebert
Le comédien Dominique Parent sous un tourbillon de lettres numériques. Crédits photo : David Siebert

Des agrès pour un gymnaste musclé, la voie cristalline d’une chanteuse lyrique décalée, l’élasticité d’un jongleur qui danse, la fougue maitrisée d’un percussionniste et un comédien facétieux rattrapé par des brassées de lettres numériques. Ceci n’est qu’un petit aperçu de l’inventif cabaret spectral, mis en scène par Pierre Guillois au théâtre 71 à Malakoff jusqu’au 12 février.

Ce spectacle ravit et surprend. Ce n’est pas du cirque mais on y voit évoluer un jongleur tout en souplesse (Adrien Mondot), ni un opéra, pourtant une diva nous enivre de ses envolées perchées (Sevan Manoukian), puis d’un coup de baguette une batterie résonne sur scène (Benjamin Sanz) et l’on suit la respiration d’un gymnaste à l’effort sur une barre parallèle (Lucas Antonellis).

Inédit cabaret spectral mêlant les numéros d’artistes d’horizons si différents et une partition informatique époustouflante, jouée en fond de scène et qui semble vivante comme de la matière. Elle est l’œuvre des artistes Adrien M. et Claire B. de la compagnie du même nom, lui jongleur et elle plasticienne, qui évoluent dans le champ des arts numériques et vivants. C’est au premier rang que Claire B. (Bardainne) interprète en direct une fabuleuse scénographie mouvante à partir de 1 et de 0.

Le comédien Dominique Parent s’empare avec aisance du texte très drôle de Valère Novarina, réalisant une véritable performance qui fera sourire et rire le public.

Très vite, on se laisse porter puis emporter par ce « Grand fracas issu de rien »  hyper créatif dont on ressort comblé.

Isabelle Artus

POUR EN SAVOIR PLUS 

Site du Théâtre 71 à Malakoff

La compagnie Adrien M./Claire B.

« Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme »

 

Springtime
Claude Monet, « La liseuse », 1872, huile sur toile, 50 x 65 Copyright : Baltimore,                                            The Walters Art Museum.

Il vous reste jusqu’à ce dimanche 8 février pour vous émerveiller devant 80 tableaux des plus grands peintres impressionnistes réunis dans l’exposition «Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme » au Musée du Luxembourg. Ne ratez pas cet événement !

Paul Durand-Ruel (1831-1922) est considéré comme le grand marchand des impressionnistes et aussi le créateur du marché de l’art moderne. Visionnaire doué d’un flair artistique hors pairs, il découvrira Delacroix, Rousseau, Corot, Manet, Monet…

« J’estime au plus haut degré les œuvres de peintres très originaux et très savants dont plusieurs sont des hommes de génie et je prétends les imposer aux amateurs.», avouera l’acheteur d’art avec conviction. Voilà son pari sous forme de combat pour l’impressionnisme qu’il livrera face à l’incompréhension générale, au début de la décennie 1870. Il en frôlera la faillite plusieurs fois. Reconnaissant, Claude Monet déclarera : « Sans Durand, nous serions morts de faim, nous tous les impressionnistes. »

L’exposition commence comme dans l’appartement de Paul Durand-Ruel. En effet, il aimait en ouvrir les portes au public pour lui permettre d’accéder aux œuvres autrement, un concept très moderne pour l’époque.

Le visiteur suit ensuite de salle en salle toute l’histoire du marché de l’impressionnisme : « La belle école de 1830 »désigne les peintres romantiques comme Delacroix puis les peintres de paysages réalistes, Rousseau, Corot, Millet, Courbet, entre autres.

The Sheepfold, Moonlight
Jean-François Millet, « Parc à moutons, clair de lune », 1856-1860. Huile sur                                       panneau 45,3 x 63,4 cm, Baltimore, Copyright : The Walters Art Museum.

Ensuite, « La découverte des impressionnistes et de Manet » retrace la rencontre entre Paul Durand-Ruel et Monet, Pissarro, Sisley, Degas, Renoir puis Manet à qui il achètera 21 tableaux d’un coup. Il montrera leurs œuvres dans ses galeries à Paris, à Londres et à Bruxelles. Une première exposition de groupe aura lieu en 1874 chez le fameux photographe Nadar, reconnue comme acte de naissance public de l’impressionnisme.

La quatrième salle voit le mouvement s’enhardir avec le développement d’expositions collectives, voulu par Paul Durand-Ruel. Celle de 1876 comprendra 250 œuvres de 19 artistes et « va attirer l’attention et sera décisive pour l’ennemi », lancera le critique Duret. S’en suivra une période de vaches maigres pour le marchand d’art et ses protégés : « Un silence de mort plane sur l’art », confiera Pissarro.

« L’exemple de Monet en 1883 et en 1892 », cinquième salle, voit l’éclosion des expositions individuelles, dues aux centaines de peintures acquises par le marchand des impressionnistes.

La visite se termine par « New York, Berlin, Paris, Londres : l’apothéose de l’impressionnisme ». Durand-Ruel convoite de nouveaux marchés. A New York, il ouvrira une galerie et réussira à conquérir le marché américain, tournant de sa carrière. En 1905 à Londres, l’exposition de 300 œuvres de Manet et des impressionnistes aux Grafton Galleries, remporte un grand succès. Le marchand d’art a brillamment réussi à imposer des artistes « très originaux » sur lesquels personne ne misait et que le monde entier depuis vénère.

Si vous avez raté cette exposition, vous pouvez toujours la suivre Outre-Manche, elle sera présentée à la National Gallery de Londres du 4 mars au 31 mai, puis au Philadelphia Museum of Art du 24 juin au 13 septembre 2015.

*  « Il ne suffit pas de faire (des chefs-d’œuvre). Il faut les montrer », écrira Paul Durand-Ruel à Claude Monet en 1882.

* « Durand-Ruel était un missionnaire. C’est une chance pour nous que sa religion ait été la peinture », livrera Pierre-Auguste Renoir.

Isabelle Artus

Site du Musée du Luxembourg à Paris

 

« En attendant Godot » : l’épreuve du temps

Les personnages burlesques de la fameuse pièce  » En attendant Godot  » de Samuel Beckett « , interprétés par la compagnie du Bredin de Laurent Vacher. Crédits photo : Christophe Raynaud de Lage
Les personnages burlesques de la fameuse pièce  » En attendant Godot  » de Samuel Beckett « , interprétés par la compagnie du Bredin de Laurent Vacher.
Crédits photo : Christophe Raynaud de Lage

Laurent Vacher est un metteur en scène singulier qui aime faire bouger les lignes en douceur mais en profondeur. Il s’attaque souvent à des thèmes relatifs à la place de l’homme dans notre société et le spectateur se sent entraîné dans une réflexion sur son rapport au monde. C’est le cas avec « En attendant Godot », la célèbre pièce de Beckett, actuellement au théâtre Jean Arp jusqu’au 24 janvier 2015.

Ce texte compte beaucoup dans la trajectoire théâtrale de Laurent Vacher, à la fois inspirateur, moteur et miroir de son activité d’homme de théâtre. Découvert dès son pensionnat, il l’accompagnera tout au long de sa carrière jusqu’à aujourd’hui.

Le metteur en scène a choisi de camper l’histoire dans un « no man’s land » de zone urbaine. Il confie avoir voulu montrer le « chaos de l’époque actuelle à l’économie défaillante ». Les deux sans domicile fixe Vladimir et Estragon sont assis sur d’énormes conduites d’eau rouges. De la première didascalie « Route à la campagne avec arbre. Soir. », il reste la sobriété et le dépouillement du décor voulus par l’auteur. L’arbre est représenté par une sorte de mât de navire sans voile, donc sans direction, mais avec des antennes. Une paire de baskets flottent en l’air sur un fil tendu.

Extrême dépouillement aussi chez ces deux compères très clownesques qui n’ont plus rien que la parole et le temps pour exister. Ils attendent donc Godot qui ne viendra pas mais dont ils sont sûrs qu’il viendra.

A travers eux, se profile une réflexion sur le temps qui passe inexorablement, ce bien très précieux après lequel on court, que l’on essaye de rattraper, qui nous manque toujours. Ici, il s’égrène, s’étend, se multiplie, on ne sent plus que lui et il en est palpable. Et nous, que faisons-nous de notre temps ? Sommes-nous aussi dans l’attente d’un Godot imaginaire, bon prétexte à notre immobilisme ? Laurent Vacher précise avoir placé les « acteurs face au public, une volonté de la mise en scène pour plus de connivence avec les spectateurs ».

Pour lui, cette pièce représente « une épreuve physique et intellectuelle ». Les comédiens, tous excellents, réalisent une performance de plus de deux heures où l’on ne s’ennuie jamais. Certaines scènes feront éclater de rire la salle, à l’image du tandem Pozzo/Lucky, deux rôles de composition, tout puissant manipulateur tenant à bout de corde sa victime manipulée.

Sous des allures comiques très distrayantes, cette pièce nous titille et nous questionne et nous en ressortons encore plus vivants.

Isabelle Artus

– « En attendant Godot » au théâtre Jean Arp de Clamart« 

« Charlie Hebdo, héros modernes du combat pour la liberté »

Enfants qui jouent dans le Haut-Atlas, Maroc. Crédits photo : Isabelle Artus
Enfants qui jouent dans le Haut-Atlas, Maroc.
Crédits photo : Isabelle Artus

Vous qui me suivez, je voudrais vous souhaiter mes vœux sincères de bonheur pour cette nouvelle année 2015. S’ils revêtent une couleur profonde, j’aimerais qu’ils prennent la  forme de fleurs, de rires d’enfants et de joie et non pas de pleurs. Des formules comme « Peace and Love », « Plus jamais ça », « Not in my name » me viennent à l’esprit… autant de prières criées au monde actuel dans l’espoir qu’un vent de paix les relaient au delà des frontières, vite et pour longtemps.

Souvent, le mot « paix » m’a été proche. Plus que jamais aujourd’hui, après l’attentat odieux contre le journal satirique Charlie Hebdo hier matin mercredi 7 janvier 2015 à Paris et qui a coûté la vie à douze victimes, principalement journalistes et caricaturistes. Il marque une étape de la barbarie terroriste encore jamais atteinte en France car c’est bien la liberté d’expression et notre civilisation qui étaient d’abord visées.

Hommage à eux : quatre dessinateurs parmi les meilleurs : Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, les chroniqueurs Bernard Maris et Elsa Cayat, le correcteur Mustapha Ourrad, le globe-trotteur Michel Renaud, l’agent d’entretien Frédéric Boisseau, le brigadier Franck Brinsolaro et le policier Ahmed Merabet.

« Il faut qu’on sorte un journal, on va l’écrire avec nos larmes »

« Ils ont abattu des gens qui étaient en train de débattre de la lutte contre le racisme », a déclaré en larmes ce jeudi 8 janvier au matin le chroniqueur et urgentiste Patrick Pelloux sur la radio publique France Inter. Il n’était absent pour la conférence de rédaction qui réunissait toute l’équipe du journal car il avait une réunion concernant son activité d’urgentiste. « Viens ! On a besoin de toi », lui a lancé un collègue. Patrick Pelloux a crû à un canular. Arrivé sur place quelques minutes après la tuerie, il refuse d’expliquer ce qu’il a vu mais il témoigne dans tous les médias, inconsolable, la mémoire de ses amis et collègues. « Il faut qu’on sorte un journal, a t-il affirmé, on va l’écrire avec nos larmes. On a pas le droit de céder. »

Des milliers d’anonymes solidaires

La surprise positive est venue de tous les anonymes du monde entier qui ont envahi le jour même spontanément les places des villes pour répondre à l’appel « Nous sommes tous Charlie », lancé sur les réseaux sociaux. Des milliers de personnes se sont sentis concernés par cet événement tragique. « Ca pourrait être vous et moi », ont ils relayé. Les journaux dans toutes les langues ont titrés cette infamie ce matin, au lendemain des faits. La France est en deuil mais debout, lisait-on. Elle a reçu le soutien de nombreuses nations, unies dans ce malheur qui menace la planète, telle une gangrène à stopper de toute urgence.

Robert Badinter, ex-ministre de la Justice française, qui fait autorité et auquel la presse fait souvent appel dans des circonstances graves, déclarait ce matin sur France Inter : « Charlie Hebdo était à l’avant-garde, champion de la liberté de la presse. Ce sont des héros modernes du combat pour la liberté ». Les terroristes « visaient la liberté », a t-il ajouté.

« Le temps est venu pour nous rassembler »

Pour sa part, le philosophe Abdennour Bidar a invité les musulmans « à prendre la part de la douleur collective. Le temps est venu pour nous rassembler autour de la liberté d’expression. (…) Ce qui nous menace est la suspicion vis-à-vis des musulmans », a t-il confié.

C’est ce que je redoute aussi et Robert Badinter l’a signalé très vite : l’amalgame entre ces terroristes, peu nombreux mais qui essayent d’effrayer la terre entière, et les musulmans qui ont choisi cette religion, tout simplement. Mais, comme me le disait ma voisine algérienne encore tremblante : le Coran n’a jamais dit de tuer quiconque ». Et nous avons connu l’inquisition, mais c’était au Moyen-âge, une période tout aussi sombre et cruelle. Depuis, notre civilisation s’est battue pour les droits de l’Homme, bien que souvent ils soient bafoués.

Pour 2015, je vous souhaite ce que vous souhaitez pour vous même mais aussi paix, amour, tolérance et discernement.

Isabelle Artus

Le minute par minute de l’AFP, l’agence France Presse

Revue de presse de France Inter le 8 janvier 2015

Hirisinn, perle du P’tit Cirk

Le P'tit Cirk a planté son chapiteau au théâtre Monfort jusqu'au 10 janvier et partira ensuite en tournée en province. Crédits photo : Alexandre Kozel
Le P’tit Cirk a planté son chapiteau au théâtre Monfort jusqu’au 10 janvier et partira ensuite en tournée en province. Crédits photo : Alexandre Kozel

Ils sont quatre artistes de deux générations différentes, unis dans la complicité, et cela fait plaisir à voir ! Courrez vite voir leur spectacle « Hirisinn » sous le chapiteau jaune de leur P’tit Cirk planté près du théâtre Monfort jusqu’au 10 janvier, vous serez enchanté !

Vous êtes en bonne compagnie : celle du P’tit Circ de Danielle Le Pierrès et Christophe Lelarge, acteurs de cirque et co-directeurs. A eux deux, ils totalisent une riche expérience d’artistes chez les plus grands : Archaos, le Cirque du soleil, Les Arts Sauts, Cirque Plume et autres talentueuses compagnies. Comédienne, actrice de cirque et trapéziste pour elle, acteur de cirque, porteur aérien et au sol, créateur de sa propre troupe à 18 ans pour lui. Leurs deux jeunes co-équipiers bondissants Pablo Escobar et Damien Drouin complètent le quatuor avec une belle énergie communicatrice.

Juchés sur leurs plateformes, le saxophoniste Yannick « Jeanno » Jory et le joueur de bandonéon Philippe Ollivier entament une merveilleuse bande son originale en direct pour accueillir le public et accompagner les artistes.

Belle troupe que celle-ci, soudée et complémentaire, qui virevolte, tourne, saute et rebondit, dans une mise en scène fine et bien rythmée. Ici, les mots humanisme, poésie, acrobaties, facéties, bonne humeur, sont au répertoire.

Et le regard, fixe, intense et droit se transmet entre eux tout le long du spectacle tel un fil conducteur qui les relie infiniment et se diffuse vers le public intensément.

Le spectacle Hirisinn de la compagnie Le P'tit Cirk est conseillé à partir de 5 ans, rires, sourires et acclamations promis ! Crédit photo : Alexandre Kozel
Le spectacle Hirisinn de la compagnie Le P’tit Cirk est conseillé à partir de 5 ans, rires, sourires et acclamations garantis !
Crédit photo : Alexandre Kozel

Isabelle Artus

« Hirisinn » au théâtre Monfort

Tournée 2015

– 13, 14, 15 mars à Canejan-Cestas (33) Saison culturelle Centre culturel Simone Signoret

– 20, 21 mars à Fumel (47) Saison culturelle de Fumel communauté

– 27, 28, 29 mars à Sablé-sur-Sarthe (72) Saison culturelle de l’Entracte

– 3, 4 avril à Lamballe (22) Le Quai des rêves

– 28, 29, 30 mai à Abbeville (80) Pôle cirque d’Amiens

Détonante « Yvonne, princesse de Bourgogne »

Sourde au protocole, "Yvonne, princesse de Bourgogne", fera son entrée devant les révérences de la cour.  Crédit photo : Pierre Grosbois
Sourde au protocole, « Yvonne, princesse de Bourgogne », fera son entrée devant les révérences de la cour.
Crédit photo : Pierre Grosbois

Il était une fois de nos jours, un charmant prince qui choisit pour fiancée une roturière d’aspect inconsistant et qui ne disait mot. Elle s’appelait Yvonne. Peu à peu, presque tout les personnages du royaume sombreront dans la décadence et la démesure jusqu’au crime.

Pendant que les spectateurs rentrent dans la salle du théâtre 71, à Malakoff, les acteurs en vêtements de sport blancs font de l’exercice sur scène. Celle-ci se partage en un centre de « body-building » et un salon classe et moderne où la reine et son chambellan esquissent avec élégance quelques pas de tango.

Tout semble se dérouler normalement à la cour. Le public est immergé dans le quotidien de cette micro société.

Yvonne, Marie Rémond, a découvert un cheveux, ce qui énerve beaucoup le prince, Thomas Gonzalez. Crédits photo : Pierre Grosbois
Yvonne, Marie Rémond, a découvert un cheveux, ce qui énerve beaucoup le prince, Thomas Gonzalez. Crédits photo : Pierre Grosbois

L’arrivée d’Yvonne va tout chambouller. « Qu’est-ce que cette limace ? » dit le roi à son fils. « C’est ma fiancée », répond le prince héritier qui, tiraillé entre les bons sentiments et ses sentiments réels, ira jusqu’au bout de cette situation absurde. Le royaume sera entrainé dans un chaos démentiel.

Pour Jacques Vincey, le metteur en scène, cette princesse improbable est le « miroir d’une société malade ».

Le texte de Witold Gombrowicz est servi par d’excellents acteurs. La reine Marguerite, Hélène Alexandridis, est époustouflante dans la scène du petit livre de poème.

Isabelle Artus

« Yvonne, princesse de Bourgogne », se joue au théâtre 71 à Malakoff jusqu’au 30 novembre 2014 et au théâtre national de Bordeaux du 3 au 7 décembre 2014.

« Gertrud » en quête d’amour absolu

Cécile Coustillac incarne "Gertrud", une pièce de Hjalmar Söderberg mise en scène par Jean-Pierre Baro. Crédits photo : Simon Bellouard
Cécile Coustillac incarne « Gertrud », une pièce de Hjalmar Söderberg mise en scène par Jean-Pierre Baro. Crédits photo : Simon Bellouard

Le destin de « Gertrud » -merveilleuse Cécile Coustillac tout en finesse-, mis en scène par Jean-Pierre Baro, Extime Cie, est à l’honneur. Programmée récemment au festival « Les enfants du désordre – le désordre amoureux » de la Ferme du buisson, la pièce est à l’affiche du Monfort à partir de mardi 25 novembre pour trois semaines.

Le Suédois Hjalmar Söderberg a écrit ce chef-d’œuvre de la littérature scandinave. Elle développe le thème de l’amour, à travers les trois hommes de la vie d’une cantatrice, qu’elle a aimés et qui l’ont, un temps, comblée. Gertrud les quittera tour à tour. Homme politique, compositeur et poète, mari, amant et grand amour, ils sont tous des personnalités publiques qui placent leur réussite sociale toujours au premier plan. « Ils passent à côté de leurs vies car ils sont rongés par leur ambition », explique Jean-Pierre Baro. « C’est vraiment une critique de l’ambition sociale quand elle est dévorante », ajoute-t-il.

«  Now I’m riding along the wonderland and the road I’m on has no end », « A présent, je voyage à travers le pays des merveilles et la route que j’emprunte n’a pas de fin », seront les derniers mots de la belle chanson de Guillaume Allardi interprétés par une Gertrud éprise de liberté.

Isabelle Artus

« Gertrud », Extime Cie, en tournée

« Nuit », Cie Coup de poker, en tournée

« Othello, variation pour trois acteurs », Cie du Zieu, en tournée

Carolyn Carlson l’enchanteresse de la danse

Après neuf ans à la tête du Centre Chorégraphique National de Roubaix, l’enchanteresse de la danse contemporaine Carolyn Carlson entame une résidence de deux ans au théâtre de Chaillot à Paris. Elle vient d’y présenter avec ses danseurs sa dernière création « Now » qui partira bientôt en tournée. Revenons sur les pas de cette artiste au parcours exceptionnel.

La chorégraphe de danse contemporaine CarolynCarlson. Crédits photo : François Ede

« Grande éclaireuse« , « Une des plus grandes pédagogues de l’art chorégraphique » , les superlatifs fusent pour qualifier l’influence de plus de quarante ans de Carolyn Carlson sur la danse contemporaine.

« Danseuse mais poète avant tout »

La plus française des chorégraphes américaines se définit elle même comme « danseuse mais poète avant tout » et préfère le terme de « poésie visuelle » pour parler de ses chorégraphies. « La poésie est la base de mon travail, les pas viennent après », d’ailleurs, elle ne les écrit jamais, car « mon coeur est dans mon regard, ma perception est visuelle », précise-t-elle. Carolyn Carlson dessine d’abord ses scènes, à la manière d’une scénographe.

Héritière de l’école Alwin Nikolaïs

Elle a été formée à l’école novatrice de l’Américain Alwin Nikolaïs (1910-1993), créateur majeur de la danse de la fin du XXe siècle, dont un grand nombre de pièces à marqué l’histoire de la danse, et deviendra soliste de sa compagnie.

Multi talentueux, poète, danseur, chorégraphe, marionnettiste, compositeur, peintre, sculpteur, informaticien, il se tournait déjà vers les technologies de pointe, comme Carolyn Carlson plus tard. Son enseignement alliait la spontanéité de la libre invention et de l’imaginaire à la rigueur de l’exécution, maniant fantaisie et humour. Il posera « des questions essentielles sur la place et le rôle de l’homme dans l’univers « . L’héritage se précise.

De cette filiation des conceptions du mouvement, de la composition et de la pédagogie d’Alwin Nikolaïs, naîtrons, comme lui, plus d’une centaine de pièces, qui feront aussi date dans la grande histoire de la danse.

De « Density 21,5 » à « The Year of the horse », de « Blue Lady » à « Steppe », de « Maa » à « Signes », son prodigieux succès aux couleurs vives des gigantesques peintures d’Olivier Debré, de « Writings on water » à « Inanna ». En 2006, la Biennale de Venise la couronnera du premier Lion d’Or jamais attribué à un chorégraphe.

Nomade

La chorégraphe californienne aime à se dire « nomade ». Depuis son arrivée en France en 1971, son parcours aux quatre coins de l’Europe en témoigne.
Etoile-chorégraphe au Ballet de l’Opéra de Paris (GRTOP ) de 1974 à 1980, elle prend la direction artistique du Teatrodanza La Fenice de Venise pour quatre ans.

En 1985, elle est en résidence au Théâtre de la Ville à Paris jusqu’en 1991 puis l’année suivante au Finnish National Ballet et au Helsinki City Theater Dance Company.

A partir de 1994, elle sera à trois reprises directrice artistique, du Ballet Cullberg, Stockholm de 1994 à 1995, de la section danse de la Biennale de Venise de 1999 à 2002 et de son propre atelier, l’Atelier de Paris-Carolyn Carlson, sur le site de la Cartoucherie.

Elle prendra ensuite la direction du Centre Chorégraphique National Roubaix Nord-Pas de Calais de 004 à 2013 puis créera en 2014 la Carolyn Carlson Dance Company avant de s’installer en résidence au Théâtre national de Chaillot.

« Now »

Dans son dernier spectacle « Now », le premier de sa résidence à Chaillot, la diva nous invite à nous ancrer dans le présent, celui du fameux concept bouddhiste « Ici et maintenant ». Elle cite d’ailleurs le Dalaï Lama : « Il y a juste deux choses pour lesquelles nous ne pouvons rien faire : hier et demain ».

Cette fois-ci, Carolyn Carlson a puisé son inspiration dans la pensée du philosophe français Gaston Bachelard dans son ouvrage « La poétique de l’espace ». Il y développe   l’« intimité du microcosme allant vers le macrocosme », explique t-elle, en expliquant « car nous vivons dans nos espaces mais en même temps, nous faisons partie de la nature et ne devons pas l’oublier ».

« Now » claque comme une certitude et sonne le rappel d’agir pour « la possibilité de changer nos vies et le monde, maintenant », dit la chorégraphe. Ce spectacle est imprégné de philosophie et de spiritualité. Elle le compare d’ailleurs à « Une métaphore méditative d’une heure et vingt minutes ».

Carolyn Carlson y fait aussi référence au qi gong, au tai chi et aux arts martiaux chinois d’inspiration taoïste,s à la fois gymnastiques de santé et voies spirituelles. Elle confie avoir « beaucoup appris » de ces disciplines « parce qu’elles travaillent avec la nature », précise t-elle. La nature, autre thème fort récurrent dans ce spectacle. On retrouve les influences de ces enseignements orientaux dans les gestes de ses danseurs et particulièrement dans le solo du Japonais Yutaka Nakata.

Collaboration avec le compositeur René Aubry

On ne peut évoquer l’oeuvre de Carolyn Carlson sans parler de sa collaboration avec René Aubry, le compositeur qui signe depuis longtemps la musique originale de ses chorégraphies. A travers ses mélodies, véritables histoires musicales reconnaissables entre mille, toujours harmonieuses mais aussi facétieuses, parfois mixées à des bruits du quotidien et de machines, il oeuvre à l’unité des spectacles. Il est actuellement à l’honneur au théâtre de Chaillot à travers un montage de films qui rend hommage à leur duo Carlson-Aubry. (voir ci-dessous)

Transmettre techniques et répertoire

Reconnue pour ses qualités de pédagogue, la chorégraphe tient beaucoup à la transmission des techniques d’Alwin Nikolaïs qu’elle propose sous la forme de master class aux professionnels de la danse et du spectacle vivant, chaque saison. Le public peut assister gratuitement à leur restitution.  La prochaine aura lieu au théâtre de Chaillot le 10 janvier 2015 à 15h.

Elle est aussi souvent sollicitée en France et dans le monde entier par les ballets d’Opéra, grands conservatoires, chorégraphes, associations, pour transmettre des extraits de son répertoire.

Concluons cette esquisse de portrait de la danseuse poète par quelques phrases de « La poétique de l’espace » de Gaston Bachelard : « La sublimation, dans la poésie, surplombe la psychologie de l’âme terrestrement malheureuse. C’est un fait : la poésie a un bonheur qui lui est propre, quelque drame qu’elle soit amenée à illustrer ».

Films présentés au Grand foyer du théâtre de Chaillot  jusqu’au 27 novembre 2014, si vous venez voir un spectacle :

– Undici Onde – 1981 (2’40)
– Underwood – 1982 (3’41)
– Slow, heavy and blue – 1984 (4’54)
– Blue Lady – 1984 (12’11)
– Still waters – 1986 (4’47)
– Steppe – 1990 (3’51)
– Signes – 2004 (11’31)

Sinon, cliquez ici pour visionner la collection de vidéos réalisée par l’Atelier de Paris/CDC :

La tournée de « Now »

La distribution de « Now »

« Mandala », prochaine short story le 13 janvier 2015 (représentation composée de plusieurs pièces, par les danseurs de la Carolyn Carlson Company)

Qui était Alwin Nikolaïs, par l’Encyclopédie Universalis 

Isabelle Artus