« KYOTO Forever 2 » une COP21 plus vraie que nature ?

Crédits photo : Samuel Serandour
Les représentants des nations à la table de négociation sur le climat, qui penche dangereusement. Crédits photo : Samuel Serandour

Avec « Kyoto Forever 2 », à la Maison des métallos à Paris, Frédéric Ferrer propose au public d’assister à une réunion internationale de négociation sur le climat qui s’avère à la fois comique et tragique. Nous sommes à la COP21, qui se déroule dans la vraie vie en ce moment même à Paris et « Ils ont deux heures pour sauver le monde », nous dit l’auteur metteur en scène.

« Ils », ce sont les huit acteurs qui tour à tour prennent place autour de la grande table avec micros qui penche dangereusement. Ils campent huit représentants d’états et d’organisations, chacun ayant pour tâche de défendre ses chers intérêts : la Chine, les Etats-Unis, la Communauté européenne, l’Iran, l’Angleterre, le Brésil, l’Afrique, l’ONU qui mène le débat.

Un casting sur mesure rassemble ces comédiens qui s’expriment dans leur langue d’origine, traduite, ce qui apporte beaucoup de crédibilité à la situation. Soulignons aussi le joli travail sur les expressions propres à chaque langue et qui apporte du cocasse aux interventions.

Une pièce plus vraie que nature ?

L’auteur a voulu écrire un texte qui se veut l’écho de la réalité ; Argumenté de nombreux chiffres sur la problématique mondiale du réchauffement climatique. « Comment travaille t-on ensemble ? Pour l’instant, on y est pas encore », confiait dernièrement Brice Lalonde sur France-Inter.

Le conseiller spécial de l’ONU pour le développement durable
montrait du doigt les limites de la diplomatie des 196 états réunis actuellement dans la capitale française pour parvenir à un accord contraignant sur le réchauffement climatique.

Exactement comme dans la pièce de Frédéric Ferrer « KYOTO Forever 2 ». Alors, courrez vite, ils jouent jusqu’au 6 décembre à la Maison des Métallos à Paris puis en province.

Isabelle Artus

Où voir le spectacle

• 17 novembre – 06 décembre 2015 : Maison des métallos, Paris (75) du mardi au vendredi à 20h00, le samedi à 19h00, le dimanche à 16h00 ; relâche les lundis et le mardi 24
• 24 novembre 2015 – 20h45 : La Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-la-Vallée (77)
• 08 décembre 2015 – 20h00 : Théâtre de l’Agora, scène nationale d’Evry et de l’Essonne (91)
• 11 et 12 décembre 2015 – 20h30 : Théâtre-Sénart, scène nationale (77)
• 09 et 10 mars 2016 : Théâtre la Vignette – Université Paul Valéry, Montpellier (34) le 09 à 20h30, le 10 à 19h15
• 10, 11 et 12 juin 2016 : Le Grand T – scène conventionnée de Loire-Atlantique, Nantes (44)

La compagnie Vertical détour

Vibrante ode au Divin : « Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre »

Nathalie Bentolila et Antonin Gouilloud, les deux artistes du spectacle "Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre", une production A Part of the Whole.
Nathalie Bentolila et Antonin Gouilloud, les deux artistes du spectacle « Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre », une production A Part of the Whole.

C’est un spectacle hors du commun que « Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre », de la compagnie A Part of the Whole, au Kibélé. Pur, profond, amoureux, inattendu.

Sur la jolie scène intime, peu de lumière. Douceur, recueillement. Nathalie Bentolila, guitare basse en bandoulière et son ami Antonin Gouilloud, guitariste aussi, vont accompagner en musique le Maarif, un texte moyen-âgeux magnifique, pratiquement méconnu du public.

Ecrit par Bahauddin Valad, maître soufi persan et père de Rumi, qui deviendra lui aussi un maître soufi, le Maarif est un recueil de visions, de révélations, de conversations avec Dieu, de poèmes, de rêves, de plaisanteries, d’épisodes érotiques, d’astuces de jardinage…

Nathalie Bentolila l’a traduit en français, l’ouvrage s’intitule :   « Le livre noyé. Carnet d’extase et de vie pratique de Bahauddin, le père de Rumi ». Elle l’a ensuite adapté pour la scène, révélant au public ce document rare. Ainsi est né « Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre ».

« Regarde cette fleur prodigieuse, qui ne peut être vue, mais dont le parfum ne peut être caché. Dieu est la fleur invisible. L’amour est la fragrance de la fleur, en tout lieu perceptible », dépose Nathalie sur les notes de son instrument.

« La saveur de l’expérience de l’amour ne peut être expliquée et aucune description n’en révèlera jamais le goût à quiconque. », confie le texte de Bahhaudin Valad, à travers la voix paisible de sa traductrice.

Isabelle Artus

 « Le livre noyé. Carnet d’extase et de vie pratique de Bahauddin, le père de Rumi » a été publié en 2013 par Artisans du Dialogue Orient-Occident, d’après la traduction anglaise de Coleman Barks et John Moyne : « The drowned book ».

Prochaines dates du spectacle :

Mardi 1er décembre 2015 puis les Mercredis 13 et 27 janvier 2016

Au Kibélé, 12 rue de l’Échiquier, Paris 10ème.

Une production A Part of the Whole

Un road movie « En quête de sens »

Attention merveille du cinéma ! Le film « En quête de sens » de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste est un road movie qui s’interroge et nous interroge sur la marche du monde. Un film espoir, un film à voir. Prochaine séance ce soir à l’Ecole supérieure de commerce et de développement, 3A-PARIS. 

Tous deux sont amis d’enfance dans la vraie vie.  Ils sont partis rencontrer les acteurs du changement au niveau international. Mais pas n’importe qui : ils ont étés bien conseillés et sont revenus avec des témoignages de personnes ressources hors du commun difficile d’approcher car loin de nous géographiquement, parfois même particulièrement isolées : un biologiste cellulaire, un jardinier urbain, un chamane itinérant ou encore une cantatrice présidente d’ONG. Que pensent ces grands acteurs de la vie du développement du monde, ces personnes rares et de bon sens ? Elles nous aident à mieux réfléchir, à tracer nos chemins de vie, elles nous éclairent.

Le voyage initiatique de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste « sur plusieurs continents est une invitation à reconsidérer notre rapport à la nature, au bonheur et au sens de la vie », nous dit leur site que je vous conseille d’aller vite explorer, avant leur film.

Isabelle Artus

VOIR LE FILM

Jeudi 29 Octobre à 18h : projection du film « En quête de sens » suivi d’une rencontre avec Marc de la Ménardière, co-réalisateur du film

Pour réserver votre place : contact-paris@ecole3a.edu

Ecole supérieure de commerce et de développement, 3A-PARIS. 01 85 08 36

LES AUTRES PROJECTIONS

Les fils de la terre

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Au premier plan, Benjamin Brenière joue l’ami, le juge, le photographe et un infirmier. A gauche, Sandrine Deschamps, ici dans le rôle la femme, joue aussi la représentante en cosmétiques et à sa gauche, Vincent Remoissenet, le fils. Crédits photos : Benoit Bouthors

Il est rare de sentir la bonne odeur du foin au théâtre. Rare aussi de regarder les visages immobiles des agriculteurs, emmurés dans leurs silences, à l’heure de la soupe.

Au Théâtre 13, jusqu’au 18 octobre, la pièce « Les fils de la terre », adaptée d’un documentaire d’Édouard Bergeon et mise en scène par Élise Noiraud, plonge le public dans le quotidien rude et endetté d’une famille de paysans français.

L’histoire repose sur le conflit entre un père et son fils Sébastien, héritier du domaine agricole ancestral, qui refuse de perdre sa vie à redresser la ferme. Elise Noiraud, la metteuse en scène, montre dans cette « tragédie rurale », c’est ainsi qu’elle qualifie son oeuvre, le glissement du fils dans le désespoir.

Un théâtre social qui visite les thèmes essentiels de la filiation, de la transmission de la culture familiale, de ses valeurs et de ses biens, du choc générationnel entre un père préservant les traditions et son fils aspirant à la modernité, de la justice impitoyable, de l’amour et de la haine, de la séparation, du suicide.

La scénographie est marquée par le bel usage de la lumière (création lumières Philippe Sazerat)ouvrant et refermant chaque scène domestique. Le son tient aussi une place importante (création sonore François Salmon et Adrien Soulier) avec une voix off qui raconte et commente ce conte contemporain, jamais très loin du documentaire.

La mise en scène sobre tourne autour des lieux clé de l’univers de la ferme : la salle de traite, le tas de foin, la cuisine, et aussi, du salon de l’appartement du fils Sébastien et de sa femme, en contrepoint.

Au premier soir de représentation, le public a été conquis par ce spectacle qui a obtenu le Prix du Jury et le Prix du Public au Prix Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène 2015.

Isabelle Artus

Avec
Benjamin Brenière l’ami, le juge, le photographe, un infirmier,
François Brunet le père,
Sandrine Deschamps La femme, la représentante en cosmétiques,
Julie Deyre la mère, la traductrice, la sage-femme, l’animatrice radio,
Sylvain Porcher le juriste, l’acheteur hollandais, un infirmier
Vincent Remoissenet le fils.

Création lumières Philippe Sazerat, Création sonore François Salmon et Adrien Soulier, Costumes Mélisande de Serres, Décor Baptiste Ribrault

Site du Théâtre 13 

Projection du documentaire « Les fils de la terre » 

Les déséquilibres de « Celui qui tombe »

© Geraldine Aresteanu
« Celui qui tombe » de Yoann Bourgeois. Crédits photo : Geraldine Aresteanu

Reprise du spectaculaire « Celui qui tombe » de Yoann Bourgeois au théâtre Monfort, jusqu’au 10 octobre. Une fresque acrobatique sur la gravité, l’équilibre, perdu, retrouvé, le lâcher prise.

Pour servir ce thème très humain, six acrobates sur un plateau mouvant de six mètres sur six. Ce terrain de jeu improbable se révèle être une puissante machine, au dispositif tournoyant, vibrant, déstabilisant, exténuant qui prend par moment des allures de bateau ivre en perpétuel mouvement.

Les six marins de haute mer très agitée devront petit à petit apprivoiser la mécanique du sol et ses mouvements imprévisibles, s’y amuseront même, valseront dessus, seront amenés à défier les lois de la gravité, et se retrouveront aussi tous à terre.

Une belle métaphore sur l’instabilité de la vie, parfois merveilleusement belle et aussi terriblement chaotique. Le spectateur se prend d’empathie pour ces six acrobates, emporté dans leur voyage à la recherche d’équilibre.

Isabelle Artus

Conception, mise en scène et scéno- graphie : Yoann Bourgeois assisté de Marie Fonte
Avec : Jean-Baptiste André, Mathieu Bleton, Julien Cramillet, Marie Fonte, Elise Legros et Vania Vaneau en alternance avec Francesca Ziviani lumière Adèle Grépinet

Son : Antoine Garry
Costumes : Ginette
Réalisation scénographie : Nicolas Picot, Pierre Robelin et Cénic construc- tions
Régie générale : David Hanse
production Christine Fernet et Maud Rattaggi

Production : Cie Yoann Bourgeois. Pro- duction déléguée MC2: Grenoble.

Site du Monfort

Un festival pour la paix

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La grande pagode bouddhiste du parc de Vincennes accueille le 1Oe Festival pour la paix, vendredi 18 septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus

Le dixième Festival pour la paix ouvre ses portes jusqu’à dimanche 20 septembre à 20h00 à la grande pagode bouddhiste du bois de Vincennes, à Paris. Une programmation riche et rare de concerts, contes, conférences, films, ateliers de yoga, de calligraphie, massages… Un événement associé à la construction du Temple pour la paix de Normandie, voué à accueillir des manifestations dans un esprit inter-religieux.

 La grande pagode de Vincennes: le site est en soi un havre de paix et il la cultive. Sous l’imposant toit pointu trône un gigantesque bouddha doré.

Micro à la main, le vénérable Lama Gyourmé, initiateur de la construction du Temple pour la paix de Normandie, ouvre le Festival. Il explique comment il a découvert le site « propice à la méditation » pour « construire un temple dédié à la paix dans le monde » qui a reçu les soutiens du Dalaï-Lama et du Karmapa.

Maître authentique, Lama Gyourmé enseigne le bouddhisme tibétain en France depuis 1974, date à laquelle ses propres maîtres, Kalou Rinpoché et le XVIe Karmapa lui ont confié cette mission.

Né au Bouthan en 1948 et confié au monastère à l’âge de 9 ans, il a reçu les enseignements bouddhistes complétés par un solide apprentissage des arts traditionnels dont le chant.

« Si vous achetez 1000 CD par personne, on pourra financer les travaux », lance t-il, d’un ton malicieux dont les maîtres ont le secret, évoquant les disques qu’il a enregistrés avec le musicien Jean-Philippe Rykiel au profit du futur temple.

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L’architecture du futur Temple de Normandie s’inspire de celle, traditionnelle, de Samyé, premier Temple érigé au Tibet, fondé par Padmasambhava au VIIIème siècle. Crédits photo : Isabelle Artus

« Transmettre la paix intérieure » 

 « On va inviter chaque année tous les chefs religieux à faire des conférences-débats, pour expliquer comment transmettre la paix intérieure », informe-t-il.

Le temple bouddhiste de Normandie « ne sera pas seulement un espace limité à la rencontre des différentes écoles du bouddhisme, mais un lieu favorisant les échanges entre les traditions bouddhistes, chrétiennes, juives, musulmanes et autres éloignées comme celles des indiens d’Amérique du Nord et les aborigènes d’Australie… », explique le site web dédié au Festival pour la paix .

« La congrégation organisera des rencontres entre les représentants de ces traditions spirituelles pour mieux faire connaître la diversité et les valeurs communes à toutes ces familles de pensée : leur contribution à un monde meilleur, le respect et la dignité humaine, la tolérance mutuelle, la volonté de Paix et la non-violence », explique le site.

La soirée d’ouverture du Festival pour la paix s’est poursuivie par un concert rare avec Masuda Tomoko, chanteuse d’opéra et thérapeute ayant étudié la médecine traditionnelle tibétaine, accompagnée d’une très gracieuse musicienne, Viviane Bruneau-Shen et ses différents anciens instruments à cordes.

Le lama Gyourmé et le trio Sarasvati, des musiciennes de musiques traditionnelles de Mongolie et d’Asie-Centrale, les ont ensuite rejointes pour un mantra chanté.

Conférence  « Ecologie et spiritualité »

Mathieu Labonne, directeur de l’équipe opérationnelle du mouvement Colibris créé par Pierre Rabhi, est alors intervenu dans une conférence sur le thème :       « Ecologie et spiritualité ». « Je vous incite à changer vos modes de vie, un chercheur spirituel se doit de réfléchir à tout ça », a t-il déclaré , prônant une écologie du vivre ensemble qui commence d’abord par soi-même et une cohérence entre l’être et le faire. Pour lui, « Il s’agit de retrouver un sentiment d’unité avec le Vivant ». 

Le scientifique a insisté sur les trois domaines de nos vies sur lesquels nous pouvons agir pour obtenir un résultat efficace sur le changement climatique : L’alimentation, le transport, et le mode de chauffage. Les circuits courts, les transports propres, les nouvelles habitudes de vie, l’isolation des logis…Cela produira une réelle différence.

Mathieu Labonne a enfin rappelé le mythe grec de Prométhée, faisant allusion au déluge dont parlait cette légende, correspondant à l’arrogance de l’Homme : « ce que nous sommes en train de vivre », a t-il conclu.

Isabelle Artus

> La grande pagode de Paris est située 40, route de la ceinture du Lac Daumesnil, 12e.

Les ailes de la vie

Plus que deux jours pour découvrir la cinquantaine d’œuvres de l’exposition « Créatures ailées et terrestres » de la peintre Mirta Gontad et de la photographe Anna Biret à la galerie de l’ambassade d’Argentine à Paris. Partez en un voyage pictural accompagné de Mirta Gontad, une artiste rare à la personnalité très attachante, le temps d’un entretien devant ses tableaux. Culturepositive l’a rencontrée.

La peintre argentine Mirta Gontad devant une de ses oeuvre à l'ambassade d'Argentine à Paris en septembre 2015. Crédits Photo : Isabelle Artus
La peintre argentine Mirta Gontad devant une de ses oeuvres à l’ambassade d’Argentine à Paris en septembre 2015. Crédits Photo : Isabelle Artus

: Y a t’il une continuation du travail que vous présentez avec celui de l’année passée ?

M : En réalité, je crois que le travail continue toujours. L’année passée, je parlais de l’espace qui étais autour de l’évident. Cette année, je parle un peu de la même chose, de figures mythiques ou qui évoquent l’enfance, ce que nous avons été, le paradis perdu. Certaines ont des ailes visibles qui se voient clairement.

Donc, je parle de ce qui est évident et de ce qui est présent mais moins évident. Il y a donc un « deuxième » regard.

Ce dernier existe quand la forme ou la situation est en connexion avec l’harmonie de l’univers. On peut le voir au quotidien, quand on est quelque part, moi, artiste de l’art plastique, je le vois depuis le visuel. Je suis dans un lieu et il y a une parfaite composition de couleurs. Tout est équilibré. Je me dis : « Alléluia ! ». L’univers est présent.

Les ailes ont trait à cette connexion qui, à un certain moment, n’est plus visible. C’est pour cela que je parle de « paradis perdu» et d’une évocation de l’enfance, un lieu mythique où tout était possible, où les choses magiques étaient réelles et qui, avec les conditionnements de la civilisation, nous font oublier cela. Mais il y a un instant où cela apparaît, peut apparaître de nombreuses façons. Seul le moment présent est réel, le reste est une illusion.

"Le paradis perdu" de Mirta Gontad. Crédits Photo : Isabelle Artus
« Le paradis perdu » de Mirta Gontad. Crédits Photo : Isabelle Artus 

J’ai travaillé cette année à partir de vieilles photos, il me semble que cela a à voir avec tout ça car l’enfance est ce lieu où tout est possible et que nous avons tous connu, cette connexion avec l’univers, nous l’avons tous vécu ; après, nous l’oublions. Cette connexion avec le « Tout » me paraît beaucoup plus facile pour un enfant. L’exposition s’appelle « Figures ailées et terrestres » précisément parce qu’on a associé l’ailé, le céleste au terrestre comme une partie du même « Tout », comme la totalité qui est désirée. Je crois que cela a à voir avec le fait de « sentir la totalité », qui est ce que tout un chacun perd après, retrouve, perd de nouveau…

 Ce sont des dessins avec de la couleur mais celle-ci est toujours aléatoire. Le dessin est le protagoniste et la couleur est travaillée en fonction de lui. Pour cette exposition, il y a surtout du dessin.

"Au bord du paradis", de Mirta Gontad. Crédits photo : Isabelle Artus
« Au bord du paradis », de Mirta Gontad. Crédits photo : Isabelle Artus

Devant un triptyque :  » C’est une embarcation sur l’eau avec des passagers. A côté, il y a une œuvre où l’on voit une petite fille (en gros plan) qui est comme au bord de l’eau ou de l’espace, cela s’intitule « Au bord du paradis ». Cela fonctionne comme triptyque et aussi séparé. Sur le dernier des trois, un petit garçon montre du doigt un des personnages, tous très serrés les uns aux autres dans une petite embarcation. Ce sont des encres et du crayon sur du papier de petites tailles, 30 sur 30 cm. Le dessin beaucoup plus intimiste que la peinture. Pour les grands formats, la peinture se fait avec tout le corps, c’est comme une danse.

 : D’où vient vôtre inspiration Mirta ?

M : « Normalement je travaille avec des modèles car j’aime le visage humain, sa perfection, -dans le sens de miracle de l’univers et non pas modèle de perfection – donc, je travaille avec un modèle vivant une fois par semaine à l’atelier et des vieilles photographies, après d’autres choses apparaissent qui complètent l’œuvre.

Je parle tout le temps plus ou moins de la même chose dans mon travail : l’ignorance de la totalité, du fait que les choses nous montrent une chose évidente que nous sommes tous conditionnés à voir mais elles disent toujours d’autres choses en plus.

C’est ma façon de voir la vie. Je suis dans un lieu et je vois ce que les images me racontent. Peut-être pas ce que les mots me disent. Ma capacité est de lire les images (de la vie), je perçois le monde ainsi et je l’apporte dans mes œuvres.

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« Alas de luz » de Mirta Gontad. Crédit photo : Isabelle Artus

: Je vois que vous êtes attirée par des situations positives où règne la beauté plutôt que la difficulté, la dureté, la violence …

M : Oui, je suis optimiste de nature, parfois aveuglément optimiste. Cela se voit sûrement dans mon travail. Mais il me semble que la beauté n’a pas à voir uniquement avec le bonheur mais plutôt avec un certain type d’harmonie qui peut aussi être une harmonie triste. Il me semble que tout fait partie de la même totalité qui parfois est plus triste ou plus joyeuse, parfois céleste ou terrestre mais où l’unité est présente.

I : L’exposition compte une cinquantaine d’œuvres et vous la partagez avec la photographe Anna Biret, polonaise et grande amoureuse de Cuba, dites-nous en deux mots

M :  «  La première fois que j’ai vu les œuvres d’Anna Biret, j’ai toujours pensé que nos travaux pouvaient être amis. Parce qu’elle a la capacité d’attraper l’instant présent. Elle travaille sans modèle. Quand son appareil photo disparaît, elle capte justement ce moment où il y a connexion ou « des ailes ». Des moments qui peuvent être transcendants. C’est cet instant que je recrée avec mes dessins. L’exposition fonctionne bien grâce à ça », conclue Mirta Gontad.

Isabelle Artus

Informations pratiques

L’exposition se situe à l’Ambassade d’Argentine, 6, rue Cimarosa, métro Boissière, dans le 16e arrondissement de Paris. Vérifier bien les horaires d’ouverture sur le site de l’ambassade :

Pour contacter l’artiste Mirta Gontad, vous pouvez lui écrire à : gontadmm@hotmail.com

– Voir la Vidéo des deux artistes réalisée par le service culturel de l’ambassade

La peintre argentine Mirta Gontad devant un de ses triptyque. Exposition "Créatures ailées et terrestres", Galerie d'Argentine, Paris, septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus
La peintre argentine Mirta Gontad devant un de ses triptyques. Exposition « Créatures ailées et terrestres », Galerie d’Argentine, Paris, septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus

 

« Notre-Dame des Ronces » : Exquise balade littéraire

Crédits photo : Isabelle Artus
Crédits photo : Isabelle Artus

 

Par un heureux hasard, je suis tombée -en amour- sur le très joli recueil de nouvelles d’Anne Le Maître « Notre-Dame des ronces. Un été à Vézelay ».

L’écrivain y raconte de façon très visuelle, poétique et spirituelle, treize histoires glanées lors de ses cheminements dans la nature bourguignonne : « Rejoindre les moineaux », « Confiture de colère », « L’heure du liseron », « Mauvaises herbes », « Faire silence », etc… le lecteur emboîte avec plaisir le pas de cette artiste observatrice, regarde, découvre et ressent avec elle la beauté de son environnement.

Ce livre bijou fait partie de ces éditions rares qui nous parviennent de bouche à oreille la plupart du temps. De forme élancée, sa matière unique, de papier travaillé jaune très clair un peu épais, revêt un charme fou. On a plaisir à le feuilleter, tourner ses pages et le garder près de soi.

L’ouvrage est est né lors d’une résidence d’écrivain à la maison Jules Roy de Vézelay, l’été 2012, nous dit la dernière page. Anne Le Maître, aussi aquarelliste, a illustré « Notre-Dame des ronces » de délicats dessins ; on l’imagine dans les champs ou sur les chemins caillouteux, un crayon et un carnet de croquis à la main.

Attardons nous sur « Quand tout bascule ».

 « Ce soir, le soleil a décidé de se donner en spectacle (…) Je suis assise à la table de pierre. En descendant derrière le grand sapin, insensiblement, l’astre se teinte d’orange. Bientôt il frôle les bois de la Madeleine. Arrivé à quelques centimètres de la colline, il s’offre le caprice d’un nuage mauve qu’il enrichira d’un filigrane d’or en ses derniers rayons… »

L’auteur décrira la fresque vivante du soleil déclinant et son environnement, le chant d’un merle qui souhaite « bonne nuit ! » à qui veut l’entendre », « le serein qui tombe et lui mouille les pieds »…

Il fait bien bon parcourir la belle nature de « Notre-Dame des ronces » en compagnie d’Anne Le maître. Un conseil d’amie.

Isabelle Artus

Ce livre est édité aux Editions de la Renarde Rouge, 89510 Veron. Pour plus d’informations : http://renarderouge.fr

« L’Effet Bekkrell », naissance d’un style

"L'effet Bekkrell" au théâtre Monfort. Crédit photos :  Massao Mascaro
« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort. Crédit photos : Massao Mascaro

L’« Effet Bekkrell (titre instable) », premier spectacle du jeune groupe Bekkrell, est total, fort, personnel, nouveau. A découvrir vite, jusqu’au 16 mai !

Du Bekkrell plein les sens et un titre instable, le ton est donné. Elles sont quatre, fascinées par la radioactivité et surtout par le caractère déséquilibrant de la matière et des relations. Débordantes d’énergie créatrice, leur premier spectacle remporte un franc succès au théâtre Monfort, malgré l’absence pour blessure d’un des piliers du quatuor.

Artistes, camarades, amies, acrobates, femmes, blagueuses, curieuses, affreux jojos, élèves, elles se sont rencontrées en 2009 au centre national des arts du cirque de Châlon-en-Champagne et ont monté l’aventure du groupe Bekkrell.

A travers elles, la scène est un immense champs d’investigation, elle vibre, résonne, se fait et se défait, à grands coups et à grands bruits -parfois amplifiés- de ferraille, on se croirait transportés sur des chantiers navals et cela tangue fort par moments comme sur un bateau en difficulté. Le spectateur suit alors ce rythme fait de tempête, chaos, calme, tempête, chaos, calme….

Grande créativité et beaucoup d'humour pour le spectacle "L'effet Bekrell", du groupe du même nom, au théâtre Monfort.
Grande créativité et beaucoup d’humour pour le spectacle « L’effet Bekrell », du groupe Bekrell, au théâtre Monfort.

Un mât chinois pour l’une qui parle aussi une langue non encore répertoriée, un fil où danse, s’éclate, dort, enfin, vit, la deuxième, une troisième qui fonctionne à l’explosion, de rire, de nerfs et réalise des pirouettes volantes, une dernière en démonstration d’apesanteur sur sa corde.

Pierre Meunier, homme de théâtre et metteur en scène à l’univers puissant, signe, à travers son regard et ses conseils, une mise en scène remarquable sous forme de fresque théâtro-circassienne par tableaux captivants.

La musique accompagne avec brio le spectacle, impose sa partition quand il le faut et ose le mélange ultra moderne-opéra qui participe à envouter un peu plus l’atmosphère.

Un vent de poésie souffle tout au long de ce spectacle-performance inédit. La lumière y joue un beau rôle. Elle semble puisée directement de la haute mer, des phares et balises lumineuses flottantes et nous embarque. La scène finale de naufrage rappelle à plusieurs titres « Le radeau de la méduse » du peintre Géricault et la beauté de ses couleurs de soleil rasant dans le noir fait mouche.

Isabelle Artus

« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort

Des « Histoires pour donner du courage »

Crédits photo : Laurent Sindrès

Savez-vous qu’il existe des histoires pour donner du courage ? Elles sont très anciennes et bien vivantes. La comédienne Nathalie Bentolila en a choisi quelques perles, les a mises en scène et les incarne dans son spectacle du même nom : « Histoires pour donner du courage ». Représentations au café-théâtre Kibélé, 12, rue de l’Echiquier à Paris 10e, le  13 mai et le 10 et 24 juin prochains. Une production « A part of the whole ».

Le lieu est convivial, la production aussi. Elle nous accueille avant le spectacle en nous proposant d’écrire sur des papiers de couleurs les deux voeux qui nous tiennent le plus à coeur. Le temps est suspendu et le moment précieux.

Crédits photo : Laurent Sindrès

La cave intime d’une cinquantaine de personnes et la boîte à voeux sont maintenant remplies. Des bougies diffusent une lumière apaisante. Sur la petite scène, le spectacle se révèle derrière un grand panneau circulaire transparent qu’un faisceau de lumière éclaire.

Femme de paroles qui donnent du courage

Nathalie Bentolila emmène la salle dans un voyage d’histoires au long cours qui font écho à nos propres limitations, nos peurs, nos doutes, nos rêves… pour atteindre les territoires de l’espoir.

Elle est entourée de délicates marionnettes orientales qu’elle manie à la baguette. Ensemble, elles partagent une foule de personnages et autant de paroles et d’accents chantant.

Crédits photo : Laurent S.
Crédits photo : Laurent Sindrès.

On entend « un roi qui vociféra qu’il ne croit pas aux rêves ni aux métaphores », on croise « un aigle qui se prenait pour une poule (…) jusqu’au moment où il vole (enfin !) et se confond avec le bleu du firmament ». L’histoire d’une drôle de vache « sur une trottinette qui grossissait le jour et maigrissait la nuit » et nous fait rire. Nous avons aussi la chance à un instant précis de « passer par la porte des décisions »

On sourit beaucoup, on est ému, les enfants, complètement conquis, participent, on rentre dans cet univers des contes traditionnels à la fois merveilleux, profondément humains et porteurs de clarté. Et quand Nathalie raconte le bon Yunus Emré, grand poète du soufisme, assise sobrement sur un tabouret, on découvre la conteuse à travers une histoire de grande sagesse, en partage.

On retrouvera bientôt Nathalie Bentolila dans Culturepositive à travers son portrait, révélateur d’une artiste multi talents qui poursuit son chemin avec indépendance.

Isabelle Artus

Réservation et critiques des spectateurs