Vibrante ode au Divin : « Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre »

Nathalie Bentolila et Antonin Gouilloud, les deux artistes du spectacle "Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre", une production A Part of the Whole.
Nathalie Bentolila et Antonin Gouilloud, les deux artistes du spectacle « Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre », une production A Part of the Whole.

C’est un spectacle hors du commun que « Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre », de la compagnie A Part of the Whole, au Kibélé. Pur, profond, amoureux, inattendu.

Sur la jolie scène intime, peu de lumière. Douceur, recueillement. Nathalie Bentolila, guitare basse en bandoulière et son ami Antonin Gouilloud, guitariste aussi, vont accompagner en musique le Maarif, un texte moyen-âgeux magnifique, pratiquement méconnu du public.

Ecrit par Bahauddin Valad, maître soufi persan et père de Rumi, qui deviendra lui aussi un maître soufi, le Maarif est un recueil de visions, de révélations, de conversations avec Dieu, de poèmes, de rêves, de plaisanteries, d’épisodes érotiques, d’astuces de jardinage…

Nathalie Bentolila l’a traduit en français, l’ouvrage s’intitule :   « Le livre noyé. Carnet d’extase et de vie pratique de Bahauddin, le père de Rumi ». Elle l’a ensuite adapté pour la scène, révélant au public ce document rare. Ainsi est né « Ta présence, poème électro-rock dans la pénombre ».

« Regarde cette fleur prodigieuse, qui ne peut être vue, mais dont le parfum ne peut être caché. Dieu est la fleur invisible. L’amour est la fragrance de la fleur, en tout lieu perceptible », dépose Nathalie sur les notes de son instrument.

« La saveur de l’expérience de l’amour ne peut être expliquée et aucune description n’en révèlera jamais le goût à quiconque. », confie le texte de Bahhaudin Valad, à travers la voix paisible de sa traductrice.

Isabelle Artus

 « Le livre noyé. Carnet d’extase et de vie pratique de Bahauddin, le père de Rumi » a été publié en 2013 par Artisans du Dialogue Orient-Occident, d’après la traduction anglaise de Coleman Barks et John Moyne : « The drowned book ».

Prochaines dates du spectacle :

Mardi 1er décembre 2015 puis les Mercredis 13 et 27 janvier 2016

Au Kibélé, 12 rue de l’Échiquier, Paris 10ème.

Une production A Part of the Whole

Un road movie « En quête de sens »

Attention merveille du cinéma ! Le film « En quête de sens » de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste est un road movie qui s’interroge et nous interroge sur la marche du monde. Un film espoir, un film à voir. Prochaine séance ce soir à l’Ecole supérieure de commerce et de développement, 3A-PARIS. 

Tous deux sont amis d’enfance dans la vraie vie.  Ils sont partis rencontrer les acteurs du changement au niveau international. Mais pas n’importe qui : ils ont étés bien conseillés et sont revenus avec des témoignages de personnes ressources hors du commun difficile d’approcher car loin de nous géographiquement, parfois même particulièrement isolées : un biologiste cellulaire, un jardinier urbain, un chamane itinérant ou encore une cantatrice présidente d’ONG. Que pensent ces grands acteurs de la vie du développement du monde, ces personnes rares et de bon sens ? Elles nous aident à mieux réfléchir, à tracer nos chemins de vie, elles nous éclairent.

Le voyage initiatique de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste « sur plusieurs continents est une invitation à reconsidérer notre rapport à la nature, au bonheur et au sens de la vie », nous dit leur site que je vous conseille d’aller vite explorer, avant leur film.

Isabelle Artus

VOIR LE FILM

Jeudi 29 Octobre à 18h : projection du film « En quête de sens » suivi d’une rencontre avec Marc de la Ménardière, co-réalisateur du film

Pour réserver votre place : contact-paris@ecole3a.edu

Ecole supérieure de commerce et de développement, 3A-PARIS. 01 85 08 36

LES AUTRES PROJECTIONS

Les fils de la terre

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Au premier plan, Benjamin Brenière joue l’ami, le juge, le photographe et un infirmier. A gauche, Sandrine Deschamps, ici dans le rôle la femme, joue aussi la représentante en cosmétiques et à sa gauche, Vincent Remoissenet, le fils. Crédits photos : Benoit Bouthors

Il est rare de sentir la bonne odeur du foin au théâtre. Rare aussi de regarder les visages immobiles des agriculteurs, emmurés dans leurs silences, à l’heure de la soupe.

Au Théâtre 13, jusqu’au 18 octobre, la pièce « Les fils de la terre », adaptée d’un documentaire d’Édouard Bergeon et mise en scène par Élise Noiraud, plonge le public dans le quotidien rude et endetté d’une famille de paysans français.

L’histoire repose sur le conflit entre un père et son fils Sébastien, héritier du domaine agricole ancestral, qui refuse de perdre sa vie à redresser la ferme. Elise Noiraud, la metteuse en scène, montre dans cette « tragédie rurale », c’est ainsi qu’elle qualifie son oeuvre, le glissement du fils dans le désespoir.

Un théâtre social qui visite les thèmes essentiels de la filiation, de la transmission de la culture familiale, de ses valeurs et de ses biens, du choc générationnel entre un père préservant les traditions et son fils aspirant à la modernité, de la justice impitoyable, de l’amour et de la haine, de la séparation, du suicide.

La scénographie est marquée par le bel usage de la lumière (création lumières Philippe Sazerat)ouvrant et refermant chaque scène domestique. Le son tient aussi une place importante (création sonore François Salmon et Adrien Soulier) avec une voix off qui raconte et commente ce conte contemporain, jamais très loin du documentaire.

La mise en scène sobre tourne autour des lieux clé de l’univers de la ferme : la salle de traite, le tas de foin, la cuisine, et aussi, du salon de l’appartement du fils Sébastien et de sa femme, en contrepoint.

Au premier soir de représentation, le public a été conquis par ce spectacle qui a obtenu le Prix du Jury et le Prix du Public au Prix Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène 2015.

Isabelle Artus

Avec
Benjamin Brenière l’ami, le juge, le photographe, un infirmier,
François Brunet le père,
Sandrine Deschamps La femme, la représentante en cosmétiques,
Julie Deyre la mère, la traductrice, la sage-femme, l’animatrice radio,
Sylvain Porcher le juriste, l’acheteur hollandais, un infirmier
Vincent Remoissenet le fils.

Création lumières Philippe Sazerat, Création sonore François Salmon et Adrien Soulier, Costumes Mélisande de Serres, Décor Baptiste Ribrault

Site du Théâtre 13 

Projection du documentaire « Les fils de la terre » 

Les déséquilibres de « Celui qui tombe »

© Geraldine Aresteanu
« Celui qui tombe » de Yoann Bourgeois. Crédits photo : Geraldine Aresteanu

Reprise du spectaculaire « Celui qui tombe » de Yoann Bourgeois au théâtre Monfort, jusqu’au 10 octobre. Une fresque acrobatique sur la gravité, l’équilibre, perdu, retrouvé, le lâcher prise.

Pour servir ce thème très humain, six acrobates sur un plateau mouvant de six mètres sur six. Ce terrain de jeu improbable se révèle être une puissante machine, au dispositif tournoyant, vibrant, déstabilisant, exténuant qui prend par moment des allures de bateau ivre en perpétuel mouvement.

Les six marins de haute mer très agitée devront petit à petit apprivoiser la mécanique du sol et ses mouvements imprévisibles, s’y amuseront même, valseront dessus, seront amenés à défier les lois de la gravité, et se retrouveront aussi tous à terre.

Une belle métaphore sur l’instabilité de la vie, parfois merveilleusement belle et aussi terriblement chaotique. Le spectateur se prend d’empathie pour ces six acrobates, emporté dans leur voyage à la recherche d’équilibre.

Isabelle Artus

Conception, mise en scène et scéno- graphie : Yoann Bourgeois assisté de Marie Fonte
Avec : Jean-Baptiste André, Mathieu Bleton, Julien Cramillet, Marie Fonte, Elise Legros et Vania Vaneau en alternance avec Francesca Ziviani lumière Adèle Grépinet

Son : Antoine Garry
Costumes : Ginette
Réalisation scénographie : Nicolas Picot, Pierre Robelin et Cénic construc- tions
Régie générale : David Hanse
production Christine Fernet et Maud Rattaggi

Production : Cie Yoann Bourgeois. Pro- duction déléguée MC2: Grenoble.

Site du Monfort

Un festival pour la paix

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La grande pagode bouddhiste du parc de Vincennes accueille le 1Oe Festival pour la paix, vendredi 18 septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus

Le dixième Festival pour la paix ouvre ses portes jusqu’à dimanche 20 septembre à 20h00 à la grande pagode bouddhiste du bois de Vincennes, à Paris. Une programmation riche et rare de concerts, contes, conférences, films, ateliers de yoga, de calligraphie, massages… Un événement associé à la construction du Temple pour la paix de Normandie, voué à accueillir des manifestations dans un esprit inter-religieux.

 La grande pagode de Vincennes: le site est en soi un havre de paix et il la cultive. Sous l’imposant toit pointu trône un gigantesque bouddha doré.

Micro à la main, le vénérable Lama Gyourmé, initiateur de la construction du Temple pour la paix de Normandie, ouvre le Festival. Il explique comment il a découvert le site « propice à la méditation » pour « construire un temple dédié à la paix dans le monde » qui a reçu les soutiens du Dalaï-Lama et du Karmapa.

Maître authentique, Lama Gyourmé enseigne le bouddhisme tibétain en France depuis 1974, date à laquelle ses propres maîtres, Kalou Rinpoché et le XVIe Karmapa lui ont confié cette mission.

Né au Bouthan en 1948 et confié au monastère à l’âge de 9 ans, il a reçu les enseignements bouddhistes complétés par un solide apprentissage des arts traditionnels dont le chant.

« Si vous achetez 1000 CD par personne, on pourra financer les travaux », lance t-il, d’un ton malicieux dont les maîtres ont le secret, évoquant les disques qu’il a enregistrés avec le musicien Jean-Philippe Rykiel au profit du futur temple.

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L’architecture du futur Temple de Normandie s’inspire de celle, traditionnelle, de Samyé, premier Temple érigé au Tibet, fondé par Padmasambhava au VIIIème siècle. Crédits photo : Isabelle Artus

« Transmettre la paix intérieure » 

 « On va inviter chaque année tous les chefs religieux à faire des conférences-débats, pour expliquer comment transmettre la paix intérieure », informe-t-il.

Le temple bouddhiste de Normandie « ne sera pas seulement un espace limité à la rencontre des différentes écoles du bouddhisme, mais un lieu favorisant les échanges entre les traditions bouddhistes, chrétiennes, juives, musulmanes et autres éloignées comme celles des indiens d’Amérique du Nord et les aborigènes d’Australie… », explique le site web dédié au Festival pour la paix .

« La congrégation organisera des rencontres entre les représentants de ces traditions spirituelles pour mieux faire connaître la diversité et les valeurs communes à toutes ces familles de pensée : leur contribution à un monde meilleur, le respect et la dignité humaine, la tolérance mutuelle, la volonté de Paix et la non-violence », explique le site.

La soirée d’ouverture du Festival pour la paix s’est poursuivie par un concert rare avec Masuda Tomoko, chanteuse d’opéra et thérapeute ayant étudié la médecine traditionnelle tibétaine, accompagnée d’une très gracieuse musicienne, Viviane Bruneau-Shen et ses différents anciens instruments à cordes.

Le lama Gyourmé et le trio Sarasvati, des musiciennes de musiques traditionnelles de Mongolie et d’Asie-Centrale, les ont ensuite rejointes pour un mantra chanté.

Conférence  « Ecologie et spiritualité »

Mathieu Labonne, directeur de l’équipe opérationnelle du mouvement Colibris créé par Pierre Rabhi, est alors intervenu dans une conférence sur le thème :       « Ecologie et spiritualité ». « Je vous incite à changer vos modes de vie, un chercheur spirituel se doit de réfléchir à tout ça », a t-il déclaré , prônant une écologie du vivre ensemble qui commence d’abord par soi-même et une cohérence entre l’être et le faire. Pour lui, « Il s’agit de retrouver un sentiment d’unité avec le Vivant ». 

Le scientifique a insisté sur les trois domaines de nos vies sur lesquels nous pouvons agir pour obtenir un résultat efficace sur le changement climatique : L’alimentation, le transport, et le mode de chauffage. Les circuits courts, les transports propres, les nouvelles habitudes de vie, l’isolation des logis…Cela produira une réelle différence.

Mathieu Labonne a enfin rappelé le mythe grec de Prométhée, faisant allusion au déluge dont parlait cette légende, correspondant à l’arrogance de l’Homme : « ce que nous sommes en train de vivre », a t-il conclu.

Isabelle Artus

> La grande pagode de Paris est située 40, route de la ceinture du Lac Daumesnil, 12e.

Les ailes de la vie

Plus que deux jours pour découvrir la cinquantaine d’œuvres de l’exposition « Créatures ailées et terrestres » de la peintre Mirta Gontad et de la photographe Anna Biret à la galerie de l’ambassade d’Argentine à Paris. Partez en un voyage pictural accompagné de Mirta Gontad, une artiste rare à la personnalité très attachante, le temps d’un entretien devant ses tableaux. Culturepositive l’a rencontrée.

La peintre argentine Mirta Gontad devant une de ses oeuvre à l'ambassade d'Argentine à Paris en septembre 2015. Crédits Photo : Isabelle Artus
La peintre argentine Mirta Gontad devant une de ses oeuvres à l’ambassade d’Argentine à Paris en septembre 2015. Crédits Photo : Isabelle Artus

: Y a t’il une continuation du travail que vous présentez avec celui de l’année passée ?

M : En réalité, je crois que le travail continue toujours. L’année passée, je parlais de l’espace qui étais autour de l’évident. Cette année, je parle un peu de la même chose, de figures mythiques ou qui évoquent l’enfance, ce que nous avons été, le paradis perdu. Certaines ont des ailes visibles qui se voient clairement.

Donc, je parle de ce qui est évident et de ce qui est présent mais moins évident. Il y a donc un « deuxième » regard.

Ce dernier existe quand la forme ou la situation est en connexion avec l’harmonie de l’univers. On peut le voir au quotidien, quand on est quelque part, moi, artiste de l’art plastique, je le vois depuis le visuel. Je suis dans un lieu et il y a une parfaite composition de couleurs. Tout est équilibré. Je me dis : « Alléluia ! ». L’univers est présent.

Les ailes ont trait à cette connexion qui, à un certain moment, n’est plus visible. C’est pour cela que je parle de « paradis perdu» et d’une évocation de l’enfance, un lieu mythique où tout était possible, où les choses magiques étaient réelles et qui, avec les conditionnements de la civilisation, nous font oublier cela. Mais il y a un instant où cela apparaît, peut apparaître de nombreuses façons. Seul le moment présent est réel, le reste est une illusion.

"Le paradis perdu" de Mirta Gontad. Crédits Photo : Isabelle Artus
« Le paradis perdu » de Mirta Gontad. Crédits Photo : Isabelle Artus 

J’ai travaillé cette année à partir de vieilles photos, il me semble que cela a à voir avec tout ça car l’enfance est ce lieu où tout est possible et que nous avons tous connu, cette connexion avec l’univers, nous l’avons tous vécu ; après, nous l’oublions. Cette connexion avec le « Tout » me paraît beaucoup plus facile pour un enfant. L’exposition s’appelle « Figures ailées et terrestres » précisément parce qu’on a associé l’ailé, le céleste au terrestre comme une partie du même « Tout », comme la totalité qui est désirée. Je crois que cela a à voir avec le fait de « sentir la totalité », qui est ce que tout un chacun perd après, retrouve, perd de nouveau…

 Ce sont des dessins avec de la couleur mais celle-ci est toujours aléatoire. Le dessin est le protagoniste et la couleur est travaillée en fonction de lui. Pour cette exposition, il y a surtout du dessin.

"Au bord du paradis", de Mirta Gontad. Crédits photo : Isabelle Artus
« Au bord du paradis », de Mirta Gontad. Crédits photo : Isabelle Artus

Devant un triptyque :  » C’est une embarcation sur l’eau avec des passagers. A côté, il y a une œuvre où l’on voit une petite fille (en gros plan) qui est comme au bord de l’eau ou de l’espace, cela s’intitule « Au bord du paradis ». Cela fonctionne comme triptyque et aussi séparé. Sur le dernier des trois, un petit garçon montre du doigt un des personnages, tous très serrés les uns aux autres dans une petite embarcation. Ce sont des encres et du crayon sur du papier de petites tailles, 30 sur 30 cm. Le dessin beaucoup plus intimiste que la peinture. Pour les grands formats, la peinture se fait avec tout le corps, c’est comme une danse.

 : D’où vient vôtre inspiration Mirta ?

M : « Normalement je travaille avec des modèles car j’aime le visage humain, sa perfection, -dans le sens de miracle de l’univers et non pas modèle de perfection – donc, je travaille avec un modèle vivant une fois par semaine à l’atelier et des vieilles photographies, après d’autres choses apparaissent qui complètent l’œuvre.

Je parle tout le temps plus ou moins de la même chose dans mon travail : l’ignorance de la totalité, du fait que les choses nous montrent une chose évidente que nous sommes tous conditionnés à voir mais elles disent toujours d’autres choses en plus.

C’est ma façon de voir la vie. Je suis dans un lieu et je vois ce que les images me racontent. Peut-être pas ce que les mots me disent. Ma capacité est de lire les images (de la vie), je perçois le monde ainsi et je l’apporte dans mes œuvres.

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« Alas de luz » de Mirta Gontad. Crédit photo : Isabelle Artus

: Je vois que vous êtes attirée par des situations positives où règne la beauté plutôt que la difficulté, la dureté, la violence …

M : Oui, je suis optimiste de nature, parfois aveuglément optimiste. Cela se voit sûrement dans mon travail. Mais il me semble que la beauté n’a pas à voir uniquement avec le bonheur mais plutôt avec un certain type d’harmonie qui peut aussi être une harmonie triste. Il me semble que tout fait partie de la même totalité qui parfois est plus triste ou plus joyeuse, parfois céleste ou terrestre mais où l’unité est présente.

I : L’exposition compte une cinquantaine d’œuvres et vous la partagez avec la photographe Anna Biret, polonaise et grande amoureuse de Cuba, dites-nous en deux mots

M :  «  La première fois que j’ai vu les œuvres d’Anna Biret, j’ai toujours pensé que nos travaux pouvaient être amis. Parce qu’elle a la capacité d’attraper l’instant présent. Elle travaille sans modèle. Quand son appareil photo disparaît, elle capte justement ce moment où il y a connexion ou « des ailes ». Des moments qui peuvent être transcendants. C’est cet instant que je recrée avec mes dessins. L’exposition fonctionne bien grâce à ça », conclue Mirta Gontad.

Isabelle Artus

Informations pratiques

L’exposition se situe à l’Ambassade d’Argentine, 6, rue Cimarosa, métro Boissière, dans le 16e arrondissement de Paris. Vérifier bien les horaires d’ouverture sur le site de l’ambassade :

Pour contacter l’artiste Mirta Gontad, vous pouvez lui écrire à : gontadmm@hotmail.com

– Voir la Vidéo des deux artistes réalisée par le service culturel de l’ambassade

La peintre argentine Mirta Gontad devant un de ses triptyque. Exposition "Créatures ailées et terrestres", Galerie d'Argentine, Paris, septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus
La peintre argentine Mirta Gontad devant un de ses triptyques. Exposition « Créatures ailées et terrestres », Galerie d’Argentine, Paris, septembre 2015. Crédits photo : Isabelle Artus

 

Balade matinale en Languedoc

Une ribambelle d'escargots ont élu domicile sur les herbes les plus solides. Crédit photo : Isabelle Artus
Sur la départementale près de Vias, une ribambelle d’escargots a élu domicile sur les herbes les plus vigoureuses. Crédits photo : Isabelle Artus
Il a plu la veille dans la nuit et ce matin, le ciel est encore chargé de nuages noirs. La campagne respire la terre humide. Cette marche matinale à la sortie du bourg de Vias, en Languedoc, me remplit de bonheur.
Sur la départementale assez chaotique par endroits, je ne croise aucune voiture, juste un cycliste en habit de courreur professionnel et un joggeur aux foulées régulières.
Calme plat donc à l’horizon. Le bas-côté de la route est peuplé de ribambelles d’escargots à la queue leu leu le long d’herbes sèches et de fenouils sauvages, par grappes. De délicats petits liserons roses, d’autres blancs, colorent l’herbe de ci, de là.
Je passe devant le champs des deux poneys dont le propriétaire s’occupe avec soin et beaucoup de présence. Son jardin potager, au milieu, a belle allure ; de la route, on peut en apercevoir les pieds de tomates dépasser, tout droits.
Près de Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Bas-côtés près de Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Un vol d’une dizaine de petits oiseaux en voyage de groupe se met à raser l’herbe plus loin. Ils semblent s’amuser. Un coq lance son chant dont la partition coupe l’atmosphère aussi sec. La joie m’envahit. Ces bruits qui rythment la campagne constituent pour moi de réels repères d’équilibre, un vrai soulagement de l’âme.
Tout d’un coup, l’envie me prend d’observer la campagne environnante en profondeur. Pourquoi les papillons sont-ils si rares ici et de nos jours en général ? Les sauterelles ont-elles disparu ? Je n’en vois pas. Je me souviens qu’en Provence, tous rivalisaient de couleurs. Avec mon frère et ma soeur, nous adorions donner un peu d’élan aux insectes sauteurs en touchant doucement leur arrière-train. Certains étaient bleus, d’autres rouges, jaunes, et jusqu’au dernier moment, c’est-à-dire leur saut, on se demandait quelle couleur avait leurs ailes.
Rencontre avec un habitant des bas-côté vers Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Rencontre avec un habitant des talus vers Vias, Languedoc. Crédits photo : Isabelle Artus
Ici, les amandiers sont « caffis » de fruits secs, un mot d’ici qui veut dire « pleins », leurs peaux épaisses devenues noires entrouvertes, découvrant les coques blondes.
Arrivée au carrefour de la route qui mène à l’exploitation viticole abandonnée et son magnifique ancien bâtiment aux dimensions gigantesques, je décide de faire demi-tour. Le temps me manque.
Puis, le soleil opère une trouée qui change totalement l’atmosphère alentour. Tout d’un coup, il fait très chaud. La promenade se termine.
A bientôt au détour des chemins de campagne.
Isabelle Artus
Crédits photo : Isabelle Artus
Crédits photo : Isabelle Artus

« Notre-Dame des Ronces » : Exquise balade littéraire

Crédits photo : Isabelle Artus
Crédits photo : Isabelle Artus

 

Par un heureux hasard, je suis tombée -en amour- sur le très joli recueil de nouvelles d’Anne Le Maître « Notre-Dame des ronces. Un été à Vézelay ».

L’écrivain y raconte de façon très visuelle, poétique et spirituelle, treize histoires glanées lors de ses cheminements dans la nature bourguignonne : « Rejoindre les moineaux », « Confiture de colère », « L’heure du liseron », « Mauvaises herbes », « Faire silence », etc… le lecteur emboîte avec plaisir le pas de cette artiste observatrice, regarde, découvre et ressent avec elle la beauté de son environnement.

Ce livre bijou fait partie de ces éditions rares qui nous parviennent de bouche à oreille la plupart du temps. De forme élancée, sa matière unique, de papier travaillé jaune très clair un peu épais, revêt un charme fou. On a plaisir à le feuilleter, tourner ses pages et le garder près de soi.

L’ouvrage est est né lors d’une résidence d’écrivain à la maison Jules Roy de Vézelay, l’été 2012, nous dit la dernière page. Anne Le Maître, aussi aquarelliste, a illustré « Notre-Dame des ronces » de délicats dessins ; on l’imagine dans les champs ou sur les chemins caillouteux, un crayon et un carnet de croquis à la main.

Attardons nous sur « Quand tout bascule ».

 « Ce soir, le soleil a décidé de se donner en spectacle (…) Je suis assise à la table de pierre. En descendant derrière le grand sapin, insensiblement, l’astre se teinte d’orange. Bientôt il frôle les bois de la Madeleine. Arrivé à quelques centimètres de la colline, il s’offre le caprice d’un nuage mauve qu’il enrichira d’un filigrane d’or en ses derniers rayons… »

L’auteur décrira la fresque vivante du soleil déclinant et son environnement, le chant d’un merle qui souhaite « bonne nuit ! » à qui veut l’entendre », « le serein qui tombe et lui mouille les pieds »…

Il fait bien bon parcourir la belle nature de « Notre-Dame des ronces » en compagnie d’Anne Le maître. Un conseil d’amie.

Isabelle Artus

Ce livre est édité aux Editions de la Renarde Rouge, 89510 Veron. Pour plus d’informations : http://renarderouge.fr

Haro sur les néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d’abeilles

Pollinisation.
Pollinisation. Crédits photo : Isabelle Artus

« Néonicotinoïdes » : ce mot complexe cache des neurotoxiques responsables de la disparition de colonies d’abeilles. Le forum « Pour l’interdiction des néonicotinoïdes », organisé le 24 juin dernier par les députés socialistes Delphine Batho, Gérard Bapt et Jean-Paul Chanteguet, aussi président de la Commission du Développement durable de l’Assemblée nationale, appelait les sénateurs et les députés à se mobiliser. Cet article reprend les temps forts du forum.

Un amendement au projet de loi sur la biodiversité, concernant les néonicotinoïdes, a été adopté dernièrement par les députés. Il prévoit de les interdire en France dès janvier 2016. Le débat doit continuer au Sénat dans les semaines à venir. « La bataille n’est pas gagnée tant que le processus législatif n’est pas achevé», lançait Jean-Paul Chanteguet, ouvrant le forum.

Les avis s’opposent concernant les néonicotinoïdes. D’un côté les protecteurs de l’environnement et de la biodiversité qui appellent à son interdiction. De l’autre, des industriels et des politiques qui estiment que le moment n’est pas venu pour les interdire, la filière n’ étant pas préparée à ce changement. Cela mettrait l’économie en péril, selon eux. Il y a aussi ceux, comme la commission des affaires économiques, qui renvoient l’arbitration à l’Europe, argumentant que, selon le droit européen : « la compétence en matière d’approbation des substances relève de la Commission européenne ».

Dix sept éminents intervenants étaient réunis au forum « Pour l’interdiction des néonicotinoïdes » autour de trois tables-rondes, allant d’apiculteurs aux scientifiques, de Greenpeace à la LPO et au WWF, de syndicalistes, au pharmacien et au médecin…

Une toxicité aigüe

Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS et membre de la task force internationale sur les pesticides systémiques, un groupement de chercheurs indépendants volontaires, présente les néonicotinoïdes : « Utilisés en agriculture pour plus d’une centaine d’usage, dans plus d’une centaine de pays, pour les fruits, les céréales, les légumes, la foresterie, le bétail et les animaux domestiques. Depuis les années 90, leur vente augmente. En France, on constate que l’un des quatre néonicotinoïdes utilisés est plus de 7000 fois plus toxique pour les abeilles que le DDT, alors que les quantités à l’hectare sont seulement deux à six fois inférieures, précise le chercheur. La survie de l’espèce est compromise (…), précise le chercheur.

Au niveau de l’écosystème, les néonicotinoïdes contaminent surtout les sols, jusqu’à plusieurs années, les eaux de surface et les eaux profondes, par transfert. Tous les compartiments de la nature sont atteints, poursuit-il, exposant un très grand nombre d’espèces non-ciblées. La situation est alarmante pour les invertébrés aquatiques. Une étude a montré qu’aux Pays-Bas, les oiseaux communs comme les passereaux, les hirondelles, les grives, sont en déclin rapide à cause de la contamination par l’eau de surface.

Le tout récent rapport de l’EASAC, European Sciences Advisory Council, confirme nos conclusions sur les effets des néonicotinoïdes sur la biodiversité et les services écosystémiques nécessaires à l’agriculture, ajoute le scientifique qui termine son exposé résumant : Les néonicotinoïdes constituent une cause majeure de la perte des pollinisateurs et compromettent la stabilité de l’écosystème. Ils constituent aussi une menace sur la sécurité alimentaire en terme de quantité à produire et de contamination de la nourriture. L’utilisation présente des néonicotinoïdes n’est pas durable, conclue t-il. Si vous voulez sauver les abeilles, il va falloir arrêter d’empoisonner nos campagnes ! », exhorte Jean-Marc Bonmatin.

L’abeille est une sentinelle

Pour l’apiculteur de Vendée Franck Aletru, la France figurait « parmi les premiers producteurs de miel » avant l’apparition de nouveaux produits dans les années 90 et leur autorisation de mise sur le marché (AMM).

Gilles Lanio, président de l’UNAF, l’Union Nationale de l‘Apiculture Française et apiculteur, témoigne de « l’effondrement d’environ 30 % des colonies depuis quelques temps », ce qui « met en péril » son métier. L’abeille est une sentinelle, ajoute t- il. C’est tout notre environnement qui est en train de s’écrouler. »

 Joël Schiro, du SPMF, le syndicat des producteurs de miel de France, parle de « stupéfiante catastrophe écologique » et pose la question : « comment faire pour protéger efficacement les cultures sans impacter les pollinisateurs ? »

« Travailler avec la terre et pas contre elle » 

 Laurence Abeille, députée du Val-de-Marne, ajoute : « c’est du changement du modèle agricole dont il est question. » Dans la salle, le représentant de la Confédération paysanne intervient : « Le paysan doit travailler avec la terre et pas contre elle » et demande à revoir la destination des fonds de la PAC.

Le Dr Lorenzo Furlan, de son côté, préconise la méthode de lutte intégrée et l’application de la directive 128 dans tous les états membres européens. Elle instaure « un cadre d’action communautaire pour parvenir à une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable. »

Le Pr. Marco Lopesani, coordinateur du programme de surveillance et de recherche en apiculture APENET, témoigne de « la perturbation de la capacité des abeilles à reconnaître une odeur et de nombreuses autres dysfonctionnements de l’insecte pollinisateur. »

« On a besoin de mesures immédiates »

« Il faut exiger la réévaluation des néonicotinoïdes sans attendre », déclare Philippe Juvin, pharmacien expert des règlementations chimiques européennes qui réclame plus de transparence. Pour Bertrand Pancher, il s’agit d’un « défi environnemental et démocratique. » Puis, évoquant son père éleveur d’abeilles, il dit comprendre aujourd’hui « pourquoi elles sont déséquilibrées. On a besoin de mesures immédiates », conclut-il.

 Pierre-Henri Gouyon, président de la fondation Nicolas Hulot, biologiste et agronome, Pr au muséum national d’Histoire naturelle, a ensuite lu le message de Nicolas Hulot : « Nous devons tous développer des alternatives (…) Nous avons une grosse difficulté : l’indépendance des experts est de moins en moins garantie. (…) De plus en plus de scientifiques sont de plus en plus dépendants des sociétés privées, les laboratoires sont de plus en plus financés par les industriels. »

 « Le renouvellement des populations n’est plus assuré »

Pour sa part, Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, ligue de protection des oiseaux, a indiqué que malheureusement, les oiseaux aussi étaient durement impactés par les néonicotinoïdes. Comme les abeilles, ils sont d’excellents indicateurs des perturbateurs et le renouvellement des populations n’est plus assuré. « Nous assistons de visu à l’effondrement de la biodiversité », a t-il conclut.

« Il faut en appeler au courage politique », lance Jean-David Abel, vice-président de France-Nature-Environnement, appelant le pays à s’engager de façon ferme à « baisser l’utilisation des pesticides ».

« Il faut transformer notre modèle de production agricole »

« Les néonicotinoïdes sont pour nous un symbole de type d’agriculture qui va dans le mur », déclare le Dr général de Grenpeace Jean-François Julliard qui affirme : « Il faut transformer notre modèle de production agricole. La France doit pousser la dedans, sans attendre l’Union Européenne. Il faut demander des comptes aux acteurs de la grande distribution. » Il pointe ensuite le fait que l’Europe ne fait pas preuve d’esprit scientifique en cédant à la pression des lobbies des firmes.

Il reviendra à la directrice de programme du WWF, le Fonds mondial pour la nature, de montrer une image choc d’ouvriers chinois munis de pulvérisateurs qui pollinisent les arbres fruitiers à la mains. Les abeilles décimées ne sont plus là pour le faire. « L’agriculture devrait faire partie de la solution », déclare t-elle, proposant « d’offrir des lieux de pollinisation. » 

Pour finir, remarquons qu’il est dommage de ne pas avoir entendu s’exprimer des industriels concernés. Seul, un producteur de betterave a pris la parole dans la salle, expliquant qu’il n’était pas contre l’utilisation d’autres pratiques de production plus écologiques mais qu’il n’était pas prêt pour le moment à procéder à ce virage.

Forts de toutes ces connaissances, quel modèle de société favorisons-nous aujourd’hui, pour notre monde demain ?

 VIDEO : Pollinis : Intervention du Dr Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS, vice-Président de la Taskforce sur les pesticides systémiques, spécialiste des neurotoxiques

Isabelle Artus

« L’Effet Bekkrell », naissance d’un style

"L'effet Bekkrell" au théâtre Monfort. Crédit photos :  Massao Mascaro
« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort. Crédit photos : Massao Mascaro

L’« Effet Bekkrell (titre instable) », premier spectacle du jeune groupe Bekkrell, est total, fort, personnel, nouveau. A découvrir vite, jusqu’au 16 mai !

Du Bekkrell plein les sens et un titre instable, le ton est donné. Elles sont quatre, fascinées par la radioactivité et surtout par le caractère déséquilibrant de la matière et des relations. Débordantes d’énergie créatrice, leur premier spectacle remporte un franc succès au théâtre Monfort, malgré l’absence pour blessure d’un des piliers du quatuor.

Artistes, camarades, amies, acrobates, femmes, blagueuses, curieuses, affreux jojos, élèves, elles se sont rencontrées en 2009 au centre national des arts du cirque de Châlon-en-Champagne et ont monté l’aventure du groupe Bekkrell.

A travers elles, la scène est un immense champs d’investigation, elle vibre, résonne, se fait et se défait, à grands coups et à grands bruits -parfois amplifiés- de ferraille, on se croirait transportés sur des chantiers navals et cela tangue fort par moments comme sur un bateau en difficulté. Le spectateur suit alors ce rythme fait de tempête, chaos, calme, tempête, chaos, calme….

Grande créativité et beaucoup d'humour pour le spectacle "L'effet Bekrell", du groupe du même nom, au théâtre Monfort.
Grande créativité et beaucoup d’humour pour le spectacle « L’effet Bekrell », du groupe Bekrell, au théâtre Monfort.

Un mât chinois pour l’une qui parle aussi une langue non encore répertoriée, un fil où danse, s’éclate, dort, enfin, vit, la deuxième, une troisième qui fonctionne à l’explosion, de rire, de nerfs et réalise des pirouettes volantes, une dernière en démonstration d’apesanteur sur sa corde.

Pierre Meunier, homme de théâtre et metteur en scène à l’univers puissant, signe, à travers son regard et ses conseils, une mise en scène remarquable sous forme de fresque théâtro-circassienne par tableaux captivants.

La musique accompagne avec brio le spectacle, impose sa partition quand il le faut et ose le mélange ultra moderne-opéra qui participe à envouter un peu plus l’atmosphère.

Un vent de poésie souffle tout au long de ce spectacle-performance inédit. La lumière y joue un beau rôle. Elle semble puisée directement de la haute mer, des phares et balises lumineuses flottantes et nous embarque. La scène finale de naufrage rappelle à plusieurs titres « Le radeau de la méduse » du peintre Géricault et la beauté de ses couleurs de soleil rasant dans le noir fait mouche.

Isabelle Artus

« L’effet Bekkrell » au théâtre Monfort