« En attendant Godot » : l’épreuve du temps

Les personnages burlesques de la fameuse pièce  » En attendant Godot  » de Samuel Beckett « , interprétés par la compagnie du Bredin de Laurent Vacher. Crédits photo : Christophe Raynaud de Lage
Les personnages burlesques de la fameuse pièce  » En attendant Godot  » de Samuel Beckett « , interprétés par la compagnie du Bredin de Laurent Vacher.
Crédits photo : Christophe Raynaud de Lage

Laurent Vacher est un metteur en scène singulier qui aime faire bouger les lignes en douceur mais en profondeur. Il s’attaque souvent à des thèmes relatifs à la place de l’homme dans notre société et le spectateur se sent entraîné dans une réflexion sur son rapport au monde. C’est le cas avec « En attendant Godot », la célèbre pièce de Beckett, actuellement au théâtre Jean Arp jusqu’au 24 janvier 2015.

Ce texte compte beaucoup dans la trajectoire théâtrale de Laurent Vacher, à la fois inspirateur, moteur et miroir de son activité d’homme de théâtre. Découvert dès son pensionnat, il l’accompagnera tout au long de sa carrière jusqu’à aujourd’hui.

Le metteur en scène a choisi de camper l’histoire dans un « no man’s land » de zone urbaine. Il confie avoir voulu montrer le « chaos de l’époque actuelle à l’économie défaillante ». Les deux sans domicile fixe Vladimir et Estragon sont assis sur d’énormes conduites d’eau rouges. De la première didascalie « Route à la campagne avec arbre. Soir. », il reste la sobriété et le dépouillement du décor voulus par l’auteur. L’arbre est représenté par une sorte de mât de navire sans voile, donc sans direction, mais avec des antennes. Une paire de baskets flottent en l’air sur un fil tendu.

Extrême dépouillement aussi chez ces deux compères très clownesques qui n’ont plus rien que la parole et le temps pour exister. Ils attendent donc Godot qui ne viendra pas mais dont ils sont sûrs qu’il viendra.

A travers eux, se profile une réflexion sur le temps qui passe inexorablement, ce bien très précieux après lequel on court, que l’on essaye de rattraper, qui nous manque toujours. Ici, il s’égrène, s’étend, se multiplie, on ne sent plus que lui et il en est palpable. Et nous, que faisons-nous de notre temps ? Sommes-nous aussi dans l’attente d’un Godot imaginaire, bon prétexte à notre immobilisme ? Laurent Vacher précise avoir placé les « acteurs face au public, une volonté de la mise en scène pour plus de connivence avec les spectateurs ».

Pour lui, cette pièce représente « une épreuve physique et intellectuelle ». Les comédiens, tous excellents, réalisent une performance de plus de deux heures où l’on ne s’ennuie jamais. Certaines scènes feront éclater de rire la salle, à l’image du tandem Pozzo/Lucky, deux rôles de composition, tout puissant manipulateur tenant à bout de corde sa victime manipulée.

Sous des allures comiques très distrayantes, cette pièce nous titille et nous questionne et nous en ressortons encore plus vivants.

Isabelle Artus

– « En attendant Godot » au théâtre Jean Arp de Clamart« 

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