« Charlie Hebdo, héros modernes du combat pour la liberté »

Enfants qui jouent dans le Haut-Atlas, Maroc. Crédits photo : Isabelle Artus
Enfants qui jouent dans le Haut-Atlas, Maroc.
Crédits photo : Isabelle Artus

Vous qui me suivez, je voudrais vous souhaiter mes vœux sincères de bonheur pour cette nouvelle année 2015. S’ils revêtent une couleur profonde, j’aimerais qu’ils prennent la  forme de fleurs, de rires d’enfants et de joie et non pas de pleurs. Des formules comme « Peace and Love », « Plus jamais ça », « Not in my name » me viennent à l’esprit… autant de prières criées au monde actuel dans l’espoir qu’un vent de paix les relaient au delà des frontières, vite et pour longtemps.

Souvent, le mot « paix » m’a été proche. Plus que jamais aujourd’hui, après l’attentat odieux contre le journal satirique Charlie Hebdo hier matin mercredi 7 janvier 2015 à Paris et qui a coûté la vie à douze victimes, principalement journalistes et caricaturistes. Il marque une étape de la barbarie terroriste encore jamais atteinte en France car c’est bien la liberté d’expression et notre civilisation qui étaient d’abord visées.

Hommage à eux : quatre dessinateurs parmi les meilleurs : Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, les chroniqueurs Bernard Maris et Elsa Cayat, le correcteur Mustapha Ourrad, le globe-trotteur Michel Renaud, l’agent d’entretien Frédéric Boisseau, le brigadier Franck Brinsolaro et le policier Ahmed Merabet.

« Il faut qu’on sorte un journal, on va l’écrire avec nos larmes »

« Ils ont abattu des gens qui étaient en train de débattre de la lutte contre le racisme », a déclaré en larmes ce jeudi 8 janvier au matin le chroniqueur et urgentiste Patrick Pelloux sur la radio publique France Inter. Il n’était absent pour la conférence de rédaction qui réunissait toute l’équipe du journal car il avait une réunion concernant son activité d’urgentiste. « Viens ! On a besoin de toi », lui a lancé un collègue. Patrick Pelloux a crû à un canular. Arrivé sur place quelques minutes après la tuerie, il refuse d’expliquer ce qu’il a vu mais il témoigne dans tous les médias, inconsolable, la mémoire de ses amis et collègues. « Il faut qu’on sorte un journal, a t-il affirmé, on va l’écrire avec nos larmes. On a pas le droit de céder. »

Des milliers d’anonymes solidaires

La surprise positive est venue de tous les anonymes du monde entier qui ont envahi le jour même spontanément les places des villes pour répondre à l’appel « Nous sommes tous Charlie », lancé sur les réseaux sociaux. Des milliers de personnes se sont sentis concernés par cet événement tragique. « Ca pourrait être vous et moi », ont ils relayé. Les journaux dans toutes les langues ont titrés cette infamie ce matin, au lendemain des faits. La France est en deuil mais debout, lisait-on. Elle a reçu le soutien de nombreuses nations, unies dans ce malheur qui menace la planète, telle une gangrène à stopper de toute urgence.

Robert Badinter, ex-ministre de la Justice française, qui fait autorité et auquel la presse fait souvent appel dans des circonstances graves, déclarait ce matin sur France Inter : « Charlie Hebdo était à l’avant-garde, champion de la liberté de la presse. Ce sont des héros modernes du combat pour la liberté ». Les terroristes « visaient la liberté », a t-il ajouté.

« Le temps est venu pour nous rassembler »

Pour sa part, le philosophe Abdennour Bidar a invité les musulmans « à prendre la part de la douleur collective. Le temps est venu pour nous rassembler autour de la liberté d’expression. (…) Ce qui nous menace est la suspicion vis-à-vis des musulmans », a t-il confié.

C’est ce que je redoute aussi et Robert Badinter l’a signalé très vite : l’amalgame entre ces terroristes, peu nombreux mais qui essayent d’effrayer la terre entière, et les musulmans qui ont choisi cette religion, tout simplement. Mais, comme me le disait ma voisine algérienne encore tremblante : le Coran n’a jamais dit de tuer quiconque ». Et nous avons connu l’inquisition, mais c’était au Moyen-âge, une période tout aussi sombre et cruelle. Depuis, notre civilisation s’est battue pour les droits de l’Homme, bien que souvent ils soient bafoués.

Pour 2015, je vous souhaite ce que vous souhaitez pour vous même mais aussi paix, amour, tolérance et discernement.

Isabelle Artus

Le minute par minute de l’AFP, l’agence France Presse

Revue de presse de France Inter le 8 janvier 2015

Une réflexion au sujet de « « Charlie Hebdo, héros modernes du combat pour la liberté » »

  1. Merci de cet article, qui exprime bien notre douleur à tous. Transformer une religion pacifiste en crime terroriste est d’une lâcheté immonde.

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