Carolyn Carlson l’enchanteresse de la danse

Après neuf ans à la tête du Centre Chorégraphique National de Roubaix, l’enchanteresse de la danse contemporaine Carolyn Carlson entame une résidence de deux ans au théâtre de Chaillot à Paris. Elle vient d’y présenter avec ses danseurs sa dernière création « Now » qui partira bientôt en tournée. Revenons sur les pas de cette artiste au parcours exceptionnel.

La chorégraphe de danse contemporaine CarolynCarlson. Crédits photo : François Ede

« Grande éclaireuse« , « Une des plus grandes pédagogues de l’art chorégraphique » , les superlatifs fusent pour qualifier l’influence de plus de quarante ans de Carolyn Carlson sur la danse contemporaine.

« Danseuse mais poète avant tout »

La plus française des chorégraphes américaines se définit elle même comme « danseuse mais poète avant tout » et préfère le terme de « poésie visuelle » pour parler de ses chorégraphies. « La poésie est la base de mon travail, les pas viennent après », d’ailleurs, elle ne les écrit jamais, car « mon coeur est dans mon regard, ma perception est visuelle », précise-t-elle. Carolyn Carlson dessine d’abord ses scènes, à la manière d’une scénographe.

Héritière de l’école Alwin Nikolaïs

Elle a été formée à l’école novatrice de l’Américain Alwin Nikolaïs (1910-1993), créateur majeur de la danse de la fin du XXe siècle, dont un grand nombre de pièces à marqué l’histoire de la danse, et deviendra soliste de sa compagnie.

Multi talentueux, poète, danseur, chorégraphe, marionnettiste, compositeur, peintre, sculpteur, informaticien, il se tournait déjà vers les technologies de pointe, comme Carolyn Carlson plus tard. Son enseignement alliait la spontanéité de la libre invention et de l’imaginaire à la rigueur de l’exécution, maniant fantaisie et humour. Il posera « des questions essentielles sur la place et le rôle de l’homme dans l’univers « . L’héritage se précise.

De cette filiation des conceptions du mouvement, de la composition et de la pédagogie d’Alwin Nikolaïs, naîtrons, comme lui, plus d’une centaine de pièces, qui feront aussi date dans la grande histoire de la danse.

De « Density 21,5 » à « The Year of the horse », de « Blue Lady » à « Steppe », de « Maa » à « Signes », son prodigieux succès aux couleurs vives des gigantesques peintures d’Olivier Debré, de « Writings on water » à « Inanna ». En 2006, la Biennale de Venise la couronnera du premier Lion d’Or jamais attribué à un chorégraphe.

Nomade

La chorégraphe californienne aime à se dire « nomade ». Depuis son arrivée en France en 1971, son parcours aux quatre coins de l’Europe en témoigne.
Etoile-chorégraphe au Ballet de l’Opéra de Paris (GRTOP ) de 1974 à 1980, elle prend la direction artistique du Teatrodanza La Fenice de Venise pour quatre ans.

En 1985, elle est en résidence au Théâtre de la Ville à Paris jusqu’en 1991 puis l’année suivante au Finnish National Ballet et au Helsinki City Theater Dance Company.

A partir de 1994, elle sera à trois reprises directrice artistique, du Ballet Cullberg, Stockholm de 1994 à 1995, de la section danse de la Biennale de Venise de 1999 à 2002 et de son propre atelier, l’Atelier de Paris-Carolyn Carlson, sur le site de la Cartoucherie.

Elle prendra ensuite la direction du Centre Chorégraphique National Roubaix Nord-Pas de Calais de 004 à 2013 puis créera en 2014 la Carolyn Carlson Dance Company avant de s’installer en résidence au Théâtre national de Chaillot.

« Now »

Dans son dernier spectacle « Now », le premier de sa résidence à Chaillot, la diva nous invite à nous ancrer dans le présent, celui du fameux concept bouddhiste « Ici et maintenant ». Elle cite d’ailleurs le Dalaï Lama : « Il y a juste deux choses pour lesquelles nous ne pouvons rien faire : hier et demain ».

Cette fois-ci, Carolyn Carlson a puisé son inspiration dans la pensée du philosophe français Gaston Bachelard dans son ouvrage « La poétique de l’espace ». Il y développe   l’« intimité du microcosme allant vers le macrocosme », explique t-elle, en expliquant « car nous vivons dans nos espaces mais en même temps, nous faisons partie de la nature et ne devons pas l’oublier ».

« Now » claque comme une certitude et sonne le rappel d’agir pour « la possibilité de changer nos vies et le monde, maintenant », dit la chorégraphe. Ce spectacle est imprégné de philosophie et de spiritualité. Elle le compare d’ailleurs à « Une métaphore méditative d’une heure et vingt minutes ».

Carolyn Carlson y fait aussi référence au qi gong, au tai chi et aux arts martiaux chinois d’inspiration taoïste,s à la fois gymnastiques de santé et voies spirituelles. Elle confie avoir « beaucoup appris » de ces disciplines « parce qu’elles travaillent avec la nature », précise t-elle. La nature, autre thème fort récurrent dans ce spectacle. On retrouve les influences de ces enseignements orientaux dans les gestes de ses danseurs et particulièrement dans le solo du Japonais Yutaka Nakata.

Collaboration avec le compositeur René Aubry

On ne peut évoquer l’oeuvre de Carolyn Carlson sans parler de sa collaboration avec René Aubry, le compositeur qui signe depuis longtemps la musique originale de ses chorégraphies. A travers ses mélodies, véritables histoires musicales reconnaissables entre mille, toujours harmonieuses mais aussi facétieuses, parfois mixées à des bruits du quotidien et de machines, il oeuvre à l’unité des spectacles. Il est actuellement à l’honneur au théâtre de Chaillot à travers un montage de films qui rend hommage à leur duo Carlson-Aubry. (voir ci-dessous)

Transmettre techniques et répertoire

Reconnue pour ses qualités de pédagogue, la chorégraphe tient beaucoup à la transmission des techniques d’Alwin Nikolaïs qu’elle propose sous la forme de master class aux professionnels de la danse et du spectacle vivant, chaque saison. Le public peut assister gratuitement à leur restitution.  La prochaine aura lieu au théâtre de Chaillot le 10 janvier 2015 à 15h.

Elle est aussi souvent sollicitée en France et dans le monde entier par les ballets d’Opéra, grands conservatoires, chorégraphes, associations, pour transmettre des extraits de son répertoire.

Concluons cette esquisse de portrait de la danseuse poète par quelques phrases de « La poétique de l’espace » de Gaston Bachelard : « La sublimation, dans la poésie, surplombe la psychologie de l’âme terrestrement malheureuse. C’est un fait : la poésie a un bonheur qui lui est propre, quelque drame qu’elle soit amenée à illustrer ».

Films présentés au Grand foyer du théâtre de Chaillot  jusqu’au 27 novembre 2014, si vous venez voir un spectacle :

– Undici Onde – 1981 (2’40)
– Underwood – 1982 (3’41)
– Slow, heavy and blue – 1984 (4’54)
– Blue Lady – 1984 (12’11)
– Still waters – 1986 (4’47)
– Steppe – 1990 (3’51)
– Signes – 2004 (11’31)

Sinon, cliquez ici pour visionner la collection de vidéos réalisée par l’Atelier de Paris/CDC :

La tournée de « Now »

La distribution de « Now »

« Mandala », prochaine short story le 13 janvier 2015 (représentation composée de plusieurs pièces, par les danseurs de la Carolyn Carlson Company)

Qui était Alwin Nikolaïs, par l’Encyclopédie Universalis 

Isabelle Artus

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