Aspirés par Le Vide

Dans « Le vide », au théâtre Monfort jusqu’au 11 octobre, le cordeliste Fragan Gehlker défit la peur et la loi de la gravité.

"Le Vide", au théâtre Monfort jusqu'au 11 octobre 2014. Crédits photo : Fratellini.
« Le Vide », au théâtre Monfort jusqu’au 11 octobre 2014. Crédits photo : Fratellini.

Avec une prise de risques très forte augmentant crescendo et atteignant les sommets du chapiteau à 22 mètres de haut, il emporte le public dans son histoire.

Le spectacle fait allusion à l’essai d’Albert Camus « Le mythe de Sisyphe ». Sisyphe est aux enfers, condamné à faire rouler un rocher sur une pente. Lorsqu’il arrive tout en haut, le rocher retombe et il doit recommencer sans cesse. Camus y évoque la vie comme éternel recommencement, régie par l’absurde. Le spectacle semble en faire autant.

Une scène dépouillée. Neuf cordes, un matelas surhaussé, pas de filet. La salle est comble. Fragan Gehlker se prépare devant le public. Il grimpe à une corde qui aussitôt tombe. Il remonte à une autre et il retombera mais rien ne l’arrête. Continuer, toujours plus haut, bravant le danger.

Fragan Gehlker, spectacle "Le vide" au théâtre Monfort, jusqu'au 11 octobre 2014. Crédits photo : Fratellini

La bande sonore très travaillée mixe des bruits de foire, de cirques, des archives aux voix d’un autre temps. C’est le domaine d’Alexis Auffray qui évolue avec lui en duo sur le plateau pour le son, le violon et la technique. Il apparaît et disparaît de la scène, mettant tour à tour en route un transistor, un Revox enregistreur de bandes magnétiques ou jouant du violon, ponctuant le spectacle d’une mélodie profonde.

La circassienne Maroussia Diaz Verbeke boucle le trio. Elle a travaillé sur plusieurs « essais » avec Fragan Gehlker, signe ici la dramaturgie et poursuit un travail d’écriture dans la durée sur le vide.

Fragan Gehlker enchaine une multitude de figures qui le projettent parfois plusieurs mètres plus bas. Puis il paraît en apesanteur sur une corde, stoppé parfois net en pleine descente. Le temps s’arrête alors : le vide est partout sous lui et le public retient son souffle. Puis il disparaît complètement…

Les crépitements d’applaudissements attestent que cet essai de cirque au théâtre Montfort est bel et bien réussi.

Isabelle Artus

Le Vide au théâtre Monfort

2 réflexions au sujet de « Aspirés par Le Vide »

  1. Me gustan mucho los artículos de Isabelle Artus. Te envuelve la atmósfera del evento y al leerlos, es casi como haber estado allí. Elevan el espíritu y es posible saber que muchas más personas de las que suponemos, trabajan en el mundo por la belleza y la cultura.

    1. Merci Ana, connaissant ton esprit toujours très positif, je suis d’autant plus heureuse de lire tes commentaires. Je reprendrais juste ta dernière phrase :  » beaucoup plus de personnes que celles que nous supposons travaillent dans le monde pour la beauté et la culture ».

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