Rencontre avec des artistes de théâtre de rue

La compagnie Annibal et les éléphants et le collectif Bonheur Intérieur Brut

Chose promise, chose due. Culturepositive avait annoncé partir à la rencontre d’artistes et de leurs univers, c’est le cas cette semaine, à l’occasion du 4e festival des arts de la rue et du cirque de La Défense, appelé aussi La Défense Tour Circus 2014.

Pendant trois jours, du 4 au 6 septembre, une vingtaine de compagnies de rues s’est produite sur le grand plateau minéral d’un des principaux spots du business européen. Contraste frappant et vivifiant.

Véronique, la programmatrice de l’événement est enthousiasmée par le lieu : « C’est une fantastique scène en plein air, immense », d’ailleurs, elle circule en trottinette sur l’Esplanade et a du créer « un parcours numéroté pour s’y retrouver ».

Comment a-t-elle choisi les troupes ? « Le choix du tonnage s’imposait », précise t-elle. Ensuite, c’était selon ses coups de cœur et quelques compagnies qui plaisent au public, « il faut aussi s’ouvrir à ça » ; mais allez voir le collectif Bonheur Intérieur Brut, il jouent en ce moment !

Le collectif Bonheur Intérieur Brut dans sa déambulation « Courage restons », La Défense Tour Circus 2014 .
Le collectif Bonheur Intérieur Brut dans sa déambulation « Courage restons », La Défense Tour Circus 2014 .

Avec un nom de compagnie pareil, on pouvait s’attendre à de la profondeur. « Courage restons » est un spectacle sur les peurs que nous vivons, qui nous bloquent, nous paralysent même, nous empêchent d’être heureux.

Cinq comédiens composent ce collectif Bonheur Intérieur Brut. Chacun porte avec lui un carré rigide fait de planches de bois ouvert sur le haut et le bas. Au début, on ne voit pas leurs visages, cachés par cet accessoire qui semble refléter leur enfermement. Ils s’y glissent dedans, ils ne peuvent s’en détacher. Est-ce un choix ? Que leur arrive t-il ?

Puis, ils interagissent, se frottent, s’évitent, se passent à côté, se plaisent, se tournent autour, s’aiment, s’embrassent, se repoussent, se détestent, vont et viennent. Fragments du quotidien. Ensuite, un par un, ils déroulent leur propre histoire.

Une amoureuse qui peine à dire « Je t’aime » et plein d’autres histoires fortes de la vie ordinaire.

Frédéric Fort, monsieur loyal du théâtre forain Annibal et ses Eléphants.
Frédéric Fort, monsieur loyal du théâtre forain Annibal et ses Eléphants.

Frédéric Fort est un être à part. Il vit à la manière de Molière au XVIIe siècle, se déplaçant de villes en villages avec la troupe de son théâtre forain « Annibal et les éléphants » qu’il dirige.

Nous faisons de la « comédie grandiose, du théâtre sociologico burlesque », explique t-il, « de la pantomime blanche et du muet, mais laissez-moi vous conter l’histoire fondatrice de la famille du cirque Annibal, sept générations vous savez ! », précise t-il malicieux. Avec lui, on ne sait jamais quand il dit la vérité.

Trois auteurs et acteurs, deux metteurs en scène, des camions, une scène, des rideaux de velours rouge et quelques gradins, le reste du public s’asseyant par terre, voici le dispositif scénique et les présentations faites.

Les lieux où ils plantent leurs décors sont souvent improbables ; sous les nuages, tout en haut des montagnes pyrénéennes, au Plateau de Beille, pour le festival de grands Chemins en 2010 ou récemment celui du Tour Circus à La Défense, entre les tours en acier et en béton. Anachronique, décalé et vivifiant.

Frédéric Fort a été pris par l’engouement du théâtre de rue des années 80. Après des débuts « à la manche et au noir », il s’est professionnalisé avec le festival international d’Aurillac, une référence en la matière.

Un bon bout de carrière après, il incarne monsieur Loyal sur l’Esplanade de la Défense, avec son compère Roger Cabot, dans trois histoires abracadabrantes : « La bête », « Le film du dimanche soir » et une adaptation défrisante des « Misérables ». Dans la première, une bête foraine est exhibée, qui devrait être un monstre mais qui s’avère bourrée de talent.

Le public se presse pour écouter. Dans un débit incessant, citant tantôt Shakespeare, tantôt Feydeau, La Fontaine, le général de Gaulle ou sa gardienne, Monsieur loyal interpelle un « baron » récalcitrant, c’est à dire un faux spectateur, dans le jargon, et troisième larron de l’équipe.

« Le rire, c’est vraiment une mécanique », avoue-il. Peu d’impros ici, « Un spectacle très calé », ajoute t-il. Ici, on joue et on se joue de tout, on aime amuser et voir le public étonné, ahuri, émerveillé ou l’entendre éclater de rire. « Nous lui promettons monts et merveilles et nous l’emmenons ailleurs », mais, « ne dévoilez-pas tout », me dit-il, « sinon, c’est foutu ! 

La compagnie Yann Lheureux.
La compagnie Yann Lheureux.

Texte et photos : Isabelle Artus.

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